DEUXIÈME PARTIE
Un homme encore qui, sans avoir d'influence sur les événements, y a été mêlé depuis le début de l'insurrection jusqu'à la fin et y a joué le plus triste rôle, c'est le MétropolitainNÉOFiTE :
Au lendemain de l'abdication du Prince Bibesco, il signe la fameuse proclamation qui déclare que Son Altesse a abdiqué pour cause de maladie, — argument inventé par les membres du gouvernement provisoire, pour lui permettre de donner au Pays une raison valable de l'abdication du Prince.
Le 2g juin, le gouvernement étant retiré de la capitale et une caïmacamie s'étant constituée, le Métropolitain Néofite traite de rebelle le gouvernement qu'il vient de présider pendant quinze jours. Il se reconnaît, \yi\'V£v^Ti\ç^ fauteur de troubles, et se déclare prêt à travailler avec MM. les Boyards au rétablissement (i) de la paix publique?
Mais la caïmacamie ne dure que quelques heures. Aussitôt, Sa Sainteté se range du côté des nouveaux occupants : Elle renie ce qu'Elle a acclamé la veille. Elle déclare non avenu ce qui s'est passé, et Elle prête de nouveau LE SERMENT DE NE plus VIOLER LA CONSTITUTION (2).
Le 6 septembre, le Métropolitain Néofite, revêtu de ses habits sacerdotaux, prononce l'anathème contre le Règlement organique, et assiste à son autodafé (3).
Puis, c'est le tour de l'insurrection : au bout de quatre-vingtquinze jours d'agonie elle expire, et Sa Sainteté la condamne, après l'avoir bénite, — dans un discours prononcé dans l'église « de Sarandaru. Il LA TRAITE DE FATALE, d'œUVRE ACCOM- « PLIE PAR QUELQUES FACTIEUX DOMINÉS PAR DES IDÉES « PERTURBATRICES ET ANARCHIQUES, DANS LA SEULE VUE « DE LEUR INTÉRÊT PERSONNEL, ET QUI SONT PARVENUS,
(1) Mémoires... par Héliade, p. 126, Moniteur officiel, n" 50.
(2) Voir le Moniteur officiel, n" 50, du 2 juillet 1848.
(3) Mémoires... par Héliade, p. 298.
« PAR DES PROMESSES ET DES ESPÉRANCES TROMPEUSES, A « ENTRAINER LES PLUS IGNORANTS. »
Les circonstances aidant (i), l' Esprit-Saint avait fini par avoir raison des passions politiques du prélat.
Voilà les hommes qui sont à la tête du mouvement insurrectionnel : on en chercherait vainement d'autres. — L'insurrection, de l'aveu de M. C. Rosetti, ne pouvait trouver ni un ministre des finances, ni un ministre de la guerre, ni même dix-sept administrateurs (2) (préfets); elle ne découvrit pas davantage le chef marquant capable de commander aux autres. Les hommes qui composaient le gouvernement ^z/<3:2>;2^' capacité de détruire, non celle de construire (3); Héliade nous a démontré, en outre, que ces soldats de la régénération n'avaient ni même pensée, ni même élan, ni même but; que ni l'harmonie ni la confiance ne régnaient au sein des éléments concourant à X entreprise .
On pourrait croire qu'ils comptaient sur le concours d'une puissance étrangère? sur l'armée? sur le peuple? sur le clergé? sur les boyards? — Non : L'ENTREPRISE IMPROVISÉE, SPON- TANÉE, — c'est le titre officiel reconnu à l'insurrection par le gouvernement provisoire, — n'avait rien à espérer, même de l'imprévu; elle était condamnée avant d'avoir vécu; son existence devait être une courte et navrante agonie.
(1) Voir t. P^ Lettre de Kisseleff au Métropolitain en réponse à des accusations portées par ce prélat contre Bibesco. — Le discours auquel nous empruntons ce passage a été adressé au général Luders, dans l'église de Sarindaru, à Bucarest, le 5 octobre 1848. — Bull. off. n° 72.
Il a été signé par Mgr Néofite, à la date du 3 octobre, et affiché dans la capitale.
(2) Cette pénurie d'hommes et l'impuissance dont l'Insurrection souffre est constatée par M. C. Rosetti lui-même dans une lettre à M. Jean Ghica... « Nous ne devons pas nous louer les uns les autres; mais nous sommes très pauvres en hommes. Cherchez bien ; pensez-y durant de longues journées, et vous ne trouverez pas que nous ayons ni un Ministre des finances, ni un Ministre de la guerre; nous n'avons même pas dix-sept administrateurs. » M. C. Rosetti à M. Jean Ghica, Souvenirs d'exil, p. 66.
(3) M. Rosetti à M. J. Ghica, Constantinople, 30 juillet/ 11 août 1848, p. 47.