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LA DROITE TOUTE-PUISSANTE

tien, ce Brav' soldats, demi-tour! m chantait Béranger. Nos troupes ont rencontré devant elles, mêlés aux rangs de Tennemi , de nouveaux émigrés venus cette fois, comme Armand Carrel, du parti révolutionnaire et qui n'avaient certes pas l'excuse de ceux de 1792. Par toutes ces fautes, la gauche a troublé les intérêts, froissé la conscience publique, et Tavortement misérable de ses manœuvres a manifesté clairement sa complète impuissance. Aussi la nation s'est-elle éloignée d'elle chaque jour davantage.

Les élections générales de 1824 permettent de mesurer tout ce qu'a gagné la droite et perdu la gauche. Le succès des royalistes y est immense. Avant ces élections, l'opposition de gauche, bien que déjà réduite, comprenait encore 110 membres : 91 restent sur le champ de bataille électoral. Le discrédit de ce parti est tel, que Manuel ne trouve personne, sauf Al. Thiers dans le Constitutionnel j pour appuyer sa candidature, et il n'est pas élu; on sait pourtant quel bruit s'était fait autour de son nom, quand, l'année précédente, il avait été expulsé de la Chambre; avec sa parole froidement audacieuse, avec sa passion amère, sans scrupule, violente, bien que toujours maîtresse d'elle-même, il était comme l'incarnation de la haine révolutionnaire contre les Bourbons. Lorsque la nouvelle Assemblée se réunit, les 410 membres de la droite débordent de leurs bancs devenus trop étroits, tandis que dans les rangs opposés on compte à peine 19 députés. Le système du renouvellement partiel étant abandonné, cette Chambre, plus a introuvable » encore que celle de 1815, a sept ans de durée devant elle. Quelques mois plus tard, Charles X succède à Louis XVIII avec autant de facilité que dans la plus

incontestée des monarchies. On peut, sans une heure d'inquiétude, faire retentir le cri, si oublié, de la vieille France : « Le roi est mort! vive le roi! o C'est même, pour l'ancien comte d'Artois, l'occasion d'un retour de popularité, bien passager il est vrai.

Par une rare coïncidence, à cette prépondérance politique du royalisme se joint une sorte de prépondérance littéraire. La pensée et l'imagination, qui sont pourtant, par la pente naturelle de leur indépendance, volontiers de l'opposition, se plaisent alors à rendre foi et hommage à la monarchie restaurée. Autour de celle-ci est réuni un cycle brillant d'écrivains. Les noms parlent assez d'eux-mêmes. AL de Chateaubriand est dans l'éclat de sa gloire. On vient de publier, après la mort de M. de Maistre , les Soirées de Saint - Pétershourg . L'abbé de Lamennais fait paraître les derniers volumes de VEssai sur l'indifférence. M. de Bonald continue à exposer la philosophie sociale de l'école monarchique. Puis à côté de ces esprits arrivés à leur pleine maturité, et comme pour montrer que le sentiment royaliste n'a pas épuisé sa fécondité, de jeunes poètes tout animés de ce sentiment entrent du premier pas dans la renommée, en faisant entendre à leur génération des accents jusque-là inconnus. C'est alors que Lamartine, jeune et beau, lit d'une voix mélodieuse dans quelque salon du faubourg Saint-Germain, devant un public d'élite, ravi et ému , ses incomparables Méditations, les premiersnés de son génie. C'est alors aussi que Victor Hugo, fils d'une w mère vendéenne » , chante dans ses Odes les jeunes filles de Verdun, Louis XVII, les martyrs de Quiberon, la mort du duc de Berry, la naissance du duc de Bordeaux et le sacre de Charles X. Le roi, généreux et

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