A L'OUVERTURE DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE
Le Prince espère que l'Assemblée lui prêtera tout le concours nécessaire à la réalisation de ses projets.
TRADUCTION
19 février/3 mars 1843 {Bull, off., n" 14),
« Messieurs les Députés de l'Assemblée générale,
En vous rappelant aujourd'hui pour vous entretenir de vos travaux habituels, Je ne chercherai pas à vous exprimer ce que J'éprouve au fond de Mon âme, en Me voyant, de nouveau, au milieu de ceux qu'hier encore J'appelais avec joie mes collègues, et à la même place d'oti Ma voix s'est élevée avec la leur pour réclamer un soulagement aux maux de notre Patrie. Messieurs, pour l'Assemblée générale, l'année qui vient de s'écouler aura été belle; elle laissera un souvenir éternel dans les annales de notre histoire par le calme, la sagesse, le patriotisme et la dignité dont vous avez fait preuve. Pour Moi, elle sera de glorieuse mémoire, parce que, dans ces circonstances désastreuses, il m'a été donné d'être un de vos collaborateurs.
C'est ce même esprit, — dû à votre impulsion — qui a sans doute présidé aux sages travaux de la dernière Assemblée générale extraordinaire qui, en élisant un des membres de votre Assemblée de 1842, a voulu mieux faire éclater la reconnaissance et l'allégresse de tous les habitants du pays.
Faites en sorte. Messieurs, que dorénavant, votre conduite réponde à ce commencement digne d'éloge et à la bonne opinion que vous avez su acquérir dans le monde. Votre fardeau sera léger, en ce qui dépendra de l'autorité; car vous trouverez, de sa
PROCLAMATIONS ET DISCOURS
part, toute l'assistance désirable et conforme aux lois. Elle trouvera aussi, J'espère, en vous, la bonne volonté qui est indispensable pour la réalisation de Nos projets. Mais, Messieurs, Je conserve l'espoir que nos relations, bien qu'elles aient changé de nature, n'en resteront pas moins ce qu'elles ont été dans le passé; et que cette Assemblée écoutera la voix de son Souverain avec ce même sentiment d'affection qui lui faisait accueillir, l'an dernier, la parole de son secrétaire.
Je ne vous parlerai pas, Messieurs, de Mes principes, pensant que vous les connaissez suffisamment; mais tenez pour certain qu'ils resteront invariables. Je ne vous ferai pas la description de l'état actuel du pays, car vous l'avez fait en détail dans l'adresse de l'année dernière, et, depuis, la situation provisoire des affaires n'a pu apporter que de nouveaux embarras. J'espère cependant qu'à la session prochaine Je serai assez heureux pour vous faire part de l'accomplissement de la plus grande partie de la tâche que nous avons à remplir pour répondre aux espérances générales. »
A lire attentivement ce discours, il semble que le Prince pressente déjà V opposition systématique de la Chambre — les ennemis mêmes de Son Altesse la signaleront dans leurs écrits — aux projets de réforme les plus utiles au pays. Or il importe de le dire et de le prouver avant d'aller plus loin : les pressentiments du Prince n'étaient que trop justifiés. Cette année même, que devaient marquer de leur empreinte souverainement humaine, libérale et morale, les lois sur l'affranchissement des Bohémiens de l'Etat et des particuliers, sur le bien dotal et sur l'exploitation des mines, MM. Jean Ghica, Nicolas Balcesco et deux autres personnes de leurs amis, faisaient le serment au camp de Filaret de tout faire pour détruire Bibesco, l'Elu de la nation (i).
(i) Voir les Souvenirs d'exil, par M. Jean Ghica, p. 40.
ABOLITION DE L'ESCLAVAGE
(première loi du 22 MARS 1 843 )