‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 82 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

événements de 1848 ont cru devoir faire un mérite à l'insurrection de ce que pas une goutte de sang n'ait été versée le 1 1 juin. Leur admiration ne se trompe-t-elle pas d'adresse? Que le Prince, en effet, eût refusé de signer la Constitution, et l'on eût eu, le jour même, l'anarchie à Bucarest.

L'abdication est du 14 juin, deux heures du matin. A cette date même, le Prince passait en Transylvanie dans la voiture de M. C. Rosetti, SON préfet de police, qui avait tout fait pour Le déterminer à abdiquer et à quitter le pays et avait eu l'habileté de faire accepter sa voiture à Son Altesse, dans la crainte que, si Elle prenait une voiture de la cour. Elle ne fût reconnue par le peuple, qui était opposé à Son départ, ou par les membres du gouvernement, qui estimaient V abdication de Bibesco à l'égal d'une catastrophe (i). Or, reconnu, le Prince était ramené triomphalement au palais, et le plan de M. C. Rosetti n'aboutissait pas.

Le lendemain même du départ du Prince, les chefs du mouvement de Bucarest proclamèrent un gouvernement provisoire

que l'original de l'acte d'abdication a été remis à Bibesco par Rosetti. Cet acte a été retrouvé par M. Mandrea, conseiller à la cour de cassation, — auquel nous devons plus d'un précieux renseignement, — dans les papiers de N. Balcesco.

(i) Propres termes de feu Gr. Grâdisteano, membre du gouvernement provisoire, parlant à l'auteur de cet ouvrage.

Voici ce que Zossima raconte à propos de l'abdication du Prince : « Le bruit s'étant répandu que le Prince voulait quitter le Pays, Grâdisteano, bien que n'étant pas en très bons rapports avec Bibesco, demanda à Lui porter à signer les décrets de nomination. Cela lui fut refusé. Il avait eu le malheur de dire qu'il rassurerait Bibesco et qu'il promettait de Le faire renoncer à Son départ. C. Russet — C.-A. Rosetti d'aujourd'hui {sic) ^ — était préfet de police. » (Zossima, p. 20.) Et, à la note 17, il a ajouté : « Bibesco n'était pas engagé à partir par ses amis seulement, il y était poussé par les bruits d'attentat à sa vie qui circulaient, Lui disait-on, dans le Peuple. Toutes ces menaces étaient fausses ; le Peuple ne voulait pas le départ de Bibesco et moins encore Sa mort. » (Zossima, note 17.) M. Ulbach, un ami de C. Rosetti, appelé, il y a peu d'années, en Roumanie par ce dernier, pour s'occuper disait-on, des ouvrages de la Reine, et comblé par le gouvernementj ne crut pas pouvoir mieux témoigner sa reconnaissance qu'en faisant à Paris, — retour de Bucarest, — une conférence sur les événements de 1848, en présentant à son auditoire M. Rosetti comme un héros, le Prince Bibesco comme un tyran, et en racontant que le héros avait caché dans sa voiture le tyran pour le soustraire à la fureur du Peuple et lui faire gagner la frontière. — N'avons-nous pas raison de dire que la fameuse légende n'a manqué aucune occasion, depuis 1848, pour se perpétuer?

illégal , en remplacement du gouvernement légal institué par Bibesco. En voici la composition :

Président : S. S. le Métropolitain Néophyte; Membres .-MM. Héliade, St. Golesco, Tell, Maghiéro, Scurto; Secrétaires : A. -G. Golesco, N. Balcesco, C. Rosetti, J. Bratiano ;

Ministres : N. Golesco, J. Campineano, C. Philippesco, Odobesco, J. Héliade, J. Voïnesco, G. Nitzesco, M. Mossoiu.

Dès ce moment les événements se précipitent : la communication de M. le consul général de Russie au Prince Bibesco faisant connaître à Son Altesse qu'il cesse ses fonctions (12 juin) ; — la protestation adressée le 30 juin à S. S. le Métropolitain, par le consul général , contre les actes illégaux récemment accomplis; — la nouvelle « que les troupes de S. M. V Empereur « ont franchi le Pruth et se dirigent vers la frontière de Vala- « chie » ; — l'hostilité déclarée des consuls étrangers (à l'exception du consul anglais) contre le nouvel état de choses créé en Valachie; — une tentative, pour renverser le gouvernement du 13 juin, faite le ig juin (i" juillet) par Odobesco (i), Salomon et Garbaski; — la panique des membres du gouvernement, qui croient que les Russes sont aux portes de Bucarest et qui prennent la fuite; — la constitution d'un nouveau gouvernement, le 29 juin (11 juillet), sous la présidence du même Métropolitain Néophyte, avec une caïmacamie composée du grand ban Th. Vacaresco, Em. Baleano, ancien président du Conseil, et Jean Philippesco; — le renversement de cette caïmacamie, le retour des fugitifs gouvernementaux, rassurés par la non-apparition des

(i) Voir sur cet incident, à l'Appendice, la lettre d'Héliade à Gr. Grâdisteano, 10 juillet 1866 , dans les Lettres d'exil d'Héliade, par Locusteanu, p. 540.

Ce furent MM. J. Bratiano et B. Iscovesco le peintre qui furent chargés d'aller en reconnaissance à la frontière pour savoir si les Russes arrivaient. M. Rosetti aurait même assuré que le consul général Colghoun avait reçu une dépêche dans ce sens. — Le consulat protesta contre cette affirmation.

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