DEUXIÈME PARTIE
nons le prouverons, à faire litière des droits de la nation et à les jeter sous les pieds du Sultan (i)?
Nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire de répondre ; toutefois, nous insisterons sur ce fait que, souvenir des réformes accomplies et des progrès réalisés, conseils de prudence et de sagesse suggérés par la situation difficile du Chef de l'État, et du pays, autant en emporta le souffle insurrectionnel.
L'insurrection avait-elle du moins, à sa tête, des chefs politiques de valeur, rompus aux affaires, connus, inspirant la confiance, dignes et capables de commander, certains d'être obéis?
Les hommes qui ont eu le plus d'influence sur les événements de 1848 sont : Héliade, Nicolas Bâlcesco, les officiers Maghiéro, Tell et Plessoianu, Jean Ghica, Jean Voïnesco, Zalic, Grégoire Grâdisteano, les frères Golesti (Nicolas, Etienne, Alexandre, Raddu), leur cousin A. -G. Golescu, C. Rosetti, J. Bratiano, le prêtre de Snagov (Josaphat.)
HÉLIADE, élève de Lazar, — le Roumain Transylvain qui, avec la protection des boyards, a rétabli la langue roumaine dans les écoles, — est le principal ouvrier de la proclamation du 1 1 juin. Il ne faut pas le juger d'après cette pièce; Héliade est un grand poète — bien qu'on ait nié son talent, — parce qu'on est grand poète, quand on a écrit Sburatorul [le Désïr), Une nuit sur les ruines de Tirgoviste, V Ode à Schiller et les Amours d' Adam et d' Eve, dans le Poème de la création.
Journaliste officieux de l'ancien Prince Alexandre Ghica (2), il était déjà en vogue sous le règne de Bibesco.
(1) Voir cet acte, connu sous le nom d'« Affiche de Sarindar », deuxième partie, fin du chap. iv du présent volume.
(2) Lettre d' Héliade au Prince Al. Ghica IX. « Mon Prince,
« Pendant cinq ans j'ai souffert le martyre, la persécution, l'ironie; et la
Théoricien, il manque, comme homme de gouvernement, de sens pratique; ambitieux et personnel, il manque, comme historien, d'une qualité essentielle, l'indépendance, qui crée l'impartialité. Il raconte avec passion, il ne prouve pas. Héliade est un mélange de bien et de mal (i) : on le verra, dans tous ses écrits, calomnier Bibesco pour justifier le mouvement de 1848, et un jour, dans l'exil, il écrira ces mots qui sont touchants dans leur simplicité : « y ai maltraité dans mes écrits Bibesco et Stirbei ; et eux se sont comportés en gens de cœur avec ma famille qui leur était étrangère et que le sort avait frappée. Il ne se passait pas de semaine sans qu' Ils s'enquissent de sa situation. Quand, en ^^55) rendis à Bucarest , j'allai voir le Prince Ghica,
rempli de la plus grande joie, et oubliant tout ce qu'il avait écrit sur moi de Vienne ; il m'a reçu comme si j'étais un intendant, tandis que Bibesco, lorsqu'il me vit, me prit dans ses bras et pleura en m' embrassant (2). »
Nicolas Balcesco, élevé dans l'admiration du passé glorieux de rhistoire roumaine, subit les effets d'un long contact, — créé par l'étude, — avec les héros des temps anciens. D'un caractère
cause de ma ruine et tout mon crime n'ont pas été autres que mon affection pour vous.
« Tout ce qui a été fait a été fait sans moi.
« Je n'ai rien fait, je ne me suis mêlé de quelque chose que potir sauver le pays d'une anarchie certaine et de ses suites. Le temps découvrira la vérité. J'ose dire que sans moi il y aurait aujourd'hui des centaines de familles connues, dans le deuil.
« Signé : J. HÉLIADE Radulesco. »
7/19 juin 1849, Paris, rue Notre-Dame des Victoires. Hôtel National {Essai... p. 334, par N. Blaramberg).
(1) Héliade a rendu à son pays l'alphabet latin ; c'est un service signalé. On peut lui reprocher d'avoir trop voulu latiniser et italianiser la langue roumaine et l'orthographe roumaine. Il a échoué dans cette tâche. II ne faut pas le regretter; la langue et l'orthographe sont une partie de l'histoire d'un peuple, surtout d'un peuple aussi éprouvé par les invasions que le fut le peuple roumain.
(2) Lettres d'exil d'Héliade, par Russo Locusteanu. Lettre d'Héliade à Gr. Grâdisteano, du 8/20 mai 1857, p. 565.