‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 94 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

loyal, d'un talent d'historien déjà reconnu (i), N. Bâlcesco, élève des Quinet, des Michelet, des Mickiewiez, croit à la fraternité des peuples. Pour lui tout Souverain est un tyran; son démocratisme fait de lui un ennemi du trône.

Quelles que soient ses idées et ses erreurs, N. Bâlcesco est un convaincu. Forcé de marcher avec les membres de l'insurrection, sa sincérité ne sera pas longtemps dupe des palinodies (2) des uns et de la fourberie (3) des autres.

Après 1848, sa vie sera une courte agonie. Exilé, atteint d'une maladie qui ne pardonne pas, — la phtisie, — il opposera à la violence du mal une résistance désespérée, forcera l'ennemi à marquer le pas, et à lui accorder les quelques heures dont il aura besoin pour ajouter une page à sa remarquable histoire de Michel le Brave. Puis la plume lui tombera de la main : à trente-trois ans la mort le prendra.

MaghiÉRO était connu par le courage dont il avait fait preuve dans ses luttes contre les brigands et contre les Turcs. Placé comme administrateur à la tête du district de Romanatzi par Bibesco, dont il possédait la confiance, Maghiéro reçut du Prince l'ordre confidentiel d'organiser le corps des Pandours , de compléter celui des Dorobantzi et d'en prendre le commandement. Héliade et Maghiéro étaient intimement liés.

Tell est également officier, il commande à Giurgévo. Sa qualité dominante est l'énergie; il n'en fait malheureusement pas toujours un bon usage. Possédant peu d'instruction, il se laisse

(1) Bâlcesco avait publié à cette époque, avec Laurian, le Magasin historique pour la Dacie.

(2) Voir p. 248, 469 et 585, Souvenirs d'exil.

(3) Voici Bâlcesco jugé par lui-même : « Je n'étais pas appuyé, je n'avais pas assez de popularité, en outre j'étais trop fier pour la mendier, comme les autres, et pas assez comédien pour l'obtenir. » Bâlcesco à A. -G. Golesco, p. 472, Souvenirs d'exil.

égarer par les socialistes, au début du mouvement de 1848; mais il ne tarde pas à briser avec eux et à s'attacher à Héliade. Un jour viendra où il reconnaîtra publiquement ses erreurs : ce jour-là il s'écriera : « Je pleure ma pauvre patrie, je maudis le jour où j'ai fait cause commune avec des gens tels que J. Ghica (i). » Tell mourra conservateur.

La défection de ces deux membres de l'insurrection ne saurait assurément pas leur donner le prestige nécessaire au commandement.

Jean Ghica : il est plus préoccupé de faire triompher sa politique (2) que de défendre les idées de ses collègues. Bâlcesco l'accuse ^^inconséquence (3); Zossima rappelle qu'il figurait dans V opposition systématique contre Bibesco (1844) et qu'il signa avec d'autres Ghica, avec Nicolas Golesco et A. -G. Golesco une plainte — adressée à la Russie seule (4) — au sujet des tendances du Prince.

M. John Ghica nous apprend lui-même qu'en exil il émit l'idée que l'émigration n'eut qu'un chef, et que ce chef fut, après

(1) Russo LocusTEANO, p. 42. Lettres d'exil,

(2) « Le gouvernement révolutionnaire devait par conséquent tomber nécessairement entre les mains de ces théoriciens incapables et exagérés dans leurs tendances, et prêter par là le flanc aux attaques dirigées contre lui. » — Phrase d'un Mémoire de M. J. Ghica au Sultan ; elle se trouve dans une lettre de Bâlcesco à J. Ghica, p. 585 des Souvenirs d'exil, par le même J. Ghica. Bâlcesco reproche cette phrase à J. Ghica. Héliade, p. 585 des Lettres d'exil.

(3) Bâlcesco à John Ghica, lettre du 26 mai 1851. Souvenirs d'exil, par Jean Ghica, p. 585.

(4) <( Bibesco voulut mettre fin aux oppositions systématiques et chercha à prendre quelques mesures. » (L'aveu, venant d'un acteur du mouvement de 1848, est précieux à recueillir.)

« L'Assemblée commença à crier, et l'opposition d'alors trouva bon (aflà de cuvintza) de protester contre les tendances du Prince et de demander à la Porte et à la Russie de les réprimer. » (Traduction littérale : de mettre un frein au Prince.) Le Consul de Russie insista pour que cette protestation ne fût adressée qu'à la Russie. (( Voici le résultat des réunions qui eurent lieu : Grâdisteano fut appelé chez le Prince (beizade) C. Ghica, fils de Grégoire IV Ghica VIII et frère du Prince Démètre Ghica. On l'invita à signer la pétition. Il insista pour la lire. La note 5, p. 61, nous donne les noms de ceux qui l'avaient déjà signée. Ce

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