DEUXIÈME PARTIE
Et maintenant, officiers de 1848 dont je viens d'évoquer le témoignage et de rappeler les noms, officiers qui avez déposé avec une suprême dignité devant le tribunal de l'histoire et servirez d'exem.ple, dans la carrière, à vos cadets, vous pouvez désormais dormir en paix votre dernier sommeil : vous êtes vengés.
Les Boyards? — Les boyards, à peu d'exception près, furent hostiles au mouvement. Il nous suffira de citer quelques passages de la correspondance échangée entre M. Rosetti, directeur àw Pruncul roman, et le Prince Démètre Ghica, pour donner une idée des sentiments dont la boyarie était animée, du jugement qu'elle portait sur les événements accomplis.
M. Rosetti cherchant à rallier à l'insurrection le Prince Démètre Ghica, fils du Prince Grégoire Ghica VIII, qui régna en Valachie de 1 822-1 828, lui adressa dans son journal l'appel suivant :
(( Toi, Démètre Ghica, pourquoi nous avoir délaissés? Tu es « parti pour quelques jours afin de te remettre d'une maladie? « Pourquoi te laisses-tu égarer, à l'heure qu'il est, par ces pères w trembleurs de la Roumanie? Viens, viens, bon Roumain, viens « dans les bras de la belle Roumanie; viens, car elle a des droits « sur toi qu'elle a élevé dans un berceau de soie; viens, car elle « a besoin de lumière ; viens, car notre cœur saigne de te voir uni « à ce qui n'est roumain qu'aux jours de prospérité (i). »
A cet alléchant discours, le Prince Démètre Ghica répondit; mais sa réponse n'ayant pas été du goût du directeur du Pruncul,
qui étaient des instructeurs russes, la liste de ces vingt-sept officiers se trouve comprendre tous les officiers du régiment d'infanterie présents à Bucarest. (Note manuscrite du général Floresco.)
Note B. — En 1848, le nombre des officiers était d'environ deux cents, tous Roumains, car, contrairement à ce qui s'est passé en Bulgarie, ce ne sont que les officiers supérieurs, généraux et colonels, qui étaient Russes, la plupart à titre d'instructeurs. (Note manuscrite du général Floresco.)
(i) Le Pruncul roman (Le Roumain dans les langes) du 15 juillet 1848, n" 14. Voir Blaramberg, p. 330 et 331.
celui-ci lui demanda à ne pas la publier pour le moment. Toutefois, sur l'insistance du Prince, M. Rosetti s'exécuta (i).
« ... Je ne regarde pas, écrivait le Prince, le Règlement « organique comme l'arche sainte que personne ne peut toucher « sans commettre un sacrilège. Vous savez mieux que personne « que j'ai, depuis longtemps, reconnu qu'en beaucoup de ses dis- « positions il n'est nullement en harmonie avec les véritables « progrès du siècle, et que le double sens de plusieurs de ses « articles favorise les interprétations arbitraires.
« Si j'ai engagé quelques-uns de mes amis politiques à res- « pecter le Règlement, c'est que/^ craignais précisément qu'en « portant atteinte à un pacte donné à la Roumanie par les puis- « sances suzeraines et protectrices , on n'exposât le pays aux « calamités d'une invasion étrangère.
« Si cependant il nous est permis, comme semblent le perte mettre les circonstances, de modifier nos institutions dans le « sens du progrès des temps et des vrais besoins du pays, sans « nous exposer à aucun danger du dehors, je me déclare prêt à « défendre de toute mon âme cette nouvelle constitution; mais, a je le répète, pour que ces institutions aient une valeur réelle « à mes yeux, il faut qu'elles soient issues de la civilisation de « la Roumanie, qu'elles soient pesées et discutées mûrement par « l'Assemblée générale du pays, etc.
« Ami politique et sage du progrès », — c'est de lui que le Prince parle — « et ennemi de ces mouvements qui ébranlent « les sociétés jusqu'en leurs fondements , en brisant en même « temps tous les liens qui unissent les hommes entre eux, j'ai « pensé, comme vous, qu'à la suite de la violente commotion de « février il fallait, chez nous aussi, faire des réformes et extirper « les abus, convaincu que c'était là le seul moyen d'empêcher les
(i) Le Pruncul roman (Le Roumain dans les langes) du 15 juillet 1848, n" 14. Voir Blaramberg, p. 330 et 331.