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LA DROITE TOUTE-PUISSAMTE

délicat protecteur de ceux qui servent ainsi librement la muse monarchique, nomme le premier secrétaire d'ambassade à Naples et accorde une pension au second. Chez tous ces écrivains, poëtes ou prosateurs, il y a ce qu'on pourrait appeler l'inspiration royaliste ' : phénomène remarquable et rare. D'ordinaire les gouvernements se renferment en quelque sorte dans la politique, et sont presque sans relatiT^n avec le monde littéraire. Qui songerait en vérité à tenir compte de cette chose artificielle et nulle qui a été, hélas! sous presque tous les régimes, la poésie ou la littérature officielles? La Restauration, qui était autre chose qu'une combinaison constitutionnelle plus ou moins ingénieuse, a au contraire pénétré dans ces régions où sont les sources de l'inspiration; elle est entrée en communication avec Tàme de la France. Dans ce retour inattendu d'une antique royauté, dans ces longs souvenirs mêlés à de jeunes espérances, dans ce passé rempli à la fois de gloire et de deuil, dans ce présent que console une paix longtemps désirée et que vivifie une liberté nouvelle, n'y avait-il pas de quoi éveiller les intelligences et remuer les imaginations? Hàtons-nous toutefois de saluer ce merveilleux épanouis sèment littéraire à l'époque rapide de la grande fortune de la droite. Si nous laissons passer quelques années, que deviendra ce brillant cortège du génie royaliste? Encore si la fatigue ou la mort y avaient seules fait des vides; mais combien d'absents faudra-t-il aller chercher dans d'autres camps, et parfois dans quels camps! La droite est donc, en 1824, à son apogée. Débarrassée

* Lamartine écrivait le 7 avril 1825 : « Je vais vendre aussi un petit fragment intitulé : le Chant du sacre ou la veillée des armes. C'est mon poëme de Fontenoy. Mais je ne le fais ni pour gloire ni

de ses adversaires de gauche, de ses rivaux du centre, elle est, en quelque sorte, seule en face d'elle-même. Il semble qu'une fée, voulant lui accorder une grande faveur, mais aussi lui imposer une épreuve solennelle, lui ait donné une heure de toute-puissance pour juger ce qu'elle saurait en faire. Tous les dangers du dehors paraissent écartés ou du moins suspendus; subsistent seuls ceux que les royalistes rencontrent dans leurs propres rangs.

M. de Villèle est disposé à user avec sagesse et prudence de la prépondérance acquise à son parti. On a déjà vu comment de 1815 à 1821, à mesure qu'il avait mieux connu les hommes et les événements, s'élait accompli en lui un travail intérieur de modération. Le maniement des affaires publiques n'était pas fait pour arrêter ce travail. Chez le ministre, l'homme d'ancien régime disparaît ou du moins fait silence. Il comprend, ainsi que l'avaient fait les royalistes du centre, que la Restauration ne doit, à aucun prix, se montrer comme une revanche contre la société nouvelle; qu'elle doit être une œuvre de transaction et de pacification. Le but qu'alors il poursuit, n*est-ce pas au fond à peu près le même qu'avait poursuivi M. de Serre? Seulement les préoccupations et les moyens sont différents, comme les caractères des deux hommes. « Conciliation des principes, tel avait été, dit quelque part le duc de Broglie, l'espoir de M. de Serre, cruellement déçu par les événements. Accommodement des intérêts, telle fut la voie par laquelle M. de Villèle se flatta d'être plus heureux. « Le chef de la droite se sentait propre à cette

pour argent, par pure conscience royaliste, s {Correspondance de Lamartine, t. III, p. 332.)

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