M. DE L\ BOURDOXNAYE ET M. DE CHATEAUBRIAND
a fusse le seul ambassadeur sans cordon. Mes deux pré-
tt décesseurs avaient le cordon bleu, w
M. de Villèle persistait à ne pas suivre ces conseils. Il appelait, il est vrai, M, de Castelbajac à un poste élevé ; mais il refusait des places aux autres, notamment à M. Delalot. Aussi M. de Chateaubriand écrivait à madame Récamier : « On mécontente Delalot, et Delalot est une puissance à la Chambre. « Puis, le 30 novembre, il revenait encore à la charge dans sa correspondance avec M. de Villèle : 't Les lettres que je reçois, écrivait-il, m'inquiètent un peu. Jetez de l'eau sur le feu. Placez vos amis ; tout Gnira. v Ces questions personnelles devaient être jusqu'à la fin étrangement mêlées à la contre-opposition de quelques-uns de ces te purs » d'extrême droite qui, du haut de la fribune, se donnaient pour devise : w Loyauté, conscience, w A plusieurs reprises et même à la dernière heure, en août 1827, au moment où la lutte était la plus violente et la plus implacable, des marchés étaient proposés à M. de Villèle, — ce sont toujours ses papiers qui en font foi ; — on lui offrait le concours de tels personnages et de tels journaux d'extrême droite, s'il donnait un portefeuille à celui-ci ou une pension à celui-là.
Un an environ après la formation du ministère de droite, pendant les préliminaires de la guerre d'Espagne, la contre-opposition d'extrême droite commença à entrer ouvertement en ligne; elle élait encore peu nombreuse. Autour de M. de la Bourdonnaye, on distinguait MM. Delalot, de Bouville, de Vaublanc, Donnadieu. Ils reprochaient à M. de Villèle de ne pas prendre assez ouvertement parti pour l'absolutisme espagnol. Quant à eux, ils s'empressaient d'établir une solidarité entre cet
absolutisme et le droit monarchique. A les entendre, il fallait, pour être fidèle au principe a légitimiste 51 , exalter tout ce que faisaient Ferdinand et ses partisans extravagants ou féroces. Tel était sans doute le moyen de dissiper ce qu'il y avait encore de prévention contre ce principe dans une partie de Fopinion française. Un journaliste s'écriait qu'il ne suffisait pas de réprouver ce telle ou telle constitution » : on devait « réprouver le principe constitutionnel » ; il fallait « que le roi d'Espagne fut libre et maître »> . Ces ultras ne s'arrêtaient même pas devant la guerre commencée ; et, sans éprouver aucun scrupule de patriotisme, ils continuaient à attaquer le ministère qui portait le drapeau de la France dans une lutte au premier abord pleine de difficultés et de périls.
Cette opposition d'extrême droite n'était sans doute à la Cbambre qu'une minorité infime, et elle ne pouvait gêner d'une façon sérieuse la droite demeurée fidèle à son chef; mais elle était déjà soutenue par une portion notable des journaux royalistes. Ceux-ci, suivant leur style habituel, accusaient M. de Villèle « d'équivoque, d'intrigue «, presque de trahison; ils flétrissaient ce qu'ils appelaient la « lâcheté des politiques « . Monsieur lui-même se plaignait du « détestable esprit « des journaux. La Quotidienne j qui n'osait pas encore rompre avec M. de Villèle, se gardait bien néanmoins de critiquer en quoi que ce fût les attaques de l'extrême droite ; en face des débats les plus violents, elle ne trouvait qu'à s'attendrir sur ce beau spectacle «t d'une opposition de gens de bien animés des mêmes sentiments que la majorité et difféiant avec elle sur les moyens, non sur le but » ; puis elle ajoutait : « Dans Fespèce de lutte
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qui s'élève entre les royalistes et les ministres, il ne peut y avoir pour les uns et pour les autres qu'une occasion d^acquérir une estime nouvelle, en rivalisant de modération, d'indépendance et de loyauté. »
