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M. DE SERRE ET LA « POLITIQUE DU CEMTRE

quer, avec plus ou moins de bonheur et de clairvoyance, mais avec une loyauté inattaquable, avec un sens vrai du péril à éviter et du but à atteindre. On définissait ainsi cette politique dans une langue un peu barbare : «Royaliser la nation et nationaliser le royalisme. ^5 Louis XVIII exprimait en meilleurs termes la même idée, quand il écrivait, le 29 janvier 1818, à son frère : u Le système que j'ai adopté et que mes ministres suivent avec persévérance est fondé sur cette maxime qu'il ne faut pas être le Roi de deux peuples, et tous les efforts de mon gouvernement tendent à faire que ces deux peuples, qui n'existent que trop, finissent par en former un seul, w La politique du centre était une politique royaliste. Qui donc aurait contesté les sentiments monarchiques de M. de Serre, l'ancien soldat de Tarmée de Condé?M. Decazes et M. Pasquier, par leur passé ou par leur caractère, éveillaient peut-être quelques méfiances; M. Royer-Collard ou M. Camille Jordan, malgré les gages périlleux donnés par eux, après le 18 fructidor, au roi vaincu et proscrit, pouvaient effaroucher quelques timides, l'un par son autorité un peu âpre et ses exigences trop absolues, l'autre par la vivacité confiante de son libéralisme. Mais ne voyait-on pas à côté d'eux des hommes comme M. Laine ou le duc de Richelieu? La courageuse résistance de M. Laine avait été, au 20 mars, la suprême protestation du droit monarchique. Esprit fier et cœur tendre, incapable d'une intrigue ou d'une déloyauté, son éloquence était faite, pour ainsi dire, d'émotion royaliste ; écoutezle quand, arraché par quelque provocation de la gauche à son indolence, parfois trop longtemps silencieuse, il vient, avec des larmes dans la voix, évoquer les malheurs de la famille royale et faire vibrer dans l'âme de ses au-

diteurs les cordes de la compassion respectueuse ou de Tindignation vengeresse. Le duc de Richelieu était l'idéal du gentilhomme. Emigré de vieille roche, sorti en 1789, rentré seulement en 1814, il n'avait aucune des passions de l'émigration; grand seigneur, il était indépendant des coteries de caste et détestait les courtisans. Il acceptait les institutions et la société nouvelle par droiture et par bon sens, non par goût ni par intérêt, et se séparait des ultras parce qu'il était impatientée! dégoûté de leurs procédés, plutôt qu'il n'éprouvait d'éloigné ment pour leurs doctrines. Jouissant auprès de toutes les vieilles cours de l'Europe d'une considération qui servait de caution à la France vaincue, désintéressé et modeste, à la fois timide et courageux, simple et grand, n'ayant pas l'ambition, ayant même l'aversion d'un pouvoir où sa délicatesse était presque toujours froissée et où sa loyauté avait trop souvent sujet de s'étonner et de s'alarmer, il ne consentait à se mêler à la vie publique qu'à contre-cœur et par dévouement au roi et au pays. Non pas la plus brillante, mais peut-être la plus pure et la plus noble figure de l'aristocratie royaliste, admirablement choisi pour gouverner la France nouvelle au nom de la France ancienne et pour les unir toutes deux, il fut, selon M. de Falloux, a l'homme qui comprit le mieux et fît le mieux comprendre la mission élevée et réconciliatrice de la Restauration » .

La politique du centre, toute fondée sur la pacification et la transaction, devait rencontrer l'opposition de Fex-

