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M. DE SERRE ET LA . POLITIQUE DU CENTRE

rhéteurs, il se jette et se livre dans la mêlée avec toutes ses forces, mais aussi avec toute la sensibilité de son âme. Les succès brillants ne lui manquent pas; mais il souffre de la lutte, et souffre jusqu'à en mourir. Ce qu'il y a de profond, de toujours pur, de souvent douloureux dans les sentiments qui s'agitent en lui, donne même à sa voix un accent inaccoutumé dans les débats politiques, quelque chose de vibrant et de sincèrement ému qui fait encore tressaillir aujourd'hui, quand, à travers les pages muettes d'un livre ou d'un vieux journal, on peut en ressaisir quelque lointain écho.

M. de Serre, député, président ou ministre, apparaît comme la personnification la plus éclatante de ce qu'on a appelé dans la langue parlementaire la « politique du centre îi . Le plus grave problème imposé à la Restauration n'était pas le problème, pourtant si ardu et non encore résolu, de la conciliation entre la liberté et l'autorité, entre la démocratie et la stabilité sociale. On était alors sous le coup d'un péril plus immédiat. A la suite de 1789 et de 1793, il y avait en quelque sorte deux Frances : la France bourgeoise et populaire de la Révolution, restée sur le sol; la France aristocratique de la royauté, émigrée de fait ou de cœur. Enire ces deux France, un abîme était creusé, non-seulement par la dissidence des principes, mais aussi par des souvenirs de guerre civile et de guerre étrangère. La révolution n'avait pas été, d'ailleurs, une simple crise politique; pendant la longue absence de la royauté, elle avait tout bouleversé, tout transformé : institutions religieuses, sociales, militaires et administratives, lois, mœurs, traditions, jusqu'aux idées courantes, aux sentiments, aux préjugés, aux habitudes de la vie. La propriété elle-

n2 L'EXTREME DROITE ET LES ROYALISTES.

même avait changé de mains ; les biens confisqués des émigrés étaient passés à de nouveaux et nombreux acquéreurs.

En 1814-, voici que le roi remonte tout à coup sur son trône. A qui le doit-il? Qui Ta ramené? Est-ce le parti royaliste? Xon. Dans l'effondrement du pays il s'est fait une de ces lueurs subites qui illuminent parfois les peuples aux heures de grand péril, et il est alors apparu à tous que le retour de la vieille dynastie peut seul protéger la France contre les menaces du dedans et surtout contre celles du dehors. Mais ni les personnages, tous plus ou moins compromis dans la révolution, qui sont, avec M. de Talleyrand, les instruments de la restauration royale, ni l'opinion générale qui rend celle-ci possible et nécessaire, ne veulent faire capituler la France nouvelle entre les mains de la France émigrée. Est-ce ainsi que vont l'entendre tous les royalistes? On ne pouvait pas l'espérer. Vaincus et proscrits avec la royauté, comment n'aurait-il pas paru naturel et juste à beaucoup d'entre eux, de triompher et de régner avec elle, de chercher dans la Restauration une œuvre de réparation et de restitution à tous les degrés?

Que fera Ja monarchie? Si elle satisfait ces royalistes, elle soulève la France presque tout entière contre une poignée d'anciens émigrés. Peut-on, d'autre part, demander au roi de continuer les proscriptions révolutionnaires et de traiter en ennemis ceux qui lui ont tout sacrifié? Prince et nation sont à l'une de ces heures où les solutions absolues sont impossibles ou tout au moins périlleuses. Il faut une politique à la Henri IV, une politique de pacification et de transaction. Telle est celle que M. de Serre et ses amis du centre cherchent à appli-

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