‹ Roumanie, dA̓ndrinople a̓ Balta-Liman (1829-1849). Règne de BibescoChapitre 78 sur 121 · DU COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE, QUI ÉTAIT LE VÉRITABLE · texte numérisé non relu

DU COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE, QUI ÉTAIT LE VÉRITABLE

« GOUVERNEMENT, a trouvé bon d'accepter, de publier cette

« note en trois exemplaires et DE NE PAS L'ENREGISTRER. Un

« exemplaire a été apposé à l'église de Sarandar, où il ne resta

« même pas une heure; un autre a été donné à M. Tînghir pour

« l'envoyer à Souleyman-pacha, et le troisième a été conservé

« par la Lieutenance, car le coupable, ce n* était pas elle, mais la

« majorité du comité révolutionnaire. Cela est d'autant plus vrai

« que M. Tell avait voté contre l'acceptation de la déclaration

« demandée par M. Tînghir. M. Rosetti, qui faisait partie du

a comité qui gouvernait, et savait qui devait, à bon droit, être

« rendu responsable de l'acceptation de cet acte, incrimine direc-

« tement dans le Pruncul la Lieutenance, alors que M. Tell

(f était complètement innocent (i). »

Lettre de N. Bâlcesco à A. Golesco (2).

TEXTE EN LANGUE FRANÇAISE

4 mars 1850.

Nicolas Bâlcesco fait aussi connaître ses impressions sur cet événement, dans une lettre qu'il adresse à A. Golesco.

(i) Lettres d'exil d'Héliade, par Locusteano, p. 90. (2) Souvenirs d'exil, par Jean Ghica, p. 486.

« La Lieutenance inaugura son avènement en SACRIFIANT, par « un acte public remis à Souleyman, VkVTOliOMlE DU PAYS, (c malgré l* opposition que nous lui fîmes. Tes frères ont trempé « aussi dans cette malheureuse action. Depuis lors, la révolution « politique fut sacrifiée et abandonnée, comme l'avait été déjà « la révolution sociale; car, je vous l'ai dit, notre droit de faire « la révolution n'était que celui d'autonomie. Quelques jours « après, je me trouvai à Constantinople et, parlant avec Cor (i), « j'ai prononcé le mot de révolution : « Vous ne pouvez plus rectale mer, me dit-il, au nom de la révolution. Maintenant vous vous « êtes soumis y vous ne pouvez plus parler au nom du droit révo- « lutionnaire . »

« Vous devez tout attendre, selon la déclaration de votre Gou- « vernement, de la bonne volonté du Sultan. Il avait raison. « Ainsi c'est Souleyman-pacha, c'est la Lieutenance, ce n'est pas « Fuat qui a renversé la révolution. Celui-ci n'a fait que substicc tuer un Caïmacam aux trois lieutenants. La révolution n'exis- « tait plus. La Lieutenance le savait bien, avant d'obtenir l'au- « torisation de Constantinople... 0

Ainsi, CETTE FATALITÉ, c'était l'insurrection de 1848, et les auteurs du prétendu MOUVEMENT RÉGÉNÉRATEUR étaient les mêmes qui avaient livré à la Sublime Porte l'autonomie du pays, la Souveraineté de l'Etat.

Quelle fin lamentable pour ces personnages et quel spectacle ils nous offrent! C. Rosetti accuse Héliade; Héliade à son tour accuse Rosetti et la majorité du comité révolutionnaire ; il cherche à innocenter Tell sans parvenir à se disculper lui-même.

Enfin Bâlcesco accuse les Golesco (2).

(i) Premier drogman de la Porte.

(2) N. Golesco composait avec Héliade et Tell la Lieutenance princière.

Et, fait plein d'enseignement, aucun de ces hommes ne songe à se démettre de ses fonctions en motivant sa démission, pas même M. C. Rosetti, qui pourtant a ameuté le peuple, diaprés notre habitude, comme il l'écrit et l'a amené à protester contre cette trahison.

En aucune circonstance, peut-être, le cri de Tacite n'aura été plus vrai : Omnia serviliter pro dominatione.

Et le servilisme a si bien passé, pour ces malheureux, à l'état d'habitude, leur soif de conserver le pouvoir est si ardente, qu'ils n'ont plus conscience de ce qu'ils font. Souleyman-pacha entre-t-il à Bucarest, ils font crier au peuple de la capitale : Vive le Sultan NOTRE SOUVERAIN ! cri auquel Fuad-pacha saura répondre le 13-25 septembre, du quartier général de Bucarest, quand il fera connaître au pays la volonté de Sa Hautesse, en accentuant ces mots : « Le Sultan mon Maître ET LE vôtre (i). » Le représentant du Sultan annonce-t-il l'entrée des troupes sur le territoire roumain; la Lieutenance, dans son affaissement, ne trouve d'autres paroles de consolation à donner à la nation, dans sa proclamation incolore du 29 juillet, que les suivantes : Les armées impériales entrent, non avec une intention hostile, mais PRESQUE dans l'unique but de protéger les anciens droits et les anciennes institutions du pays;,,, le gouvernement vous invite à ne pas oublier que la Sublime Porte a, pour les Roumains, des sentiments paternels {^^\ A Souleyman-pacha, la Lieutenance ex^ prime son REGRET (3) pour la violation du territoire. Et c'est tout. Pas un mot d'indignation, pas un sentiment de fierté nationale; toujours le pouvoir au prix du servilisme.

