‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 95 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

adoption des principes révolutionnaires de 1848 (i) — l'ancien prince Ghica, ou à son défaut N. Golesco, l'ami intime du Prince. L'un ou l'autre devait se proclamer, sans élection, chef de l'émigration.

Quoi qu'il en soit, « dans le projet élaboré par lui avec Ubicini, il était stipulé que le centre de V action et le siège de la direction aevraient être à Constantinople », oià lui, M. Jean Ghica, s'était fait envoyer pour représenter le Gouvernement provisoire? Or, se trouver au siège de la direction pouvait bien conduire à devenir, au cas échéant, le chef de l'émigration et un jour peutêtre Prince régnant! S'il faut en croire un bruit très répandu, M. Jean Ghica aurait toujours ardemment ambitionné la couronne souveraine. Elle n'a pas daigné descendre jusqu'à lui.

Héliade prétend que M. J. Ghica a eu l'habileté de se rendre possible au gouvernement en poussant les autres dans le fossé (2).

Jean Voinesco et GradiSTEANO (Grégoire) se font remarquer par leurs idées un peu exaltées et par une profonde honorabilité. Grâdisteano, le plus influent des deux, a pris position contre Bibesco, par haine de la Russie, sans s'apercevoir que son attitude conspirait avec la politique du cabinet de Saint-Pétersbourg. Directeur de l'intérieur, il refusa tout salaire (3). Le prince a toujours tenu ce membre de l'opposition dans une estime particulière.

Les frères Golesti (4) : — à l'exception de Nicolas, général et ministre sous le règne d'A. Ghica et qui conserva dans la suite

sont : les Princes Constantin et Démètre Ghica, Nicolas Golesco, Alexandre G. Golesco, C. Cantacuzène, Jean Costesco, Jean Ghica, les frères Cocoresco et d'autres. Grâdisteano s'indigna de voir que la pétition était adressée uniquement au Czar; son opposition fit tomber le projet, mais ce ne fut pas sans une discussion dans laquelle M. John Ghica s'écria : <( L'homme qui se noie s'accroche même à une épée. » Zossima, p. 60, 61, notes 4 et 5.

(1) Souvenirs d'exil, par M. John Ghica, p. 51 et 61.

(2) Lettres d'exil, p. 538.

(3) Voir Zossima, p. 19 et 33.

(4) Voir la page précédente.

avec ce Prince les relations les plus intimes (i), — les Golesti sont démocrates de parti pris et hostiles à Bibesco.

L'opinion de Bâlcesco sur le général n'est pas flatteuse. N. Golesco, dit-il, est des trois lieutenants princiers le meilleur, parce qu'il est le plus nul (2). Les Golesco payeront un jour de leur fortune, — comme bien d'autres, — les illusions qu'ils auront nourris sur leurs coreligionnaires politiques (3).

Le prêtre de Snagov, JOSAPHAT, qui sert les desseins d'Héliade, est fanatiquement résolu.

Constantin Rosetti et les frères Bratiano (Démètre et Jean) sont des inconnus. Jeunes gens sans fortune, arrivés récemment de France, où ils ont assisté à la révolution de Février, ils sont décidés à imiter ce qu'ils ont vu à Paris (4).

Ils figureront dans l'insurrection parmi les violents, et feront tout ce qui est nécessaire (entre autres actes, la cérémonie de la destruction du Règlement) pour justifier cette accusation, portée contre eux par les autres conspirateurs, qu'ils ont rendu inévitable et qu'ils ont précipité l'intervention de la Russie et l'invasion.

Cependant M. C. Rosetti, en dépit des articles du journal qu'il dirige, passe pour un excellent cœur.

Quant à M. Jean Bratiano, il devra, en 1845, à la bonté de Bibesco de rentrer dans l'armée et d'obtenir un congé pour aller en France achever ses études (5) .

La violence de ces jeunes gens est un système, un moyen de fixer l'attention sur eux. Ils changeront quand ils seront au pouvoir.

(1) A. G. Golesco à M. JohnGhica, lettre du 24 février 1849. Souvenirs d'exil, par M. J. Ghica, p. 205.

(2) Bâlcesco h John Ghica. Souvenirs d'exil, par John Ghica, p. 248. (Voir aussi la p. 469.)

(3) Voir à l'appendice la lettre d'Omer-Pacha à M. A. -G. Golesco.

(4) Mot de Bolintineano.

(5) Voir Chronologie, année 1845, 29 juin.

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