‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 72 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

accusent le général de les avoir précipités dans l'intérêt de la Russie.

Toujours est-il que le Prince, qui ne pouvait admettre que, dans leur folie, les conspirateurs se laissassent aller jusqu'à s'attaquer ouvertement à la Russie, — au lendemain des sages conseils qu'il avait donnés à Héliade, et après la vaine tentative de ce dernier pour déterminer la Sublime Porte à protéger plus efficacement les intérêts roumains contre la Puissance du Nord qui prétendait 7ious imposer sa Souveraineté (i), — chercha néanmoins, écrit Héliade, « les moyens d'éviter P invasion moscovite en se procurant des forces nationales pour défendre le Pays, au cas d'un mouvement de Vautre côté des Carpathes. Augmenter r armée par la création d'un corps de Pandours fut sa première idée. Il fit appeler Maghiéro, qui était alors administrateur dans le district de Romanatzi, en petite Valachie, homme réputé par sa bravoure. Il lui dit CONFIDENTIELLEMENT qu'on soupçonnait un mouvement, dans la Transylvanie, de la part de quelques agitateurs qui auraient V intention de passer en Valachie ; et pour que le gouverncjnent fût en état de résister sans recourir au secours étranger. Il le chargera de r inspection de tous les dorobantzi (2). // lui enjoignit d'aller s'informer auprès de chaque administrateur si leur nombre était complet, si leurs armes étaient en bon état, s'ils étaient bien organisés par caporalies . Puis II lui manifesta I intention qu' Il avait de lui confier ensuite la formation d'un corps de Pandours (3).

Sur ces entrefaites, continue Héliade, arrivèrent de Paris

(1) Mémoire sur l'histoire de la régénération roumaine, par Héliade Radu-

LESCO, p. 49.

(2) Dorobantzi, troupes à cheval spécialement chargées de la police. Au dixseptième siècle ils formaient la milice nationale ; aujourd'hui ils constituent un corps d'armée. En Autriche, aux derniers siècles, il y avait la milice des Trabans croates.

(3) Le Protectorat du Czar, par Héliade Radulesco, p. 34 et 35. Le Protectorat est une des pièces destinées à justifier le mouvement de 1848. M. Élias Regnault, racontant les faits d'après les auteurs de l'insurrecti • . trouve encore moyen de défigurer la vérité, p. 405.

quelques jeunes gens, — parmi lesquels les frères Bratiano, et C. A. Rosetti, — qui avaient été témoins de la proclamation de la République frariçaise en février. Ils se pressèrent d'accourir à Bucarest pour juger quels étaient les éléments de la Valachie et quelles chances favorables s'y offraient pour entreprendre un mouvement national vers une voie de progrès (i), ou, comme l'a écrit de son côté Bolintineano, — partisan de l'insurrection, — avec la résolution d'imiter ce quils avaient vu à Paris; de toutes façons pour s'accorder sur l'emploi des moyens extrêmes.

Dans la capitale, deux complots : l'un organisé par Héliade, qui, se croyant mieux initié à la politique et plus patriote que Bibesco, déclarait Son Altesse aveugle sur l'état (2) daiîs lequel la Russie avait plongé son Pays;... qui aimait à croire que le langage de cet homme, quoique princier et quasi diplomatique, cachait un certain sentiment de nationalité , mais pour qui la patience du Prince à V écouter, et Son ironie en même temps, rendaient Sa conduite problématique (3); — l'autre ourdi, — toujours d'après l'auteur des « Mémoires sur l'histoire de la régénération roumaine » , — dans la maison de Mavros contre le Domnu (le Prince), par Duhamel [/Ç)^ qui avait perdu l'espoir d'associer Bibesco à sa politique, mais qui avait rallié, au dire de Zossima, les frères Golesci (5).

Héliade et ses amis se préparaient en silence, mettant tout en œuvre pour assurer le succès de l'insurrection, cherchant à

(1) Mémoire sur l'histoire de la régénération rotimaine, par Héliade Radu- LESCO, p. 44. — Le II février, ou Histoire de trois ajis, par D. Bolintineano. Typographie Radulesco, p. 28 et 29. — Le Protectorat du Czar, par Héliade Radulesco, p. 338.

(2) Relire le discours du Prince à l'Assemblée générale et la réponse de cette Assemblée, 1848. Voir p. 337 de ce volume.

(3) Mémoire sur l'histoire de la régénération roumaine, par Héliade Radulesco, p. 37. (Texte en langue française.)

(4) Idem, p. 42 et 43.

(5) Biographie politique des hommes du mouvement national de la Roumanie, par Zossima. Typographie Michalesco. Bucarest, 1884, éd., II. — Zossima, un des auteurs de l'insurrection, est l'écho des souvenirs de Grégoire Grâdisteano, dont il fait la biographie.

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