Plus tard, ces douleurs, ces hontes, ces calamités infligées au

(1) Mémoire justificatif de la révolution roumaine, p. 23. Voir à l'Appendice.

(2) Mémoires, par Héliade Radulesco, p. 218 et 219. (Texte en langue française.)

(3) Mémoires, par Héliade Radulesco, p. 218 et 219. (Texte en langue française.)

pays ont-elles inspiré un sentiment de regret à ceux qui les ont causées? Non, Héliade le dit nettement :

« Nous n'avons pas à nous plaindre de la perte du mouvement, mais des intrigues intestines. Si nous nous sommes décidés à en parler, c'est pour éclairer nos frères, et pour ne pas les laisser livrés aux mêmes intrigues qui, venant de l'extérieur, s'étendent jusque dans les entrailles de la Nation, jusque dans ses parties les plus nobles et les plus vitales, jusque dans la jeunesse. Et voici comment la Russie , par son consul , travaille Mavros, Odobesco et consorts; Mavros entraîne son gendre Ion Ghica, et Campineano ; Odobesco, Campineano et Ion Ghica entraînent les Cretzulesco, Rosetti Bratiano et autres; ces derniers, avec les premiers, entraînent une partie de la jeunesse, et la jeunesse inexpérimentée et pleine d'ardeur commet des fautes irrépa-râbles. C'est-à-dire, entraînés les uns par les autres, nous avons fini, comme tous les peuples, à faire à notre insu les affaires de nos ennemis (i).

Cependant, en dépit de cet effondrement, on entend des ignorants, admirateurs quand même, de la légende, affirmer que le mouvement de 1848 a jeté les germes de l'avenir de la Roumanie!

L'insurrection n'a produit, hélas! que Balta-Liman. Ceux qui ont enrichi à dessein leur légende de cet anachronisme ont trouvé bon — fidèles à leurs principes — de faire abstraction de l'Histoire. Nous leur rappellerons, en passant, que personne ne pouvait prévoir, le 11-23 juin 1848, que le prince Louis-Napoléon deviendrait Empereur, et que c'est à lui que la Roumanie devrait son existence (2) comme État libre. Mieux encore, personne ne voudra admettre que celui des insurgés roumains de 1848 qui, en 1853, a été compromis dans la tentative de TOpéra-Comique

(1) Mémoires sur l'Histoire de la regénération roumaine on sur les événements de 1848 accomplis en Valachie, par J. Héliade Radulesco, p. 396. Paris, Librairie de la propagande démocratique et sociale européenne, i, rue des Bons-Enfants, 1851.

(2) Dervis-pacha à Héliade, en 1854. — Voir Lettres d'exil, p. 301.

dirigée contre la vie de Napoléon III, pouvait deviner ce que l'Empereur ferait en 1856 en faveur de la Roumanie (i). Certes, ce n'est pas leur faute, si la Roumanie a dû son salut, en 1856, à Napoléon et à la France (2).

(i) Voir Rousso Locusteano, note 29, Lettres d'exil, ce C'est à la France que nous devons notre salut ».

Lettre d'Héliade à Gradisteano.

H Chio, 27/9 juin 1853.

<i J'ai regret de tout ce que vous m'écrivez de Bratiano, non à cause de sa personne, mais parce que c'est un Roumain, et je n'aurais pas voulu que les Roumains figurassent dans des causes si pourries. Je ne sais que dire de ces gens. Lorsque dans le pays, en 1848, les Russes voulaient nous faire passer pour démagogues, socialistes, communistes, ils faisaient tous leurs efforts pour se montrer tels que voulaient les dépeindre les calomnies russes : et, depuis, jusqu'en 1853, leurs actions ont le même esprit de suite et les mêmes conséquences. Que les Russes ou le Czar veuillent aujourd'hui susciter des troubles en France, pour empêcher Napoléon de leur résister en Orient, vous voyez ces gens se jeter dans des intrigues et complots de cette nature. Sont-ils aveugles? et s'ils ne le sont pas, est-ce un système chez eux? » Lettres d'exil d'Héliade. — Voir Rousso Locusteano, p. 229.

(2) Note 31 de Russo Locuste.\no, Lettres d'exil, p. 674.

u L'Empereur se préparait alors à faire la guerre à la Russie, pour la chasser de notre pays, qu'elle avait occupé le 30 juin, avec la volonté de n'en plus sortir : et lorsque la vie d'un potentat qui venait sauver notre pays et notre nationalité devait nous être chère, il se trouvait des Roumains pour attenter aux jours de celui de qui dépendait notre existence comme Nation libre, et faire les affaires du colosse du Nord. C'étaient les mêmes hommes qui, en 1848, servaient inconsciemment la Russie, dans le pays, en complotant de remplacer Héliade et Tell, au gouvernement, par Odobesco et Solomon, instruments du Czar : et ce sont encore eux qui continuaient à rendre, loin de leur pays, les mêmes services à l'Empire, envahisseur des peuples et destructeur des nationalités, en donnant à notre candide mouvement une couleur de sang ; et toujours sans se rendre compte des conséquences, sans savoir ce qu'ils faisaient. i>

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