Ce fut en 1824, après la brouille de M. de Villèle et de M. de Cliateaubriand, que la contre-opposition d'extrême droite atteignit tout son développement. On sait comment le brillant ministre des affaires étrangères fut brusquement destitué. Qui se hasarde à blesser un tel homme peut être assuré que la postérité sera mise jusqu'aux moindres détails dans la confidence de ce ressentiment. M. de Villèle avait des griefs sérieux contre son collègue, qui contrecarrait sous main sa politique et aspirait à le remplacer à la tête du gouvernement. Il eût été surprenant d'ailleurs que deux hommes aussi différents, aussi opposés, se fussent entendus. M. de Cliateaubriand n'avait pas assez de dédain pour ce qu^il y avait d'un peu terre à terre chez M. de Villèle : « C'était, disait-il, un grand aideur d'affaires; marin circonspect, il ne mettait jamais en mer pendant la tempête, et, s'il entrait avec dextérité dans un port connu, il n'aurait jamais découvert le nouveau monde, m — Cl M. de Villèle, disait-il encore, voulait retenir cette nation sur le sol, l'attacher en bas.. . Nous voulions, nous, occuper les Français à la gloire, essayer de les mener à la réalité par des songes. C'est ce qu'ils aiment. « Il y avait une part de vérité dans ces critiques ; mais si M. de Villèle, à son tour, avait écrit ses impressions comme M. de Chateaubriand, il aurait dit le peu de cas qu'il faisait de cette politique à son avis plus littéraire que pratique, de ce penchant à rechercher le bruit, l'éclat et l'émotion plus que l'action efficace et soutenue du
pouvoir, de celle témérité d'enfant perdu jointe aux ambitions de chef de parti, de cette imagination grandiose par les aspirations, mesquine par les préoccupations de vanité, de cet égoïsme implacable, à demi voilé sous une parure de générosité chevaleresque, parfois étrangement associé à une sorte d'insouciance blasée et orgueilleuse. M. de Chateaubriand avait souvent des vues supérieures, notamment dans la politique étrangère; mais M. de Villèle n'était pas disposé par sa nature à les comprendre et à les goûter ; il en élait plutôt effrayé. Ne faut-il pas ajouter en outre que si son collègue rinquiétait par ses défauts, il l'offusquait aussi quelque peu par l'éclat dont il était entouré ? Parmi tant de qualités sérieuses et honnêtes qui méritaient à M. de Villèle l'estime et l'admiration, il en est une qui semblait lui manquer, la grandeur.
Quoi qu'il en soit des motifs de la rupture, ce fut une faute d'écarter AI. de Cljateaubriand. Il était, a dit le duc de Broglie, « l'ornement principal de la cause royale et comme un des rayons les plus lumineux de son auréole ». Privé de lui, le ministère semblait terne et n'avait plus ce qui est nécessaire en France pour dominer les intelligences en captivant les imaginations. Ce fut surtout une imprudence de le blesser. On aurait du prévoir les effets du ressentiment chez un tel homme. M. de Chateaubriand n'eut plus en effet qu'une pensée : se venger. ^ J'ai été ami sincère, écrivait-il, je resterai ennemi irréconciliable. Je suis malheureusement né ; les blessures qu'on me fait ne se ferment jamais. « Son unique dessein fut dès lors de renverser AI. de Villèle. A lui seul il élait une force. Ce qui avait été défaut chez le ministre devenait une arme terrible aux mains de l'op-
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posant. Journaliste incomparable, il établit son quartier général au Journal des Débats^ qui avait été jusqu'alors partisan enthousiaste et salarié du ministère, et qui devint désormais son adversaire le plus acharné. Il entraîna dans sa défection une fraction des royalistes, d'année en année plus nombreuse et non pas la moins brillante ; presque toute la jeune noblesse de la Chambre des pairs fut bientôt sous ses ordres. Les nouveaux ennemis du cabinet se trouvèrent les alliés du petit groupe d'assaillants déjà en position de combat à l'extrême droite. Ceux-ci accueillirent avec joie de telles recrues; ils sentaient qu'ils acquéraient par là un éclat nouveau pour eux. La contre-opposition était comme rajeunie ; ses passions étaient rallumées plus ardentes encore. Sans doute, M. de Chateaubriand ne partageait pas la plupart des préjugés et des illusions réactionnaires de M. de la Bourdonnaye et de ses amis ; mais il leur était lié par la communauté de haine. A ses yeux, ce fut assez pour livrer bataille à côté d'eux, sous le même drapeau, sans cependant se mêler complètement à leurs rangs. En même temps, aux idées ultra-royalistes qui le rattachaient à l'extrême droite, il joignait des idées ultra-libérales par lesquelles il tentait de se rallier la gauche. Les succès ne devaient pas manquer à M. de Chateaubriand dans cette orageuse carrière ; il les savourait avec une âpre jouissance, et, après bien des années, il les racontait dans ses Mémoires, comme s'il éprouvait encore, rien qu'à ce souvenir, un frémissement d'orgueil satisfait et de vengeance triomphante.
