M. DE LA BOURDONNAYE ET M. DE CHATEAUBRIAND
Parmi les ultras, il en était qui ne se contentaient pas de compromettre M. de Villèle. Il leur fallait Tattaquer et chercher à le jeter violemment à bas, comme ils avaient fait de M. de Serre. Cette contre-opposition d'extrême droite s'est montrée redoutable, surtout à partir de 1824; mais le germe en était apparu dès le lendemain de la constitution du ministère, en 1821. Si l'on n'avait pas alors osé engager tout de suite la guerre ouverte, déjà rhumeur chagrine et les dispositions hostiles étaient faciles à discerner. Chez plusieurs, c'était exaltation sincère ; chez quelques autres, les moins nombreux, mais non les moins actifs, il s'y joignait malheureusement des motifs d'un autre ordre. Le ministère de droite ne contenait aucun des ultras qui avaient noué la coalition contre M. de Richelieu et M. de Serre. Ces ultras voyaient dans cette exclusion, chcàtiment de leur conduite sans scrupule, une injustice et une ingratitude. Leur ambition était impatiente et irritée. Les' renseignements trouvés dans les papiers de M. de Villèle ne sont pas à l'avantage de quelques-uns de ces personnages, particulièrement de M. de la Bourdonnaye. Celui-ci avait fait proposer au ministère , par M. de Chateaubriand, une sorte de marché comminatoire. Voici la lettre de M. de Chateaubriand, telle qu'elle a été publiée par un écrivain royaliste, M. Nettement :
« La Bourdonnaye est venu chez moi ce soir. Il veut « définitivement savoir si Ton est ami ou ennemi. Il ce persiste à demander : 1° la pairie sur la tête de son ;t fils ; 2" il abandonne l'idée de Tambassade de Vienne, ce et se contente d'être ministre aux Pays-Bas. A ces ce conditions, il promet d'être loyalement en paix avec ce le ministère et de le servir si besoin est. Mais il veut ce une explication immédiate, car il veut prendre parti te dans la discussion de la loi sur les journaux. Si l'on ce est ennemi, il parlera contre la loi des journaux qu'il ce n'aime pas. Si Ton est ami, il gardera le silence et « attendra patiemment l'avenir. Je vous rends ses proce près paroles, mon avis est que vous ne sauriez trop ce faire pour l'amener à vous, i?
M.. de Villèle refusa: il ne voulait pas que les ambitieux fussent tentés de lui déclarer la guerre, pour lui faire ensuite acheter la paix. Tel n'était pas le sentiment de M. de Chateaubriand qui, connaissant ces ultras, croyait habile et nécessaire de les satisfaire. Il en parlait souvent à M. de Villèle ; il lui écrivait, par exemple, le 2 avril 1822:
Cl Je pars à l'instant. N'oubliez pas Bertin, Castelbace jac, Vitrolles, Donnadieu, Canuel. Il est nécessaire ce d'en finir avec eux... Pensez aussi à moi et à mon ce congrès. »
Et le 30 avril :
ce Croyez-moi ; placez nos cinq ou six royalistes, Dece vaux, Castelbajac, Donnadieu, Canuel, la Borie, Agier, ce Delalot. Faites rendre le ministère d'Etat à Vitrolles, ce arrangez la Bourdonnaye, si vous pouvez, et l'avenir ce est à vous... Je n'ai rien demandé; mais je pense ce que, pour le service du roi, il ne faudrait pas que je