SOLS LA RESTAURATION
dence, de contre-sens, de divisions et d'égoïsme «; qui repoussent a toute conduite compatible avec les personnes, avec les préjugés et les intérêts du temps, avec la force impérieuse des circonstances » ; qui, « n'ayant pu défendre ce qui a été détruit, perdent leurs forces à vouloir ramasser chaque particule des débris et préfèrent rester dans la rue, si Ton n'est pas exactement logé comme on l'était avant le tremblement de terres; qui Cl se félicitent de l'accroissement des désordres comme d'un acheminement à la plus rapide contre-révolution « . Il faut entendre de quel accent Mallet flétrit « ces coupables écrivains qui fomentent la discorde, fécondent toutes les semences de schisme entre les amis sincères du roi et de la monarchie » ; cette « école misérable de l'intolérance de parti, indigne de rien défendre de louable, parce qu'elle ne sait rien sacrifier, repoussant, outrageant, menaçant de ses vengeances ceux qui viennent à elle sans adopter toutes ses idées, anathématisant tous ceux qui ne se rencontrent pas sur sa ligne géométrique d'opinions « ; en un mot, ces hommes a dont on ne peut jamais obtenir la moindre politique, mais que le besoin de la haine semble tourmenter 5) . Poursuivi de leurs injures, il s'écrie que ci ces bonnets rouges déguisés ont, à l'exemple des Jacobins, leurs formules, leur régime de terreur et jusqu'à leur père Duchêne «. Il s'impatiente et voudrait mettre fin à « ce déluge de sottises 15, faire taire (t ces impertinents pamphlétaires ». Il est tenté parfois de rire de ces extravagances; mais il s'arrête et il a bientôt, au contraire, envie de « pleurer, en songeant que l'on parle et agit au nom du Roi " .
Telle était l'extrême droite d'alors, peinte par un
homme de droite, par le plus fulèie et le moins suspect des royalistes. S'est-elle continuée sous la Restauration? Parmi les anciens émigrés, qui entourent le trône relevé en 1814, il en est beaucoup que le temps a mûris, que les événements ont éclairés, et qui ont imité de près ou de loin la sage transformation de Louis XVIII faisant, en 1 814,1a Déclaration de Saint-Ouen, après avoir écrit, en 1795, celle de Vérone. Mais n'en est-il pas d'autres qui semblent n'avoir rien appris, rien oublié, et qui voient toujours dans le nouvel état social le spoliateur de leurs biens, le meurtrier de leurs parents et de leur roi, le persécuteur de leur Dieu? Ces ultras de la Restauration n'ont peut-être pas identiquement les mêmes théories, le même programme que les adversaires de Mallet du Pan. On a beau se boucher les yeux et les oreilles, on ne peut échapper entièrement à Taction du temps et des événements. Mais ce sont à peu près mêmes tendances, mêmes passions, mêmes procédés, même tempérament. Dans ce siècle mobile et bouleversé, c'est par là, plus encore que par les doctrines, que les partis sont fidèles à eux-mêmes.
Il ne suffit pas de surprendre l'extrême droite dans quelque moment de crise, dans l'enivrement d'une victoire ou dans Tahurissement du péril. Il faut la suivre dans les années relativement paisibles et régulières, quand elle devrait être en pleine possession de son expérience, de son sang-froid et de sa clairvoyance. Il faut, en outre, lui demander compte de ce qu'elle a fait, non pas contre telle ou telle thèse libérale, mais contre la monarchie; non pas contre des adversaires ou des amis froids des Bourbons, mais contre leurs plus illustres défenseurs. Il est trois noms qui, à des titres divers, doi-
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vent être gravés au premier rang dans le livre d'or du parti royaliste : Serre, Villèle, Martignac. Ces ministres, se succédant Fun à l'autre, M. de Serre de 1818 «i 1821, M. de Villèle de 1821 à 1828, M. de Martignac de 1828 à 1829, remplissent tonte fhistoire de la Restauration, entre les tâtonnements du début et Tagonie de la fin. Différents par leurs qualités, par leur caractère et par leurs procédés politiques, ils ont, en réalité, travaillé à la même œuvre; ils ont cherché à fonder la monarchie avec les Bourbons et la Charte. Dévoués de tradition et d'intérêt, de cœur et de raison à cette cause, en quelque sorte nés et morts royalistes, ils n'ont pas connu d'autre drapeau. Aujourd'hui, des hauteurs de l'histoire, on peut mieux juger les hommes et les clioses que sur le plain-pied de la politique contemporaine. Il n'est pas de conservateur éclairé qui ne déplore l'écliec de l'œuvre entreprise successivement par ces trois ministres, comme Tun des malheurs irréparables de la monarchie, de la liberté et de la France; il n'est pas de légitimiste qui ne sente qu'enlever à son parti l'honneur d'avoir fourni et en quelque sorte improvisé, à une époque d'inexpérience générale, de tels hommes d'Etat, ce serait le découronner.
Quelle a donc été la conduite de l'extrême droite en face de ces trois grands royalistes ?