Les ultras, réactionnaires avec M. de la Bourdonnaye, libéraux avec M. de Chateaubriand, n'étaient pas les seuls éléments de l'opposition d'extrême droite. Il en était un autre dont Fhistoire ne peut méconnaître le caractère spécial ni l'importance; on doit même d'autant moins le négliger, qu'il n'a pas disparu avec la Restauration, mais s'est au contraire développé après elle. Un , nom éclatant le personnifiait alors; celui de Lamennais. *
Quand on prononce aujourd'hui ce nom, la pensée se reporte aussitôt sur le révolté àes Paroles d'un croyant^ sur le tribun en rébellion contre les lois divines et humaines. On le voit tel que Ta peint Ary Scheffer avec ce regard désespéré, avec ce front sur lequel semble imprimé le signe particulier du prêtre apostat. Mais Lamennais a déjà cinquante-deux ans au moment de sa rupture avec l'Eglise, en 1834, Toute une partie de sa vie, généralement la moins connue, mais non la moins instructive à étudier, s'était écoulée dans des régions absolument différentes de celles où s'est traînée sa triste et morne vieillesse. Malgré son génie d'écrivain, il n'était entré dans la célébrité qu'assez tard, par la publication, en 1818, de son premier \o\{xme^&\ Essai sur Vindifférence. Un observateur perspicace eût sans doute pu discerner, dès cette époque, ce qu'il y avait de malaise et de trouble dans cet esprit faux en dépit de sa grandeur, dans cette àme de colère, d'orgueil et de malédiction, où des coins de ciel bleu un moment entrevus étaient aussitôt couverts par les nuages de tempête
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Mais pour le vulgaire, l'abbé de Lamennais apparaissait alors comme un défenseur éloquent, audacieux, convaincu du catholicisme et de la monarchie. Recherché, après le succès de son livre, par les chefs du parti royaliste, il avait fait d'abord campagne avec eux dans le Conservateur^ puis dans le Drapeau hlanc et le Défenseur, sans se distinguer, si ce n'est par la nature et l'éclat de son talent, des autres écrivains d'extrême droite.
M. de Villèle devenu ministre, Lamennais demeure dans Topposition, mais il y apporte des préoccupations particulières qui ne sont celles ni de M. de la Bourdonnaye, ni de M. de Chateaubriand. Il ne ménage même ni l'un ni l'autre, traitant le premier d'esprit étroit, raillant la vanité rancunière du second et se refusant à le prendre au sérieux. Il a son journal à lui, le Mémorial catholique, fondé en 1824 et rédigé par de jeunes prêtres dévoués à ses idées philosophiques et à ses thèses sociales, MM.Gerbet,Rohrbacher, de Salinis, auxquels se joignent quelques laïques comme M. O'Mahony. Cette publicité ne lui suffit pas, et de temps à autre il fait paraître quelque ouvrage de polémique dont le retentissement est considérable '.
C'est au gallicanisme qu'en veut surtout Lamennais : c'est contre ce vieux reste de l'ancien régime ecclésiastique qu'il dirige ses efforts. Sa puissante et brillante logique a facilement raison sur ce point. Mais, d'un
* Voyez! noiaffiment les deux écrits parus en 1823 : Du projet de loi sur les congrégations religieuses de femmes, et Du projet de loi sur le sacrilège ; et l'ouvrage publié en 1825 et 1826, sous ce titre : De la religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil.