trême droite. Mais quelle était l'importance, l'étendue de cette opposition? La droite s'y associait-elle? Pour répondre, il faut d'abord se bien rendre compte de ce qu'était Textréme droite. On se tromperait fort si on la concevait comme un parti compacte, homogène, avec une organisation précise et toujours subsistante, avec des frontières fixes et faciles à déterminer entre elle et la droite. On n'y pouvait guère distinguer qu'un élément permanent, celui des meneurs : ils n'étaient qu'une « poignée » suivant l'expression de M. de Villèle ; et, bien que poussant tous à la politique extrême, ils étaient loin d'être inspirés par des sentiments identiques. Les uns étaient des hommes aveugles, honnêtes sans doute, mais qui ignoraient absolument leur temps, attachés à l'ancien régime par un point d'honneur, de fidélité chevaleresque ; ils semblaient parfois sous l'empire d^une sorte de mysticisme doucement obstiné et naïvement téméraire, dont M. de Polignac sera plus tard l'effrayante personnification; visionnaires tranquilles, se croyant prédestinés par Dieu pour sauver le roi, et le conduisant à l'abîme avec une confiance souriante. Les autres étaient les violents : jetés par les circonstances dans les rangs du parti contre-révolutionnaire, ils avaient ce qu'on pourrait appeler le tempérament révolutionnaire, le goût de l'opposition injurieuse et implacable, l'àpreté d'ambition envieuse, la passion delà discorde, le besoin du soupçon et de la haine, la joie de l'excommunication, l'orgueil d'un renom d'exagération et de terreur; si bien que, sans vouloir établir de parité entre les deux opinions, ces hommes semblaient poussés dans l'extrême droite comme d'autres le sont dans l'extrême gauche; le type de ces « enragés » , ainsi que les

appelait M. de Viilèle, était alors M. de la Bourdonnaye. Parmi les meneurs de Textrême droite on pourrait enfin discerner un autre élément. Des mauvaises traditions de l'ancien régime, de plusieurs années passées dans les agences secrètes, dans les manœuvres et les conspirations royalistes, quelques hommes avaient conservé une indifférence sans scrupule sur les moyens et les individus, à laquelle ils associaient, on ne sait comment, leurs principes absolus. Leur liberté d'allures leur permettait d'avoir, sans devenir suspects à leurs amis, des relations et presque des familiarités avec les camps opposés. Portés d'ailleurs à s'aboucher plus volontiers avec un conspirateur de la gauche qu'avec un doctrinaire du centre, avec un révolutionnaire qu'avec un libéral, ils s'entendaient en 1815 avec Fouché, à la veille de combattre le duc de Richelieu, comme, sous le Directoire, ils avaient traité avec Barras, tout en répudiant Mallet du Pan. C'était chez eux une sorte de mélange des mœurs de l'aventurier, des habitudes du courtisan et des prétentions de l'homme politique. Audacieux, mais disposés à prendre l'agitation pour l'action , ils avaient un besoin d'importance qu'ils pressentaient pouvoir satisfaire plus aisément dans les intrigues d'un régime de cour que dans les luttes ouvertes d'un gouvernement libre. De tout temps, le comte d'Artois avait eu la faiblesse de leur donner trop légèrement sa confiance et de leur prêter ainsi son autorité. M. de VitroUes était alors le plus en vue de ces personnages.

Combien de soldais ce petit état-major bariolé de l'extrême droite groupait-il derrière lui? Dans quelle mesure les mystiques parvenaient-ils à exalter les royalistes, les violents à les passionner, les intrigants à les

LES ULTRAS DE 1815. m

exploiter? Cette mesure variait suivant les circonstances, suivant le plus ou moins d'électricité dont était chargée l'atmosphère politique. Il était des moments où Textrême droite était réduite au groupepeu nombreux des Polignac, des la Bourdonnaye et des Vitrolles; il en était d'autres où ceux-ci parvenaient à détacher assez de membres de la droite pour constituer un parti d'opposition redoutable, tout au moins embarrassant; il en était d'autres, enfin, où la droite troublée paraissait presque tout entière entraînée par les ultras, confondue avec eux. Userait donc difficile de voir dans l'extrême droite un parti distinct et permanent ; on dirait plutôt un trouble d'esprit, une exaltation de sentiment qui, selon les conjonctures, gagnait plus ou moins avant dans les rangs de la droite.

