‹ Royalistes & républicainsChapitre 15 sur 86 · ENCORE L'EMIGRATION · texte numérisé non relu

ENCORE L'EMIGRATION

Cl trer en France cette année : vous serez alors consulté « et même en faveur; mais au premier petit succès, on « ne daignera plus vous regarder. Les princes resteront a ce qu'ils sont : ils n'emploieront jamais que des esu pèceSj et Monsieur, malgré ses grâces et son affabi- « lité, ne changera pas plus que les autres. «

Louis XVllI lui-même qui avait l'esprit plus libre, qui tout à l'heure semblait écouter Royer-Collard, accueillir Portalis, encourager Malouet, avait-il au fond modifié ses idées? Bien des symptômes permettent d'en douter. Il n'était pas encore arrivé à cette intelligence de son temps et de son pays, que devaient lui donner une épreuve plus longue et surtout le spectacle des institutions anglaises. A cette époque, on retrouvait en lui l'ancien auteur de la Déclaration; on ne pouvait guère y deviner le futur auteur de la Charte. Quelques mois plus tard, cédant de nouveau à de détestables conseils, il enjoignait au comité d'informations, récemment établi à Paris, de se soumettre comme toutes les autres agences royalistes à la direction du comte d'Artois. C'était en réalité vouloir la dissolution de ce comilé; Royer- Collard envoya au roi sa démission et celle de ses amis dans une note très-ferme où il exprimait ainsi son sentiment sur les agents auxquels on prétendait l'associer :

a Leur inexpérience, l'imprudence de leur conduite, u l'extravagance de leurs plans, le mépris des intérêts « nationaux qui s'y fait remarquer, la préférence donnée u aux moyens d'intrigue, d'espionnage et de brigan- « dage, la dénomination ineffaçable de comité anglais, « mille autres considérations élèveraient une barrière a insurmontable entre les serviteurs du Roi et ces

« mêmes personnes... Ces prétendus agents seront ina failliblenient ce qu'ils ont été jusqu'à ce jour, des in- « trigants en discorde, étrangers à la grande scène des a affaires, sans considération personnelle et sans capa- « cité, dont la correspondance mensongère ne servira a qu'à entretenir des illusions profitables pour eux, ce mais bien nuisibles aux intérêts du Roi... Tous leurs a plans ne sont que des intrigues impuissantes qui ne « tardent pas à devenir la pâture de la police et le scana dale de Fopinion. Les vrais royalistes ne peuvent y « prendre aucune part, v

Dans cette même année 1799, Louis XVIII avait eu d'ailleurs, dans son intimité, l'occasion de révéler le véritable état de son esprit. Un de ses conseillers les plus dévoués, le comte de Saint-Priest, lui avait soumis au mois de juin un projet de Déclaration ^ AL de Saint- Priest n'était pas un novateur bien hardi. 11 n'admettait ni l'inamovibilité des juges, ni la propriété des acquéreurs de biens nationaux; il ne concevait pas qu'il y eût de " bonne police » sans lettre de cachet et sans le droit pour le roi " de prévenir les révoltes par l'arrestation des gens suspects v. Toutefois il constatait la nécessité d'admettre quelques changements à l'ancien régime. Le roi, dans une note écrite de sa main, repoussa absolument le projet de son conseiller comme contenant une sorte de limitation du pouvoir royal par la volonté populaire, une reconnaissance du droit qu'aurait eu la nation de changer " son antique constitution ? . Il s'en tenait à cette « constitution « , sauf à en dégager les abus et à mieux gouverner, a Si je suis un jour Roi de fait,

1 Lettres et Instructions de Louis XVIll au comte de Saint- Priest, p. 63 et suiv.

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