CHAPITRE II
l'extrême droite et m. de villèle
§ 1. — LA droite toute-puissante.
Quand M. de Villèle arriva au pouvoir avec ses amis, le 15 décembre 1821, bien peu croyaient à la longue durée du nouveau cabinet. « Vous n'en avez pas pour trois mois « , lui disait M. de Serre ; et M. de Villèle lui-même écrivait, le 20 décembre, à sa femme : tt Laissez votre logement à Toulouse, comme si nous devions y retourner dans six mois. » C'est dans six années et non dans six mois qu'il y retournera. En efifet il fut facile de voir, au bout de peu de temps, que, grâce à une habileté heureusement servie par les événements, le ministère, loin de s'affaiblir, se consolidait et grandissait. Considérez quelle est, deux ans plus tard, en 1824, sa situation et celle de la droite. Jamais le parti royaliste n'a connu une si haute fortune. 11 est maître, sans contestation, du gouvernement qu'il a conquis par la liberté parlementaire et qu'il exerce en respectant cette liberté. Les conspirations sont vaincues et à tout jamais découragées. La prospérité matérielle est grande partout, Tétat florissant des finances fait honneur au ministre qui les a gérées, et la rente 5 pour
100 qui, en 1815, était à 46 francs, est montée à 102 francs. Enfin le succès de la guerre d'Espagne, en témoignant d'une initiative politique et d'une puissance militaire que l'étranger ne nous supposait plus depuis 1815, nous a rendu en Europe, huit ans après Waterloo, quelque chose de notre ascendant perdu, et Jusque-là, — disait M. de la Ferronnays, notre ambassadeur en Russie, — on nous tenait dans une sorte de tutelle et on n'aimait pas à nous en voir sortir. « L'effet a été d'autant plus considérable que beaucoup doutaient de la fidélité de l'armée. Celle-ci, en combattant loyalement, en triomphant non sans honneur à l'ombre du drapeau blanc et sous le commandement d'un fils de France, a démenti les prédictions inquiètes des uns, déjoué les espérances ou même les efforts criminels des autres. Ce succès a eu son contre-coup sur la politique intérieure. Il en est résulté pour la droite un prestige de puissance et de bonheur auquel le public résiste rarement en France.
La gauche a d'ailleurs tout fait pour aider au mouvement qui ramenait l'opinion à la droite. Elle s'est enfoncée chaque jour plus avant dans son opposition de parti pris révolutionnaire. Absorbée par ses criminelles conspirations, elle a négligé l'action électorale et parlementaire, ou tout au moins n'y a cherché qu'un moyen d'entretenir dans le pays une agitation favorable à ses desseins insurrectionnels; de là ces scènes de violence et de provocations à la tribune, cette retraite en masse après l'expulsion de Manuel en 1823. Pendant ce temps, les complots ont éclaté et échoué les uns après les autres. Lors de la guerre d'Espagne, on a eu l'impudeur de pousser ouvertement l'armée à foire défec-