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bond, il se perd dans les excès contraires d'un ultramonlanisme inconnu même à Rome. Il veut l'Eglise non-seulement indépendante, mais dominante. Il reprend la théocratie de AI. de Maistre; il essaye de faire une théorie sociale et politique du rêve un moment caressé par un grand esprit trop souvent chimérique. Il prétend faire revivre un moyen âge singulièrement idéalisé qui lui apparaît comme l'œuvre directe et parfaite de l'Église, la seule manifestation sociale du dogme catholique. Il veut, dit-il, mettre en pratique les doctrines de la bulle de Boniface VIII et fonder partout des royautés chrétiennes, subordonnées au principat du souverain pontife. Dans ce système, le pape aurait mission et pouvoir de protéger les nations contre la guerre, l'anarchie et la tyrannie, jugeant les acles et proclamant la vérité en matière polilique comme en matière religieuse: seul moyen, dit Lamennais, d'empêcher la dissolution complète des partis, des peuples et des gouvernements, en leur fournissant une règle universelle pour diriger leur conduite et leurs opinions. Comme la société, depuis le moyen âge, n'a fait que s'éloigner de cet idéal, l'impétueux écrivain lui jette Fanathème et la déclare en contradiction avec le catholicisme. La législation française est à ses yeux a un mélange hideux d'impiété et d'anarchie". La France, au lieu d'être une tt monarchie chrétienne « , est une u république démocratique dont le principe est l'athéisme » . Il faut au plus vite supprimer la protection accordée aux cultes dissi- A dents, rendre au clergé son rang et son autorité de premier ordre politique de l'État, lui restituer entre autres choses le droit exclusif de constater les actes de Tétat civil, lui donner non pas la liberté, mais le mono-
pôle de renseignement, en un mot, subordonner en tout la société temporelle à l'Eglise, le gouvernement au pape; la théocratie seule peut nous sauver de la démocratie.
Ce que Lamennais hait et méprise le plus, c'est le régime représentatif, qui prétend chercher ailleurs que dans la suprématie politique des papes la conciliation entre la liberté des peuples et l'autorité des gouvernements. Dans sa vie, Lamennais a traversé tous les partis, depuis le royalisme théocratiqne jusqu'à la démocratie radicale, tous, sauf un seul, le parti parlementaire. Lui et ses disciples n'ont pas assez d'outrages et de sarcasmes pour le « gouvernement dit représentatif, triste assemblage de toutes les corruptions possibles » , pour cette a invention « de la « division des pouvoirs » qui tt dégrade les véritables souverains 55 . — « Je ne saurais m'empécher de penser, écrit Lamennais, que Dieu a permis l'invention du représentatif dans un siècle d'orgueil, afin d'humilier les hommes en leur montrant jusqu'où peut aller la bêtise humaine. « D'ailleurs il écrase ce régime sous une injure qui, dans son esprit, dépasse toutes les autres : il le compare au gallicanisme.
Sur plus d'un point, Lamennais pouvait faire campagne avec l'extrême droite, s'attacher aux mêmes griefs, aboutir aux mêmes conclusions. Mais on le voit, il a son système à lui, et un observateur superficiel pourrait seul le confondre avec les ultras. Sans doute, comme eux, il s'attendrit et s'exalte en parlant du Roi ; il veut débarrasser la couronne de toute entrave constitutionnelle ; il proclame que la monarchie est la forme nécessaire d'un gouvernement chrétien; mais, écoutez bien : ce n'est
pas le même accent que celui des royalistes de race et de sentiment. Rien chez lui de ces impressions si profondes et si tendres, même au milieu de tant d'égarements, qui faisaient battre le cœur et trembler la voix des vieux émigrés. Si Lamennais veut tant de bien aux rois, c'est parce que ceux-ci doivent être les instruments de sa révolution politique et religieuse. On verra comment il les traitera le jour où il saura ne plus pouvoir compter sur eux pour cette œuvre. Tout est subordonné chez lui à Tarrière-pensée tbéocratique. Ni lui ni ses amis ne peuvent donc être qualifiés d'ultra-royalistes. Ils étaient traités par les libéraux d' « ultramontains d , et s'appelaient eux-mêmes « catholiques î) ; au milieu des partis divers qu'ils méprisaient tous presque également, ils avaient la prétention d'être "catholiques avant tout 5) . Répondant à M. Laurentie qui lui demandait en , 1828 de collaborer à la Quotidienne^ l'un des disciples les plus ardents de Lamennais, M. O'Mahony, commençait par exprimer son dédain pour les questions de la politique courante :
« Que ferez-vous, Monsieur, de collaborateurs assez (c indifférents pour n'avoir pas encore mesuré toute la « largeur et toute la longueur de V ordre constitutionnel^ ce ni calculé toute la hauteur et toute la profondeur de a Tordre légal, et qui même ne saisissent pas encore a nettement le sens de ces deux superbes expres- « sions?»
