L'OPPOSITION DE DROITE
traiter sans tomber sous le coup d'une répression pénale. Une politique qui eût abouti au renversement de la Charte se fût comprise; mais une politique la menaçant sans l'atteindre, c'était une folie. Pour quelques passions ainsi flattées à droite, on soulevait dans le pays de formidables préventions qui devaient peser non-seulement sur les royalistes, mais sur la monarchie. Le duc de Richelieu demeurait stupéfait de ces extravagances. ce Pour prouver leur dévouement au Roi, ils parviendront, disait-il, à déhourhonniser même les villes les plus royalistes de France. « En efifet, à chaque élection partielle, — la Chambre se renouvelait alors par fraction tous les ans, — les rangs de la droite, devenue de plus en plus impopulaire, s'éclaircissaient rapidement.
Mais voici le mal le plus grave : ce sont les premiers symptômes de cette tendance fatale qui pousse toute opposition d'extrême droite à se coaliser avec l'opposition de gauche pour faire échec aux modérés du centre. Dès 1817, des journalistes prêchaient ouvertement cette alliance qui était mise en pratique dans quelques votes, au grand scandale de Thonnête duc de Richelieu; aux élections, on entendait quelques ultras faire des vœux pour les candidats « libéraux « ; « il est bon, disaient-ils, que le ministère ait des jacobins 15 . Deux ans plus tard, des députés de l'extrême droite s'unissaient à la gauche pour marchander la dotation proposée en faveur du duc de Richelieu, quittant pauvre le pouvoir après aïoir obtenu la délivrance anticipée du territoire, si bien que le duc, froissé à juste titre d'un tel débat, faisait don de la rente qui lui était offerte aux hospices de Bordeaux.
C'est surtout aux élections partielles de 1819 que
certains meneurs osèrent afficher hautement leur dessein de coalition, h^ Quotidienne soutenait qu'il valait mieux des élections jacobines que des élections minislérielles, c'est-à-dire des ennemis mortels de la Restauration que des royalistes modérés. Le Drapeau blanc s'écriait, afin d'étouffer certains scrupules, que tous les moyens étaient bons pour renverser le ministère. Les journaux de la gauche n'avaient garde de ne pas souscrire au pacte qui leur était proposé et dont ils devaient être seuls à profiter; ils déclaraient à leur tour aimer mieux des ultras que des ministériels. Au lendemain du scrutin, rextrème droite pouvait compter avec satisfaction les 10 ou 12 voix qu'elle avait fait perdre aux modérés du centre. Mais, en faisant un retour sur ellemême, elle devait constater que sur 18 députés de la droite soumis à réélection, il n'en était rentré que 5. La gauche, au lieu de ses 10 membres sortants, en avait fait élire 35. Le marché que certains ultras avaient voulu conclure avec l'opposition libérale n'était donc pas seulement pour la droite un acte malhonnête, c'était une duperie et une sottise.
Dans quelle mesure les électeurs royalistes avaient-ils suivi le mot d'ordre des journaux de l'extrême droite? Il serait peut-être difficile de le préciser. On doit croire que l'honnêteté naturelle du parti avait été , sur plus d'un point, rebelle aux excitations des meneurs. Toutefois, la nomination dans l'Isère du conventionnel Grégoire, fait le plus saillant de ces élections de 1819, montre jusqu'où certains ultras savaient au besoin pousser la coalition. Le premier tour n'avait pas donné de résultat; Grégoire avait eu 460 voix, le candidat ministériel 350, le candidat de droite 220. Au second tour,