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SOL'S LA RESTAURATION

sous LA RESTAURATION

« S'il n'y avait de royalistes qoe ceai qui pensent comme vous, le nombre en serait trop restreint. "

(Réponse de M. de Villèle à M. de la Bourdonnaye .)

La Restauration est l'âge héroïque du régime parlementaire en France. Les luttes de tribune et de presse ont alors un éclat, une vivacité et une franchise de couleur qui ne devaient plus se retrouver. M. de Tocqueville, dans une lettre écrite en 1842 à M. Royer-Collard, le félicitait d'avoir pu jouer son rôle sur un si grand théâtre, et il faisait, non sans envie ni sans une sorte de découragement mélancolique, un retour sur ce qu'était devenue la vie publique pour les hommes de la génération suivante ^ — Hélas! qu'aurait-il pu dire s'il était venu encore plus tard? — De 1815 à 1830, les partis se jettent dans le combat avec une énergie de jeunesse et même un emportement qui mettent en saillie leurs qualités et leurs défauts. Aussi nul temps n'est-il plus favorable pour les étudier et les juger. Combien il y aurait à dire, par exemple, sur cette gauche bonapartiste et prétrophobe qui se prétend libérale quand elle n'est

' Lettre à Royer-Gollard, octobre 1842 (Nouvelle Coîrespondance inédite de M. de Tocqueville, p. 205).

que révolutionnaire, qui parle de droit à la tribune et conspire dans les casernes et les sociétés secrètes î Violente et hypocrite, ne joue-t-elle pas aux dépens de la France et de la liberté, dans le seul dessein de jeter bas les Bourbons, ce qu'après coup un de ses journaux proclamera n'avoir été qu'une « comédie de quinze ans "? Quant aux libéraux sincères, est-il une plus décisive épreuve pourvoir où les conduisent les oppositions trop défiantes, les exigences trop absolues, la méconnaissance des transactions et des ménagements qui sont la condition de toute politique, surtout aux époques de transformation, et les alliances sans scrupule avec les partis révolutionnaires ? Les plus illustres d'entre ces libéraux n'ont-ils pas, d'ailleurs, confessé loyalement leurs fautes et proclamé leur repentir^ ?

Ce n'est pas cependant, pour cette fois, de la gauche que nous avons dessein de nous occuper. Le parti conservateur aimerait sans doute mieux qu'on lui montrât le spectacle toujours un peu consolant et flatteur pour son amour-propre des fautes commises par ses adversaires. iMais il est plus profitable et plus viril de lui signaler celles qu'il a commises lui-même, ou qui du moins ont été commises en son nom et sous son drapeau. Il faut toujours faire son propre examen de conscience avant de faire celui d'autrui. Seulement il convient que la portée de cette étude ne soit pas faussée. Si l'on ne parle pas de la gauche, ce n'est pas qu'on l'absolve : si l'on ne parle que des partis de droite, ce n'est pas qu'on attribue tout le mal à leurs seules fautes.

^ Voir notamment les extraits des Xotes biographiques inédites, du duc de Broglie, cités par M. Guizot. {Revue des Deux Mo?ides du 15 septembre 1871.)

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Voudrait-on même comparer les mérites, peser les responsabilités respectives de tous les partis, la gauche devrait, sans aucun doute, être jugée le plus sévèrement; elle est la plus coupable dans Téchec de la Restauration. Or cet échec n'a-t-il pas été un malheur et un crime? n'a-t-il pas empêché la liberté d'être fondée en France comme elle Test en Angleterre ? ne nous a-t-il pas condamnés à vivre désormais, et peut-être, hélas! à mourir d'expédients césariens et révolutionnaires ? Cette réserve faite, — et elle était nécessaire pour prévenir tout malentendu, — il sera permis de faire porter principalement cette étude sur la conduite des hommes de droite.

La droite est un grand parti qui a pu, comme tous les autres, commettre des fautes, mais qui a sa place et son action nécessaires dans le jeu régulier des institutions libres. Elle représente des principes essentiels et des intérêts permanents. C'est une conception trop étroite de voir uniquement en elle le champion chevaleresque de l'hérédité monarchique et de la légitimité. La droite est plus encore; elle représente des forces sociales qui ne sont pas la nation entière, mais dont aucune nation ne peut se passer. En elle se trouvent les traditions de respect et d'autorité, le calme dans les positions acquises d'où naît le désintéressement politique, l'idée de famille étendue au delà des générations vivantes, si puissante pour inspirer à chacun le soin délicat de sa bonne renommée. En elle résident au plus haut degré la puissance et la vertu nécessaires pour résister aux vices naturels de toute démocratie. Elle est, en un mot, le corps principal du parti conservateur. Elle devrait même n'avoir pas d'autre rôle si on avait enfin mis hors de

contestation les bases constitutionnelles qui, dans un état normal, ne sauraient être le sujet ordinaire des débats politiques. L'idéal serait que ces jacobites fussent seulement des tories.

Mais à côté, au delà de la droite, — et trop souvent dans la droite, la compromettant et Tentraînant, — est un parti qui prétend avoir les mêmes principes et les exagère, qui montre un grand zèle pour les mêmes causes et ne fait, en général, que leur nuire ou même les perdre. Le nom de ce parti a varié suivant les temps. Sa prétention, d'ailleurs, a toujours été de se confondre avec la droite, d'être lui-même la vraie et Tunique droite. En 1815 on disait les et ultras « , plus tard les a pointus 15 , la « défection 5) ou la « contre-opposition :> . Pour plus de facilité, disons l'extrême droite, bien que ce nom semble plutôt appartenir à notre vocabulaire actuel qu'à celui du commencement du siècle.

Si Ton voulait rechercher la généalogie de Textrême droite, il faudrait remonter jusqu'aux débuts de la Révolution. On la voit dès lors à l'œuvre : elle contribue, avant 1792, à perdre la monarchie, en empêche le rétablissement après le 9 thermidor, contrarie, souvent combat ouvertement les patriotiques efforts des grands royalistes, de Mounier, de Malouet, de Mallet du Pan, et même de Cazalès. Ouvrez au hasard les écrits de Mallet, de 1789 à 1800, vous y trouverez, gravés d'une main vigoureuse et souvent irritée, les traits de ce parti qu'il a rencontré sur son chemin, chaque fois qu'il a tenté de défendre ou de relever la cause royale. Il les connaît, ces hommes qui « ne se forment aucune idée de ce qu'est devenue la France » ; qui ^ tournent dans le même cercle de visions, d'opiniâtreté contre l'évi-

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