Puis il ajoutait :
a II y a longtemps que les impies m'appellent un ti fanatique, les ministériels un frondeur, les constituu tionnels un ultra, et les courtisans un factieux. Emet barrasse du choix entre tant de titres, j'en ai adopté
« un autre que peu de gens m'envieront et que per-
« sonne au monde ne m'arrachera, c'est celui de catho-
« lique romain. "
Tout désireux qu'il fût de satisfaire le parti religieux, le ministère Villèle ne pouvait ni ne voulait se faire l'instrument des desseins de Lamennais. Aussi celui-ci Tattaquait-il avec une extrême violence. Il publiait que
u le gouvernement était hypocrite dans son langage, athée dans ses actes w ; il n'épargnait pas davantage la majorité royaliste u dont le trône et l'autel viennent quelquefois orner les pieuses harangues, mais dont les votes coniredisent les paroles iî . — « Disons-le sans crainte, ajoutait-il, si, dans celte contradiction malheureusement trop commune entre les discours et la conduite, on est de bonne foi, il y a démence; si on ne l'est pas, il y a crime, v II montrait dans M. Laine et M. Corbière " les continuateurs de Henri VIII v , et dans M. de Frayssinous « un évéque schismatique usurpateur des droits de Léon XII ^ » .
' Pour connaître, d'ailleurs, l'esprit de Lamennais et ses sentiments à l'égard du gouvernement, il ne faut pas s'en tenir seulement à ce qu'il publiait alors; il faut lire sa correspondance, éditée par M. Biaise et par M. Forgues. Lamennais est plus violent encore dans l'intimité que dans les pamphlets. La modération a le dégoûte » ; il la qualifie de tiédeur, et vomit « les tièdes n , suivant la parole de l'Ecriture qu'il aime à rappeler. Le gouvernement est une t horde de sauvages armés de débris de la civilisation -n . AI. de Villèle, avec sa loi d'indemnité, a c'est le serpent montrant à Eve la pomme fatale )> . — «Le ministère est en horreur à tout ce qu'il ne paye pas. » — tt Sa politique est devenue forcément révolutionnaire. » — a Le mépris et la haine que le ministère inspire sont au comble, i — Voici le jugement qu'il porte sur la Chambre élue en 1824, la plus royaliste et la plus religieuse de la Restauration : « Je n'aurais jamais pensé que la nature humaine pût descendre si bas. J'ai beau chercher dans ma mémoire, je ne trouve rien à comparer, même de loin,
Vainement le ministère, bravant les pins violentes attaques et la plus périlleuse impopularité, faisait-il des concessions aux catholiques et présentait-il des lois sur les communautés religieuses et sur le sacrilège ; jamais il ne pouvait satisfaire Lamennais. Celui-ci, tout entier à
au spectacle que nous offre la Chambre des députés. Cela est certainement nouveau sous le soleil. Jamais on n'avait vu une dégradation si burlesque et une corruption si bête. » Puis il conclut : » Les trois pouvoirs de l'Etat, comme on les appelle, semblent être une émanation directe de la Force, de Sainte-Pélagie et de Charenton. » 11 n'épargne pas les noms les plus respectés du parti religieux et royaliste. Il trouve que la c spiritualité de AI. de Bonald a étrangement baissé n . Quant à ceux qui défendent les idées gallicanes, c'est contre eux surtout que sa rage n'a pas de bornes. Il dit de M. de Frayssinous : « Il est difficile qu'un homme soit plus bas dans l'opinion. Toute œuvre pieuse lui fait ombrage, -n II accuse ce prélat de pousser au schisme. Faisant allusion au même évêque, il écrit encore : c On vous a montré quelque chose de froid et que vous avez pris pour de la modération, et c'était de la haine figée. Si vous saviez tout ce que cet homme fait dans les provinces, quelle activité pour < le mal, ((uel zèle pour la persécution, les bras vous en tomberaient des