‹ Royalistes & républicainsChapitre 16 sur 86 · LASSITUDE ET DECOURAGEMENT · texte numérisé non relu

LASSITUDE ET DECOURAGEMENT

disait-il, comme je le suis de droit, je veux l'être par la grâce de Dieu... Pour me résumer, si, après délibération, je me détermine à faire paraître une Déclaration, une adresse ou telle autre pièce qu'il sera convenable, je la ferai dans le sens et dans V esprit de ma Déclaration de 1795. » Puis, — symptôme significatif, — le roi copiait à la suite de cette note de longs fragments de Touvrage de M. de Maistre, où Pécrivain défendait hardiment la Déclaration de 1795 et exaltait Louis XVIII pour avoir repoussé toute transaction. Enfin le royal écrivain terminait par cette observation qui ne saurait plus laisser aucun doute sur ses sentiments à cette époque :

tt L'idée d'employer la plume de Mallet du Pan est « très-bonne...; mais en connaissant le mérite de cet ti écrivain, je connais aussi ses défauts; tant qu'il ne « s'agit que d'attaquer les vices de ce qui est fait, son a style clair, sa logique serrée portent la conviction « dans l'esprit de ses lecteurs; mais lorsqu'il s'agit du « futur, l'homme à système moderne se fait apercevoir, it et il nuit plus quil ne sert. Il lui faut donc un régu- " lateur, et plutôt trop ferme que pas assez; car entre a les mains d'un homme qui abonderait dans son sens, « il aurait les plus grands inconvénients, et tels que je ic préférerais son silence à ses services. «

§ 8. — LASSITUDE ET DÉCOURAGEMEKT.

La république était mortellement frappée, la monarchie rendue impossible. Il fallait pourtant un gouvernement régulier à cette nation ballottée par les révolu-

lions. Quel sera-t-il? Il suffit, hélas! de considérer l'état de Tesprit public, cette lassitude, ce désenchantement de toutes choses, ce dégoût de reffbrt trop longtemps stérile, pour reconnaîlre que ce peuple est prêt à abdiquer, et pour comprendre cette exclamation poussée par M. de Maistre à la vue de la France d'alors : 0 hommes ad servitutem natos !

Que de fois, dans cette étude, on a dû répéter ces mots de lassitude et de désenchantement! Tel est, en effet, le mal permanent de cette longue révolution. Ne voit-on pas tous ces voyageurs partis avec une si orgueilleuse confiance, s'arrêter les uns après les autres à chaque étape, harassés, meurtris et désabusés? Comme il faut peu de temps pour voir succomber la grande génération de 1789! Dès le 6 octobre. Fauteur du serment du Jeu de paume, Alounier, se retire avec Lally-Tollendal et Bergasse. Malouet tient bon plus longtemps; mais à la fin de la Constituante, il dira qu'il a « la tète épuisée et le cœur flétri î? . L'année 1789 n'est pas terminée que le puissant tribun, Mirabeau, s'écrie : a Oh! que je suis las et découragé! m et en 1791, il meurt n'ayant plus foi dans ce qu'il a fait aussi bien pour pousser que pour retenir la révolution. L'Assemblée nationale est seulement en fonctions depuis quelques semaines, quand la Fayette confesse sa lassitude à Gouverneur Morris; en 1792, il ne lui restera plus qu'à fuir au delà de la frontière. Le départ désolé de Necker suit de près sa rentrée triomphale. Sieyès, au bout de peu de temps, est réduit à épancher, en des notes intimes, l'amertume d'un esprit trompé dans ses rêves d'orgueil. Et Barnave, Duport, Lameth, Target, Chapellier, Thou- -ret, tous les meneurs de la Constituante, n'ont pas fini

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