‹ Royalistes & républicainsChapitre 20 sur 86 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'extrême droite et m. de serre.

§' 1. — M. DE serre et la ci POLITIQUE DU CEIVTRE )^ .

Destinée singulièrement émouvante dans sa brièveté que celle de M. de Serre! Ancien soldat de Tarmée de Condé, il est jeté subitement, à quarante ans, par la Restauration, dans la vie politique; porté aussitôt au premier rang par l'élévation de ses vues et par l'incomparable puissance de sa parole, président delà Chambre en 1817, ministre principal dans deux cabinets de 1818 à 1821, exilé ensuite au loin sous prétexte d'ambassade, il languit épuisé, meurtri, découragé, et meurt, en 1824, à Castellamare, sans que la France, oublieuse et ingrate, paraisse se souvenir de lui. Royaliste de race et de conviction, il est devenu, aussitôt entré dans la vie publique, un grand et sincère libéral; sachant d'abord^ de 1815 à 1819, braver les colères et les anathèmes de ses anciens compagnons d'émigration, sachant ensuite, en 1820, dès que la royauté lui paraît menacée, sacrifier, pour la défendre, jusqu'à sa popularité, jusqu'à ses plus illustres amitiés, jusqu'à Tapparence de cette unité qui est la dignité de la vie politique. M. de Serre est peut-être l'homme de la Restauration sur lequel on

no L'EXTREME DROITE ET LES ROYALISTES.

possède le moins de documents intimes. Mort trop tôt pour avoir été connu par notre génération, il n'a laissé ni Mémoires, où il se soit raconté lui-même, ni disciple qui ait entrepris de faire revivre la figure de son maître. Ce qu'il a pu léguer de papiers et de correspondances est encore le secret de sa famille. Une sèche reproduction de ses discours, voilà le seul monument qui ait été élevé à sa mémoire'. Néanmoins, dans la brillante pléiade des hommes d'Etat et des orateurs de cette époque, aucun n'apparaît plus vivant, aucun n'éveille, après un demi-siècle, une sympathie plus émue, et Ton pourrait dire une admiration plus tendre. Il semble qu'on le voie, grand, noble d'allure, ayant dans tout son être je ne sais quoi qui attache et qui fait une impression douce et profonde. « Entre nous il y a de Tineffaçable 1), ne pouvait s'empêcher de lui écrire avec un retour affectueux Royer-Coliard, après leur rupture. Au repos, il se montre parfois pensif et rêveur, avec une gravité réfléchie, mélancolique, bientôt un peu maladive. Dans la lutte, il semble que rien ne doive arrêter son large et puissant essor; c'est, comme on l'a dit, un de ces oiseaux de grand vol qui ne s'élèvent jamais plus haut que dans la tempête. Vaillant et redoutable à la tribune, il frappe sur ses adversaires de tous bords des coups terribles par la soudaineté impétueuse de son éloquence, quelquefois emporté et passionné, jamais aigri ni haineux. Il combat, d'ailleurs, la poitrine découverte, s'expose et se dépense sans mesure; ignorant les ménagements égoïstes des habiles, les émotions feintes des

1 Depuis que ces lignes ont été écrites, la correspondance de M. de Serre a été publiée, et M. Charles de Lacombe a fait paraître un important ouvrage sur le Comte de Serre^ sa vie et son temps.

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