mains, comme disait élégamment en chaire l'archevêquedeParis, .. Quand on aura tiré parti de cet homme, on crachera dessus, et son épitaphesera faite. » 11 ne traite pas mieux l'abbé Clauzel de Montais, le futur évêque de Chartres, et son frère, M. Clauzel de Coussergues, l'un des députés les plus ardents de l'extrême droite, mais gallican : a L'abbé, avec sa frénésie, me paraît le iMarat du gallicanisme; mais j'ai bien peur que le député n'en soit le Robespierre, au besoin, i Il n'est pas jusqu'aux jésuites qu'il n'accuse de s'être n séparés du parti ultramontain ». Enfin c'est la société entière qu'il maudit. Il n'a pas assez d'invectives contre cette a caricature de société, à laquelle chaque jour ajoute quelque trait hideux ou comique ». — « C'est le chariot de Thespis, avec cette différence que les acteurs aspirent au moment oii, au lieu de lie, ils pourrout se barbouiller de sang. ■» — it Le corps social n'est plus qu'un cadavre qu'il faut laisser pourrir.» — tt Le monde entier m'est devenu comme une perpétuelle apparition de l'enfer, v — « Pauvre société idiote qui s'en va à la Morgue, en passant par la Salpêtrière ! k — t La société est devenue un mauvais lieu et un coupe-gorge, -n — a Nous allons nous enfonçant dans la fange, j; — « C'est la guerre des punaises et des araignées. »
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sa chimère théocratique, s'inquiétait peu des difficultés au milieu desquelles ces lois étaient présentées et discutées. Il flétrissait, comme autant de lâchetés et de trahisons, les précautions de langage que le ministère était obligé d'employer pour s'assurer une majorité. ce Qui donc, s'écriait-il dans une de ses brochures, a chargé M. de Frayssinous de capituler avec les rois de la terre au nom de Tépouse de Jésus-Christ ? 55 A l'entendre, ceux qui avaient proposé ces lois « feignaient un grand zèle pour la religion " , afin de « consacrer le principe de l'athéisme politique " . Les évéques qui approuvaient ces projets " avaient à demi al)juré le christianisme « , et il espérait bien « que la loi funeste du sacrilège serait repoussée avec toute l'indignation, avec toute l'horreur qu'elle devait inspirer à quiconque croit en Dieu « . La situation du ministère était étrange : traité de jésuite par les libéraux, d'apostat par les ultracatholiques, it dénoncé )? par M. de Montlosier, excommunié par Lamennais, il ne savait que devenir et que faire. Embarrassé et impuissant, il cherchait, soit avec le concours des évêques, soit, ce qui était plus fâcheux encore, par l'entremise d'un tribunal correctionnel, à ressusciter une sorte de gallicanisme officiel : maladresse qui ne faisait rien gagner du côté des libéraux et qui donnait prise aux terribles attaques du logicien ultramontain. D'autres fois, on se servait vainement de l'intervention du nonce pour recommander à Lamennais de ne pas soulever de polémiques aussi périlleuses, u Cela m'a paru plaisant 55 , disait à ce propos l'intraitable écrivain; et il se hâtait de publier l'écrit compromettant qu'on voulait arrêter. Les rédacteurs du Métnorial catholique se réjouissaient d'ailleurs de voir, à chaque
publication nouvelle de leur maître, ce rugir les impies et frissonner les lâches, surnommés modérés n . Ils ne semblaient pas s'apercevoir que ces extravagantes provocations élaient reproduites avec empressement par tous les journaux de la gauche, et qu'elles fournissaient à ceux-ci des armes non-seulement contre le ministère, mais contre la monarchie, contre la religion elle-i même. ■
