‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 90 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

l'étranger, les Chainoi, les Billecoq, les Ubicini, les Elias Regnault, à l'intérieur Héliade, Jean Ghika, Bolintineano , et les écrits, les pièces justificatives des membres du gouvernement provisoire, ceux de la lieutenance princière et des émigrés. On y voit l'aberration parler de sagesse, la négation du vrai s'afficher sans vergogne, la calomnie contre le Souverain défier le document.

Puis les événements poussant, plus tard, une partie des acteurs du drame au pouvoir, ceux-ci en profitent pour passer de la justification à la glorification de leurs actes et de leurs personnes, pour faire écrire l'histoire de la période de 1 842-1 849 par des plumes ignorantes ou serviles, pour transporter ainsi l'enseignement de la jeunesse roumaine dans le domaine de la fantaisie, et la griser de hauts faits imaginaires dont ils se font les héros : — c'est la légende. Elle n'a rien de commun avec l'histoire. Ceux qui l'ont forgée ont eu l'habileté de la faire vivre pendant près d'un demi-siècle : — ils en ont vécu.

Nous verrons, parla suite, ce que vaut cette légende, non plus en ayant recours aux documents réunis dans les deux volumes de notre ouvrage sur le règne de Bibesco, mais en continuant à nous servir exclusivement des mémoires et des pièces justificatives adressés au peuple roumain et aux grandes puissances par les auteurs de l'insurrection et par leurs partisans.

Quelles sont les causes du mouvement de 1848 en Valachie? Dans quelles conditions s'est-il produit? Quels sont les hommes qui l'ont dirigé? Sur quels appuis ont-ils cru pouvoir compter? Pourquoi ont-ils calomnié Bibesco? Dans quel esprit et dans quel but le projet de Constitution laissé par eux à la postérité a-t-il été rédigé? à quel usage a-t-il servi plus tard? Quel jugement l'histoire doit-elle porter sur le mouvement du 11 juin? Telles sont les questions que nous allons examiner.

Au début, les raisons invoquées sont : l'immixtion de la Russie dans les affaires intérieures du pays roumain, son protectorat exclusif et ombrageux (i) et la nécessité de reviser le règlement organique.

L'insurrection n'a pas été faite contre Bibesco, on ne voulait pas le détrôner, a soin de répéter Héliade (2) ; le peuple ne voulait pas laisser partir Bibesco, moins encore le tuer (3), écrit Zossima, membre de l'insurrection : le mouvement a été dirigé contre le protectorat de la Russie, C'est donc un fait acquis à l'histoire. Mais ici une question se pose : dans les conditions de progrès (4) o\x se trouvait le pays roumain, en dépit de sa situation précaire; en présence de sa marche ascendante, progressive, libérale au point de déplaire à l'Autriche (5) et d'indisposer la Russie (6), devant les empiétements de frontière poursuivis avec opiniâtreté par l'Autriche (7) et l'attitude du nouveau consul russe, M. de Kotzebue, qui préparait à susciter, au besoin, de graves embarras au Prince (8); en raison de la certitude acquise

(1) Essai comparé sur les instructions et lois de la Roumanie, par N. Blaram- BERG, p. 647.

(2) Le Protectorat du Czar, par H. Radulesco, p. 42.

(3) Biographies politiques, par Zossima, p. 63, note 17.

(4) Voir les discours de Bibesco à l'Assemblée générale de 1846 et de 1848, et les réponses de l'Assemblée, p. 337 et 346.

(5) Voir la lettre confidentielle de M. Philippsborn, agent diplomatique du gouvernement roumain, à S. A. S. le Prince Bibesco, t. I, p. 225 de la Correspondance générale.

(6) Le comte Kisseleff au Prince Bibesco, t. I, p. 315 de la Correspondance générale, et M. de Nion à M. Guizot, lettre du 25 janvier 1847. (Archives du Ministère des affaires étrangères, Paris.)

(7) M. de Nion à M. Guizot, lettre du 22 juillet 1847. (Archives du Ministère des affaires étrangères, Paris.)

Parmi les paysans des montagnes témoins de ces empiétements est né ce dicton roumain qu'on emploie quand on veut faire allusion à un homme cupide : « Ne serais-tu pas l'aigle allemand ? Dar nu esti pajera Nemteasca ? »

Les bornes frontières du côté de l'Autriche portaient l'aigle.

(8) « La Russie, moins assurée chaque jour de trouver dans le Prince Bibesco un instrument toujours docile, observe d'un œil méfiant la direction de ses sympathies et se prépare à lui susciter au besoin de graves embarras, en fomentant sous main les mécontentements de la boyarie et du clergé.

« Déjà l'attitude du nouveau Consul laisse apercevoir des dispositions toutes

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