‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 71 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Voici cette lettre :

M. le général yean-Ejnmanuel Floresco, ancien président du Conseil, ancien président du Sénat, au Prince Georges Bibesco.

TEXTE EN LANGUE FRANÇAISE

Bucarest, le 20 mai 1892.

Cher Prince et ami,

Vous me demandez si je n'aurais pas, dans mes papiers, la réponse de S. A. S. le Prince Bibesco à une lettre que le général comte Kisseleff Lui a adressée de Carlsbad, en 1848, pour L'engager à solliciter du Czar quelques régiments de Cosaques, dans le but de maintenir l'ordre en Valachie.

Non : pas plus que vous, je ne retrouve la copie de cette pièce importante, connue des personnes de mon temps; mais, ayant eu l'honneur de servir souvent de secrétaire au Prince, et ayant eu, dans cette circonstance, la bonne fortune de recopier la réponse en question, je puis vous en donner le contenu avec une précision mathématique. Comment oublierait-on les termes d'un acte qui honore au plus haut degré l'homme qui l'a accompli et le pays qu'il a gouverné?

C'est de Carlsbad que le général Kisseleff écrivait au Prince, pour Lui demander^ de permettre à deux ou trois régiments de Cosaques d'entrer dans le pays, afin, disait-il, de le protéger contre tout mouvement populaire, l'esprit révolutionnaire ayant gagné les plus grandes capitales de l'Europe.

Le Prince, dans son patriotisme, ne pouvait pas accepter l'offre que Lui faisait le comte Kisseleff, et c'est dans ce sens qu'il lui répondit, sans la moindre hésitation. Il ajouta encore que, fort de Sa conscience et de la connaissance qu'il avait de Son peuple, Il ne pensait pas que chez nous une révolution pût avoir la moindre chance de succès, et qu'au surplus, si un mouvement

révolutionnaire devait éclater, notre petite armée serait suffisante pour le réprimer. Le Prince faisait aussi valoir, dans cette même lettre, la confiance que Lui inspirait le commandement de l'armée, car toutes les grandes unités de l'armée étaient, à cette époque, commandées par des officiers russes, qui étaient censés connaître toute l'étendue de leur responsabilité.

Vous savez ce qui s'en est suivi : l'armée prit elle-même part au mouvement, et, chose caractéristique, celui qui était à sa tête fut le premier à ceindre l'écharpe tricolore, tant il jouissait de la confiance du gouvernement provisoire, dont il fit, d'ailleurs, partie. Vous connaissez du reste, cher Prince, la protestation que les officiers roumains déposèrent entre les mains du général Duhamel, qui se garda bien de lui donner une suite quelconque.

Recevez, cher Prince et ami, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués.

Signé : J.-E. Floresco.

Le fait que nous venons de rapporter, bien que de notoriété publique, n'est mentionné dans aucune des publications d'Hé- -liade ou des partisans du mouvement de 1848. Seul Zossima, dans sa biographie de Grégoire Grâdisteano, rapporte que Bibesco, en recevant Héliade, — après l'arrivée de Duhamel à Jassy, — lui dit qu'au sujet de la proposition touchant la demande à faire à la Russie d^un corps d'armée russe, Il avait pris des mesures pour refuser d'adresser cette demande, et pour ne pas avoir besoin de recourir à des moyens extrêmes.

Cependant, le général Duhamel ayant échoué dans ses tentatives auprès de Bibesco, — trop indépendant à son gré, — laissa marcher les événements ; Héliade (i), Ubicini, et d'autres

(i) Biographie de Grégoire Grâdisteano^ membre du govivernement en 1848, par Zossima, un des auteurs du mouvement du 11/23 j^in. ch. vi, p. 13.

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