Il était d'un faible secours au gouvernement d'être couvert par l'adhésion des évêques ; Lamennais s'inquiétait peu de les attaquer. Toujours il était en guerre avec quelque prélat. A plusieurs reprises, il prit à partie AI. de Quélen'. «Cet homme, rapportait-il dans une de ses lettres, est atteint d'une maladie extraordinaire : il se lève la nuit en jetant des cris, fait appeler son médecin, son confesseur; et le mal, disent les uns, n'est que dans son imagination, d'autres disent dans sa conscience. 5) Un autre jour, il parlait du « parti anticatholique qui se groupait autour du cardinal Latil « , ou des « ridicules mandements w des évêques. " L'action de l'épiscopat, écrivait-il encore, est un grand contresens... Presque tout l'épiscopat regarde et ne voit pas... Il prépare de toutes ses forces une apostasie générale. » Plus tard, dans les derniers temps de la Restauration,
1 Ses amis les plus dévoués étaient scandalisés de cet oubli des convenances hiérarcliiques. ^lademoiselle de la Lucinière lui écrivait à propos d'une de ces polémiques contre Algr de Quéien : a Oli! si vous répondez, nous vous conjurons à genoux de le faire avec modération et le ton qui convient aux caractères de l'accusateur et de l'accusé. Si l'on remarquait de l'aigreur ou des sarcasmes, on ne manquerait pas de dire qu'ainsi écrivait Luther. \'allez-vous point rire de moi, mon digne ami? Cependant, pensez que si la sagesse sort de la bouche des enfants, une pauvre vieille fille pourrait parfois avoir raison. »
il traitera publiquementavec le dédain le plus injurieux les évêques de Cambrai, de Strasbourg ou de Saint- Brieue ; il imprimera, au sujet de ce dernier : « Tout le monde sait que les soins dont aurait besoin la tète de ce vieillard ne sont nullement du ressort de la théologie.:? Le mépris de Tépiscopat semble un des caractères du système théocratique de Lamennais. Il veut agir par le bas clergé et le pape; ce théocrate, qui n'est au fond qu'un révolutionnaire, rêve de transporter dans l'Eglise une sorte de césarisme démocratique.
Du reste, si Lamennais invoque toujours le nom du souverain pontife, il n'y est nullement autorisé. Il compromet le chef de l'Eglise, mais ne lui obéit pas. Il décide ce que le pape n'a pas décidé, condamne ce qu'il n*a pas condamné, exige ce qu'il n'a pas demandé. Ses lettres sont remplies de plaintes amères sur l'inertie et le silence de Rome, qu'il voudrait voir agir et parler sous son impulsion. C'est, ose-t-il écrire, ci le siège de la peur et de la faiblesse au point même de m'étonner « .
Les meneurs de l'extrême droite accueillaient avec joie le concours de Lamennais, comme ils avaient accueilli celui de Chateaubriand. L'écrivain théocrate flattait leurs passions et servait leurs rancunes; ils ne voyaient pas plus loin. A peine disait-on de lui dans quelques salons : a II a raison, mais c'est trop fort, w Les liens paraissent si étroits entre lui et les ultras, qu'un peu plus tard, en 1828, la Quotidienne^ ayant besoin de fortifier sa rédaction, n'hésitera pas à demander le concours des écrivains du Mémorial catholique. Il fallait avoir la vue aussi courte que l'avaient les hommes de l'extrême droite, pour s'abuser ainsi sur le
royalisme de Lamennais. Celui-ci soutenait la monarchie parce qu'il comptait sur elle pour établir son système tliéocratique.Du jour où elle paraît se refuser à cette œuvre, il devient froid et menaçant. Si la royauté veut se perdre, dit-il, l'Eglise gémira, mais elle s'éloignera. Cette disposition d'esprit, déjà visible en 1826, se manifeste plus clairement à mesure que les événements se développent. Bientôt Lamennais déclare ne plus compter sur les rois. « Leur alliance, dit-il, ne peut que nuire au clergé et à la religion. » Royalisme et gallicanisme sont maintenant pour lui tout un. C'est par les peuples qu'il veut arriver à la