Par une fatale coïncidence, au moment où M. de Serre et ses amis entreprenaient leur œuvre de pacification et de transaction, et où il leur aurait été si précieux, si nécessaire d'obtenir le concours de leurs alliés naturels de la droite modérée, celle-ci était dans une de ces crises qui la rendent particulièrement accessible aux influences et aux excitations des hommes d'extrême droite. C'était le résultat desCent-Jours, l'une des aventures les plus néfastes et les plus criminelles que l'ambition d'un homme ait jamais imposées à une nation. Les Cent-Jours non-seulement avaient substitué aux dispositions presque bienveillantes de l'Europe en 1814; les convoitises exigeantes, l'hostilité méfiante et irritée de la coalition de 1815, et, comme conséquence, la rançon de deux milliards, la mutilation des frontières, la honte et le fardeau de l'occupation étrangère; mais ils avaient eu sur la politique intérieure des conséquences peut-être

i:8 L'EXTREME DROITE ET LES ROYALISTES.

plus irréparables encore. Ils avaient altéré, dans Tesprit d'une grande partie des royalistes, le caractère transactionnel et pacificateur du rétablissement de la monarchie.

L'esprit de la Charte avait vraiment tout inspiré lors de la première Restauration, en 1814. L'extrême droite alors n'avait pas donné le ton; elle n'avait dominé ni au ministère, ni dans les Chambres, ni dans la presse. Si le gouvernement avait commis des fautes et surtout des maladresses de forme plus encore que de fond, il n'avait rien fait qui ne pût être réparé et qu'il n'eût même montré l'intention de réparer. La conciliation entre les deux France était en bonne voie quand avait éclaté le coup de foudre du 20 mars.

En 1815, lors de la seconde Restauration, la situation était tout autre. Au lieu de voir dans les Cent-Jours une surprise où Faudace d'un homme, l'éclat d'un souvenir et le prestige d'un drapeau avaient tout fait, les royalistes voulurent y chercher un vaste et mystérieux complot dont la royauté avait été la victime et dont les trames continuaient à l'envelopper. Châtier les auteurs et les complices de ce guet-apens, et, pour en prévenir le retour, éviter désormais toute faiblesse et toute concession, ^ tel était le vœu, la volonté de presque tous les royalistes. " On conçoit que cet état d'esprit donnât beau jeu aux meneurs d'extrême droite. Ceux-ci étaient en harmonie avec les colères et les craintes générales lorsqu'ils parlaient haut, s'écriaient que l'heure des ménagements était passée, réclamaient la réaction implacable contre les hommes et les œuvres de la Révolution, lorsqu'ils poursuivaient, en un mot, la reconstruction de la société d'après « les principes religieux et monarchiques »»

formule sous laquelle ils comprenaient, avec quelques idées justes, beaucoup d'idées fausses, ou tout au moins inopportunes. La Restauration n'était plus présentée par eux comme une transaction; c'était une victoire, presque une vengeance, tout au moins un châtiment.

Ces sentiments, trop répandus alors chez les royalistes, avaient fait explosion avec une force inattendue dans les élections de 1815. Ils avaient donné dans la Chambre nouvelle, sinon la majorité, du moins uneprépondérance bruyante à l'extrême droite. Alors on commençait à parler des ce ultras » , et celte qualification était appliquée à presque tous les députés de la droite. Ceux-ci, en effet, troublés par le souvenir des Cent- Jours, exaltés ou assourdis par le fracas des violents, les suivaient ou du moins les laissaient dire. Et puis, combien en était-il, parmi ces hommes politiques si brusquement improvisés, qui ne se connaissaient pas encore eux-mêmes! M. deVillèle, qui sera bientôt le chef de la droite modérée, n'avait-il pas débuté, en 1814, par publier une brochure contre la Charte?

Les éléments qui constituaient les ultras de la Chambre de 1815 étaient d'ailleurs autrement jeunes cl vigoureux que ceux dont avaient pu jusqu'ici se servir les meneurs d'extrême droite. Ce n'étaient plus quelques vieux restes de la haute émigralion, familiers du comle d'Artois, personnages impopulaires, souvent usés, sans influence dans le pays. Au lieu du royalisme de cour, apparaissait le royalisme de province qui avait plus de sève, d'honneur, de sincérité, mais aussi plus de force violente et presque brutale. Chez ces nouveaux venus, rien de fané ni de fatigué. Leur dévouement à la monarchie avait quelque chose de rude et de hautain; par royalisme, ils

