DEUXIÈME PARTIE
alors colonel et gendre du Prince, remit cette protestation, au nom de ses camarades, à S. Exc. le commissaire russe, et il en conserva une copie.
Voici ce document :
Pétition au général Duhamel.
TRADUCTION
« Excellence,
« Si l'honneur militaire et les devoirs les plus sacrés avaient, en ce jour, pu être foulés aux pieds, les paroles pleines de dignité que Votre Excellence nous a adressées, le 28 du mois passé, auraient suffi pour réveiller en nous ces sentiments.
(f La milice roumaine est soupçonnée d'indiscipline et de tra-
définitive des deux Principautés, Floresco, nommé major général, devint le véritable créateur de l'armée roumaine. La révolution de 1866 le renversa en même temps que le Prince Couza.
Membre du parti conservateur, le général Floresco revint avec lui au pouvoir.
En 1876, après la chute des conservateurs, l'armée qu'il légua à ses successeurs montra à Plevna les qualités qu'il avait développées en elle ou su lui inculquer, sans qu'il lui fût donné, — triste résultat de la politique, — à lui l' instructeur de cette vaillante jeunesse, de combattre dans ses rangs !
Devenu président du Sénat, lors dii triomphe de l'opposition libérale conservatrice, en 1888, le général Floresco échangea bientôt la présidence du Sénat contre celle du Conseil des ministres. Mais, en 1893, rentré dans la vie privée, se sentant gravement atteint par la maladie, il alla porter en France ses souffrances et l'espoir d'une guérison qui ne vint pas. Par une tiède journée de mai (,1e 10), au moment oîi le soleil disparaissait à l'horizon, Jean Floresco quittait la vie, aimé, honoré, profondément regretté par le Pays roumain, comme par tous ceux qui, à l'éftranger, avaient subi le prestige de ses qualités éminentes et le charme de sa nature bienveillante (*).
(*) La famille Floresco, une des plus anciennes de Valachie, a produit au quinzième siècle Vintlla Floresco, grand boyard de Vlad Tzepes (l'Empaleur). Un de ses descendants fut ambassadeur de Michel le Brave, mort en 1601 à la cour de Rodolphe IL Jean Floresco et Nicolas Bassarab Brancovano furent les grands ministres du Prince Morouzi et les inspirateurs des actes particulièrement favorables aux Roumains et pourtant contraires aux intérêts grecs de ce Prince. Jean Floresco eut de sa femme, sœur des Princes Grégoire Ghica VIII et Alexandre Ghica IX, trois fils qui furent les souches des trois branches de cette famille qui, dans notre siècle, a produit des ministres, des généraux, des musiciens, des peintres, des légistes, des écrivains.
Alexandre Floresco, frère du général, ancien conseiller d'État, est un peintre de valeur; il a joué un rôle important dans le Divan ad hoc en 1S5S, et aussi en 1859.
hison : elle aurait trompé l'attente générale, le jour où, pour la première fois, la Patrie a eu besoin d'elle; elle est accusée d'avoir été la cause de tous les malheurs que ce pays a subis.
« Votre Excellence est soldat et comprend, certainement, combien cruelle est, pour la milice roumaine, une pareille situation. Comment pourra-t-elle mériter la haute confiance des deux Cours Impériales, qui voudraient continuer à lui confier la défense des institutions du pays, tant que le soupçon d'infamie pèsera sur elle ?
« Pourra-t-elle rétablir sa réputation aux yeux de ses compatriotes, et mériter encore leur confiance?
« Les soussignés prient chaleureusement Votre Excellence de vouloir bien ordonner la formation d'une commission militaire spéciale, et attendent de sa bonté et de sa justice qu'il soit fait une enquête minutieuse, consciencieuse et sévère, pour que les coupables soient découverts, traduits en justice et punis. Il ne faut pas que leur infamie demeure une tache éternelle pour la milice, qui, innocente et pénétrée des sacrifices qui lui sont imposés, décline toute responsabilité avec les coupables.
« Nous avons l'honneur de signer avec le plus profond respect :
« Colonels : Enghel, Floresco, Banof, Voïnesco, Lahovari. « Major : Vladoiano.
« Capitaines : Costaforo, Greceano, Ghica, Velcea.
« Lieutenants : Caragea, Cornesco, Boranesco, Stefano-
POLO, Racovitza, Burchi.
« Sous-lieutenants : CioCAN, Maleano, Mosco, Mavrocordat,
Maïnesco Damboviceano, Porumbaro, Niculesco, Cali-
NESCo, Rechtivan, Socoleano. »
« Je certifie conforme à l'original la protestation que j'ai été chargé, de la part de mes camarades de 1848, de remettre au général Duhamel et au Caïmacam Cantacuzène.
« Signé : J.-E. FlORESCO (i).
« 14 avril 1893. »
(i) Note A. — La garnison de Bucarest avait un régiment d'infanterie; deux autres étaient échelonnés le long du Danube. En dehors des officiers supérieurs