‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 92 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

avait lieu d'apporter une modification dans le budget? Mais il y avait d'autres considérations graves devant lesquelles le vrai patriotisme eût désarmé : une mésintelligence, qui n'était un mystère pour personne, s'était manifestée, dès l'origine, entre r Hospodar et le nouveau consul russe, M. de Kotzebue, et s'élevait de jour en jour aux proportions d'une hostilité ouverte... ; la menace formulée par le gouvernement russe, au mois d'avril, d'occuper la Principauté, s'il s'y produisait aucune mesure ayant pour but de modifier le régime politique sous lequel les Principautés étaient constituées, était connue de la nation entière. Voici ce document :

Circulaire adressée par le Ministre des affaires étrangères aux agents de la Russie dans les Principautés danubiennes (i).

« Les événements qui viennent de se passer en France et (( dans le centre de l'Europe imposent plus que jamais à Sa « Majesté Impériale le devoir de veiller au maintien de l'ordre « et à la conservation des droits consacrés par les traités de 1814 « et 1815. La Russie ne prétend s'immiscer en rien dans les « affaires intérieures de la France; elle la laissera tenter, sans ({ obstacle et à ses risques et périls, l'expérience qui occupe en « ce moment le peuple français ; elle ne cherchera à exercer « aucune influence sur sa solution. Elle agira de même avec les « Puissances voisines et alliées , et se bornera à intervenir, si « elles lui en font la demande, pour préserver de toute atteinte « les circonscriptions territoriales établies par les traités [sic).

« C'est dans ce but qu'elle réunit sur sa frontière occidentale (( des forces imposantes et qu'elle se tient prête à tout évé- « nement.

« La question n'est pas toutefois identique en ce qui concerne

(i) M. de Nion à M. Guizot, lettre du 11 avril 1848, 30. (Archives du Ministère des affaires étrangères, Paris.)

« des pays que des relations spéciales attachent à la Russie, (( et particulièrement les Principautés du Danube, qui, placées « sous la suzeraineté ottomane, le sont également sous la pro- « tection de l'Empire russe.

« L'intention de l'Empereur EST DE N'Y TOLÉRER AUCUNE « INNOVATION, tendant à relâcher les liens de la SUZERAINETÉ « ou ceux du protectorat, aucun mouvement, aucune « mesure ayant pour but de modifier le régime poli- « tique sous lequel les principautés sont constituées.

« Cette volonté est irrévocable {sic) et sera sou-

« TENUE AU BESOIN PAR L'EMPLOI DE TOUS LES MOYENS « DONT LA RUSSIE DISPOSE. Les deux Hospodars doivent en « être officiellement avertis et seconder de tout leur pouvoir les « vues de la Cour protectrice. Ces vues ne doivent, au surplus, « rester ignorées de personne, et les agents doivent y donner ,« toute la publicité convenable (i). »

Voilà la menace; l'invasion certaine était au bout, et l'angoisse étreignait toutes les âmes vraiment roumaines.

En présence de ce péril suprême, quiatrahi la cause nationale? est-ce Bibesco en prenant la résolution d'ajourner les réformes, en cherchant à détourner l'orage (2), en refusant aux armées étrangères de leur laisser violer le territoire roumain ? ou bien est-ce l'insurrection qui, appréhendant (3) l'anarchie et sachant les troupes russes prêtes à passer la frontière (4), n'a pas hésité à livrer le pays à l'une et aux autres pour en arriver, comme

(1) M. de Nion à M. de Lamartine, lettre du 11 avril 1848. (Archives du Ministère des affaires étrangères, Paris.)

(2) « En laissant se calmer peu à peu les susceptibilités de ses hauts protecteurs et le zèle ombrageux de ses surveillants. » M. de Nion à M. Guizot, lettre du 16 janvier 1848. (Archives du Ministère des affaires étrangères, Paris.)

(3) Voir la proclamation, voir la lettre du gouvernement provisoire insurgé à Bibesco, et tous les écrits d'Héliade.

(4) Voir ci-dessus la circulaire du gouvernement russe.

Page 1