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parmi ses rédacteurs des écrivains comme M. de Chateaubriand, Fahbé de Lamennais, M. de Bonald, des hommes d'État comme M. de Villèle et M. Corbière, des grands seigneurs comme AIM. de Montmorency, de Polignac, de Filz-James, des princes de l'Eglise comme le cardinal de la Luzerne. Pour diriger l'opposition dans la Chambre, les députés de la droite prennent l'habitude de se réunir chez l'un d'eux, M. Piet. Avec ce scepticisme dédaigneux et affecté, forme bizarre d'un orgueil blasé et chagrin, M. de Chateaubriand, qui craignait toujours de paraître avoir pris quelqu'un au sérieux, surtout ses amis et son parti, a pu parler de cette réunion dans les Mémoires d'outre-tomhe avec une sorte de mépris. « Nous allions assez souvent rue Thérèse, écrit-il, passer la soirée en délibération chez M. Piet. Nous arrivions extrêmement laids, etnous nous asseyions en rond autour d'un salon éclairé par une lampe qui filait. Dans ce brouillard législatif, nous parlions de la loi présentée, delà motion à faire, du camarade à porter
au secrétariat Nous débitions les plus mauvaises
nouvelles... Rentré chez moi, le long de la nuit, dans mon demi-sommeil, j'apercevais les diverses attitudes des tètes chauves, les diverses expressions des figures de ces Solons peu soignés et mal accompagnés de leur corps. " Vainement M. de Chateaubriand a-t-il cherché rétrospectivement à jeter le ridicule sur le salon de M. Piet. Cette réunion a eu une durée, une consistance, une autorité que nulle réunion de ce genre n'a pu acquérir dans les autres partis ; elle était un instrument puissant et donnait à l'opposition de droite l'unité et la discipline, conditions nécessaires de toute action parlementaire efficace.
Dans le pays, outre ses journaux, la droite a ses comités. Elle est organisée, en quelque sorte enrégimentée, comme ne Tout pas toujours été les autres partis conservateurs plus modérés, mais dont la foi est moins ardente et le symbole moins précis. Elle avait même, aux débuts de la Restauration, un organisme caché. On retrouvait dans le Midi et surtout dans TOuest plusieurs sociétés secrètes, vieux restes des anciennes conspirations, ayant leurs affidés, leurs mots d'ordre, leur police et souvent leurs armes : Société des Francs régénérés, de FAnneau, des Bandouliers, Association royale du Midi, Association bretonne, Vrais amis du Roi, Chevaliers du Tropique. M. Agier, qui devait être Tun des orateurs de l'extrême droite à la Cliambre, disait dans un discours prononcé à la Société des Francs régénérés : a La Société des Francs régénérés n'est pas un club, puisque ses séances sont secrètes ; ce n'est pas une secte d'illuminés, puisque son but est connu; mais elle doit prendre des illuminés cette discrétion absolue qui est Tàme des petites comme des grandes affaires... Ce qui a commencé la révolution peut servir à la terminer ; c'est avec le feu qu'on guérit les blessures faites avec le feu. «
Sans approuver les sociétés secrètes, on ne peut que louer la droite de savoir s'organiser. Peut -on louer également le tour violent, implacable, souvent peu scrupuleux que prend cette opposition ? Sans doute, d'autres partis n'ont pas mieux résisté à de tels entraînements. Mais, ce qui ne surprend pas ailleurs cause plus de scandale quand on le rencontre chez les hommes de la droite. Qui n'est froissé, par exemple, de voir alterner et même mêler, suivant les besoins de l'opposi-
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tion, des thèses ultra-libérales et ultra-réactionnaires? S'agit-il, en 1818, de la grande et belle loi du recrutement qui fait Thonneur du maréchal Gouvion Saint-Cyr? La droite reproche à cette loi d'être révolutionnaire, surtout parce que, dans le titre de l'avancement, elle n'a pas restauré le favoritisme royal et le privilège de la noblesse. Est-on, au contraire, en face des lois sur la presse, si largement et si hardiment libérales, présentées par M. de Serre, en 1819? Il se trouve des écrivains d'extrême droite pour imprimer dans \q Drapeau blanc, que cette législation « étouffera la voix de l'opprimé, réduira au silence les défenseurs des libertés légitimes, rendra muets le bon sens et la raison « . Le Conservaleur va jusqu'à dire que « les lois nouvelles sont dérisoires, perfides, pleines de pièges, et que, si elles passaient, la liberté de la presse ressemblerait à la liberté de discussion dont on jouissait dans les Chambres de Bonaparte '^ . Triste spectacle à considérer de loin, quand l'apaisement des passions permet de mesurer ce que produit d'aveuglement, et souvent de mauvaise foi, le parti pris d'opposition ! Quelques-uns même, pour renverser le ministère, ne répugnaient pas à faire appel aux vainqueurs de Waterloo. On sait quel retentissement a eu la découverte des notes secrètes envoyées aux puissances étrangères par M. de Vitrolles.
Si les royalistes honnêtes devaient souffrir quand parfois quelques-uns de leurs alliés de l'extrême droite sacrifiaient la loyauté à la tactique de parti, les esprits sensés ne devaient-ils pas être déconcertés en voyant à la tribune et surtout dans les journaux ou les brochures, la sincérité poussée jusqu'à l'extravagance et à la témérité ? Des écrivains ou des orateurs, se donnant pour les
interprètes du royalisme, annonçaient hautement la revanche qu'ils comptaient prendre contre la société nouvelle. Ils ne reculaient devant aucune question, si brûlante qu'elle fût : attaques contre les acquéreurs des biens nationaux, contre l'armée, contre le culte établi par le Concordat qu'on qualifiait de culte pseudonyme, prétention hautement manifestée de rétablir les privilèges aristocratiques, aspiration plus ou moins voilée au coup d'Etat par ordonnance. Toutes ces provocations semblaient n'avoir d'autre dessein que de fournir un prétexte, d'ailleurs avidement cherché, à ceux qui s'efforçaient d'ameuter l'opinion contre la Restauration. Le Drapeau blanc soutenait couramment que « s'il y avait de mauvais coups d'Etat, il y en avait de bons, celui, par exemple, du roi Gustave III changeant la constitution de la Suède et celui de Louis XIII se débaî^rassant du maréchal d'Ancre » . La constitution suédoise, c'était la Charte; le maréchal d'Ancre, c'était M. Decazes.
Les meneurs de l'extrême droite voulaient-ils donc et surtout espéraient-ils sérieusement renverser la Charte ? Non. Ils sentaient même au fond qu'elle était la condition vitale de la monarchie et sa meilleure défense. Ils l'avaient montré eux-mêmes à l'heure du péril, quand Napoléon débarqué de l'île d'Elbe s'avançait à grandes journées vers Paris; alors, le comte d'Artois, autour, duquel se concentraient toutes les agitations de l'extrême droite, n'avait-il pas jugé utile de faire en pleine séance royale profession de fidélité à cette « Charte constitutionnelle qui assurait le bonheur des Français « ? Mais une fois hors de danger, on se soulageait en boudant ou en raillant la constitution octroyée par le roi. On s'amusait à chercher des habiletés de langage pour la mal-