LETTRE DE SOULEYMAN-PACHA
Souleyman-Pacha aux Boyards et aux notables du pays,
19/31 juillet 1848.
M II est de notoriété publique que la Valachie, partie intégrante de l'Empire Ottoman, n'a jamais cessé de jouir de nombreux privilèges et
Bratiano. (Voir la lettre du Prince G. Bibesco à M. E. Costinesco, dans le livre Politique, Religion, Duel, p. 58. — Affaire de Bréaza.)
d'institutions avantageuses; les Valaques, au lieu de donner un témoignage de reconnaissance de ces bienfaits, au lieu de concourir avec empressement au maintien de l'ordre et de la tranquillité du pays, surtout dans les circonstances actuelles, se sont dernièrement permis de commettre des actes illégaux qui ont été très mal vus par la Sublime Porte.
M Un certain nombre d'individus, se donnant le nom de Valaques, ont paru inopinément dans cette Principauté et, après avoir séduit la milice du pays et renversé le gouvernement, ils ont profité de cette occasion pour imposer au Prince, sous le nom d'institutions nouvelles, des conditions si inadmissibles (sic), que l'Hospodar, ne pouvant résister à la violence et se voyant dans une situation dangereuse, a été obligé, et même forcé (sic) de quitter sa résidence. Alors, ces mêmes individus, saisissant cette nouvelle circonstance si favorable à leurs vues, ont eu l'audace de former une nouvelle administration illégale, sous le nom de Gouvernement provisoire, en remplacement de celui qui était légitimement constitué et confié aux soins du susdit Prince Bibesco par S. M. le Sultan. Ces actes sont, non seulement incompatibles avec les droits de la suzeraineté et avec les principes du gouvernement de la Sublime Porte, mais ils sont encore de nature à amener toutes sortes d'innovations contraires au maintien de l'ordre et de la tranquillité dans le pays; il est donc évident que cet état de choses ne peut donner lieu qu'à des désordres intestins dont l'issue serait inévitablement funeste au pays. S. M. le Sultan, notre auguste Souverain, toujours animé de sentiments paternels pour le bien-être de toutes les classes de ses sujets, et voulant en donner une preuve éclatante aux Valaques, avait précédemment envoyé dans cette Principauté un commissaire chargé spécialement d'aviser aux moyens de rétablir l'ordre et la tranquillité. Malheureusement les Valaques, sans attendre un heui-eux résultat des mesures que la Sublime Porte se proposait de prendre sur les rapports que le susdit commissaire lui devait faire, se sont laissé égarer d'une manière irréfléchie, et, ayant commis des actes de funeste conséquence, ont ainsi assumé une grave responsabilité. Pourtant Sa Majesté le Sultan, notre gracieux Souverain, dans l'unique but de donner encore une nouvelle preuve de sa clémence et de sa magnanimité bien connue, et pour ne pas jeter la masse de la population dans des inquiétudes à cause des troubles occasionnés par quelques esprits révolutionnaires, a jugé convenable de me charger spécialement de vous conseiller et de vous inviter d'abord à rentrer dans la voie de la soumission, et dans le cas contraire (sic), c'est-à-dire si ces moyens pacifiques rencontraient de l'opposition de votre part, d'employer avec un vif regret des mesures coercitives.
M L*objet principal de ma mission est de vous signifier que la continuation de l'état actuel des choses, établi contrairement aux droits de la
APPI