poussaient l'opposition au roi jusqu'à l'irrévérence. Pour être surpris de ce phénomène, il faudrait n'avoir vu dans l'ancien régime que la servilité frivole des mœurs de cour et n'avoir pas su y discerner, en dehors de Versailles, l'esprit, non de liberté, mais d'indépendance fière et chagrine, à la fois austère et un peu jalouse, qui animait, en plus d'une province, la petite noblesse d'épée et de robe. Ayant trouvé dans la prépondérance des Chambres et dans la responsabilité ministérielle l'unique moyen d'imposer à la modération prudente de Louis XVIII leurs idées, leurs passions et leurs hommes, les ultras de 1815 étaient devenus les plus exigeants et les plus impérieux des parlementaires. Ce n'est pas l'un des faits les moins remarquables de l'histoire, que de voir ces hommes d'ancien régime contribuer, plus que tous les autres, à adapter d'emblée à la vieille monarchie le mécanisme de la liberté moderne. On dirait presque d'une sorte de démocratie révolutionnaire au service de la contre-révolution. Mais, s'ils se jetaient dans cette entreprise avec toute l'ardeur d'une conviction vraie, avec toute la fierté de leur caractère, avec toute l'énergie de leur virginité politique, ils y appor- I taient aussi l'inexpérience téméraire d'hommes qui ignoraient absolument leur temps, l'excès de passions long- ; temps comprimées et vaincues qui aspiraient à l'heure î de la revanche et de la domination, et enfin l'esprit d'indiscipline emportée et imprévoyante qui avait été, depuis les champs de bataille de Crécy et d'Azincourt jusqu'à la Constituante, le défaut constant de la noblesse française. '> Ce sont des fous! w disait Louis XVIII à M. de Vitrolles. Aussi bien, l'histoire de cette Assemblée n'est que trop connue; la u Chambre introuvable » a I

laissé un souvenir que les ennemis de la Restauration se sont bien gardés de ne pas mettre en lumière. Ceux-ci ont même singulièrement chargé les couleurs. Parler, par exemple, de " Terreur blanche m et en faire la contre-partie de la vraie Terreur est une de ces audacieuses falsifications de la vérité historique, comme en essaye parfois l'esprit de parti avec la complicité de l'ignorance et de la badauderie publiques. Les paroles et les actes de la Chambre de 1815 compromettaient plus le parti royaliste qu'ils ne menaçaient la nation. On injuriait plus la société nouvelle qu'on ne la mettait réellement en question. Il y avait plus de fanfaronnade et de furie oratoire que de lois mauvaises. Mais ce n'en était pas moins un grand péril que l'état d'alarme et de colère où les ultras jetaient ainsi l'opinion. La Restauration apparaissait au pays inquiet et irrité comme la revanche de l'extrême droite. Et AL de Richelieu pouvait écrire justement : « Je crois que nous aurons moins de peine à sauver le Roi de ses ennemis que de ses amis, n Une telle conduite était le contraire delà politique du centre. Un soir, le 17 décembre 1815, le duc de Richelieu, alors président du conseil, avait invité plusieurs membres de l'extrême dtoite pour tenter de vaincre leurs résistances à la loi d'amnistie. Ne pouvant venir à bout de leur implacable obstination : « En vérité, s'écria-t-il, je ne vous comprends pas avec vos passions, vos haines, vos ressentiments, qui ne peuvent amener que de nouveaux malheurs. Je passe tous les jours devant l'hôtel qui a appartenu à mes pères; j'ai vu les terres immenses de ma famille dans les mains de nouveaux propriétaires; je vois dans les musées les tableaux qui leur ont appartenu; cela est triste, mais cela ne

m'exaspère ni ne me rend implacable. Vraiment, vous me semblez quelquefois fous, vous qui êtes restés en France \ 15 Par la force des choses, la scission devenait donc chaque jour plus complète entre la droite et le centre. Les esprits les plus élevés de ce dernier parti se voyaient, à regret, engagés dans cette guerre. « Il m'est pénible, écrivait M. de Serre, de lutter contre ceux vers lesquels me rattache toute ma vie passée. Il m'est plus pénible encore d'être prôné par des hommes dont je déteste la conduite et les principes, v II n'hésilait pas cependant. « Je n'ai jamais compté, ajoutait-il, que la route du devoir serait semée de fleurs, mais j'y suis. Priez seulement Dieu qu'il me donne la force de m'y tenir. « M. de Richelieu disait en parlant des ultras : « Après tout, ils sont royalistes, il faut gouverner pour eux, et malgré eux si c'est nécessaire. « — a II faut les sauver malgré eux 55 , répétait-il un autre jour. — « Il est bien dur, écrivait-il encore, que nous soyons obligés de frapper des hommes qui sont à la vérité nos ennemis, mais qui ont été, pendant vingt-cinq ans, les défenseurs du trône et de la monarchie. Ce n'est pas sans doute notre faute, et nous ne pouvons pas faire autrement ; mais la chose est tellement affligeante, que je suis souvent prêt à déserter et à aller me cacher au fond de quelque désert. "

Quand le duc de Richelieu exprimait ces regrets, dont l'accent est si profond et si sincèrement ému, il était inspiré sans doute par le sentiment qui l'attachait aux hommes de la droite ; il faisait en outre acte de clairvoyance politique. Oui, il avait raison de croire que

^ C'est M. de Villèle lui-même qui, témoin de cette conversatiou, en a conservé le compte rendu dans ses papiers.

son programme de pacification et de conciliation pouvait seul sauver la France et la royauté. Mais il n'avait pas moins raison de regarder toujours du côté de la droite, de soupirer après son concours et d'être prêt à faire, pour l'obtenir, plus d'avances et de sacrifices que n'y était disposé, par exemple, son collègue M. Decazes. Il avait raison de voir, avec une sorte d'effroi et de découragement anticipé, le centre réduit à entreprendre Tapplication nécessaire de son programme, en ayant contre lui, non-seulement l'extrême droite, — ce qui était à prévoir, — mais aussi la droite, qui aurait dû être son ylliée naturelle et qui, au contraire, par le malheur des circonstances et surtout par la faute des Cent-Jours, se trouvait, dès la première heure, entraînée par les ultras, presque identifiée avec eux. Comment, dans de telles conditions, la politique du centre ne sera-t-elle pas entravée et, qui pis est, faussée? Comment triompher des préjugés, calmer les alarmes de la France nouvelle, la convaincre des intentions conciliatrices de la royauté, quand un démenti bruyant, passionné, provocant, est donné par ceux qui s'attribuent le pouvoir de parler au nom du roi, ou tout au moins de ses partisans, et qui semblent avoir en effet le plus qualité pour remplir cette mission? Comment surtout, malgré lés meilleures intentions, faire efficacement acte de consolidation monarchique et de résistance antirévolutionnaire, quand les forces conservatrices et royalistes sont ainsi divisées les unes contre les autres dans le parlement et dans le pays, quand la nécessité de trouver un point d'appui l! contre une droite hostile et l'entraînement fatal de la }i lutte vont pousser le gouvernement vers la gauche? On ne saurait trop insister sur ce qu'a eu de néfaste et,

hélas ! d'irréparable pour toute Tœuvre de la Restauration, ce déplorable point de départ, après lequel la droite modérée s'est trouvée, dès son entrée dans la vie publique, séparée des royalistes libéraux du centre et entraînée à la suite de rextréme droite, — si bien que M. de l illèle nous apparaît au début comme l'allié de M. de la Bourdonnaye, au lieu d'être celui de M. de Serre.

§ 3. l'opposition DE DROITE.

Les élections faites en septembre et octobre 1816, après la dissolution de la Chambre introuvable, avaient assuré la majorité au gouvernement du centre, et constitué décidément Textrême droite et la droite en minorité d'opposition; minorité redoutable, du reste, nullement découragée, excitée au contraire et irritée par l'ordonnance de dissolution qui lui avait paru un acte d'hostilité dirigé contre elle. La conduite de M. Decazes, quelque peu différente de celle de M. de Richelieu ou de M. Laine, n'était pas de nature à adoucir cette impression.

Au point de vue de l'art parlementaire, si Ton peut ainsi parler, on ne saurait tout d'abord trop admirer la vigueur de cette opposition. \i la surprise de l'ordonnance, ni l'échec électoral qui en est la suite ne déconcertent la droite. Elle a partout une organisation de parti très-complète. Elle sait user de la presse, ce qui est rare chez des conservateurs ; elle a des journaux ; elle en fonde de nouveaux. Le plus illustre et le plus éclatant de tous, le Conservateur, créé en 1818, compte

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