suprématie pontificale ^ Il est devenu révolutionnaire tout en restant théocrate. Aussi n'assiste-t-il plus aux vicissitudes de la royauté qu'en spectateur désintéressé, avec une sorte de dédain amer. Il voit presque avec plaisir, en 18*27, que «ridée de renverser un gouvernement qui déplaît paraît être aussi simple aujourd'hui que de renvoyer un domestique dont on est mécontent ». — « Jamais, ajoute-t-il, on ne vit pour le roi d'amour plus tranquille. Peu importe aux rois, me dira-t-on, mais aussi peu importe aux peuples, et quand on en est là, on se sépare aisément. Or qui gagne ou perd le plus à cette séparation? Les treize dernières années nous apprennent bien des choses là-dessus. » Il prédit la chute des Bourbons, qui " auront, dit-il, la destinée des Stuarts » . Il écrit en 1828, « qu'avant deux ans tout sera terminé ». — « Le pauvre homme rêve, dit-il de Charles X, gare le réveil!... On ne manquera pas, d'ici à peu de temps, de lui faire
• Voir la correspondance de Lamennais, de 1827 à 1830, et son ouvrage Sîw les progrès de la révolution et de la guerre contre l'Église, publié eu 1829.
voir bien du pays. )> Et plus tard, lors des dernières crises : a On nous place entre la république et Tarbitraire de cour. A tout prendre, j'aime mieux la première, parce que j'aime mieux la fièvre que la mort, w Du reste il est dans l'attente, on pourrait presque dire dans Fespoir d'un immense bouleversement; il le juge nécessaire pour que son remède puisse être appliqué au monde. Le bien ne pourra sortir que de l'excès du mal. Ne lit-on pas, à chaque page, dans ses lettres :
« Rien ne saurait changer, si tout ne change. Les a gouvernements ressemblent à un homme qui a perdu « son équilibre et qui ne peut le reprendre s'il ne tombe « auparavant. Inutile de se défendre, ce serait presque Cl un crime... — Il faut que tout ce qui a puissance aucc jourd'hui s'accorde à traîner vers Fabîme. Que ce qui tt doit aller à la mort, aille à la mort!... IVous pouvons « le dire, puisqu'un prophète le disait il y a plus de trois « mille ans. »
Le pressentiment de cette révolution terrible obsède Lamennais. 11 s'enivre de ces prédictions qu'il déclame en style biblique ou apocalyptique. Il s'est fdit toute une rhétorique de malédictions et de prophéties lugubres qui trouvera des imitateurs. Impatient d'entendre sonner l'heure des bouleversements, il donne tète baissée dans l'avenir, pour échapper au présent. Sans cesse il répète -le mot du Christ à Judas : Quod facis fac citiiis. Il éprouve même parfois une sorte de jouissance envoyant approcher le moment où disparaîtra une société qui lui est odieuse, un gouvernement qui n'a pas voulu s'abandonnera lui. et Ce sera assez drôle avoir s'en aller, écritil ; imaginez la Charte roulée en cornet, et dans ce cornet, comme dans un ballon, tel ou tel enlevé dans les airs. Ils
veulent être Dieu. A la bonne heure! Kh bien, on leur dira : Gloria in excelsis. «
Voilà ce qu'au bout de peu d'années est devenu le royalisme de Lamennais. Ne peut-on pas même prévoir le jour prochain où il brisera avec le pape comme il a brisé avec la monarchie, et où il sortira de l'Eglise^ laissant, hélas! dans la presse religieuse une tradition détestable, un virus malfaisant, dont la France et le catholicisme souffrent encore?
§ 5. — LA COXTRE-OPPOSITIOM D'EXTRÉME DROITE.
Lamennais nous a écartés quelque peu de l'extrême droite proprement dite et de son rôle politique. Il est temps d'y revenir. Ce n'est pourtant pas sans répugnance qu'on se remet en face de ce spectacle d'une monotonie instructive, mais pénible. Il serait plus agréable à l'historien, plus flatteur pour Tamour-propre des conservateurs, de considérer la sagesse de AL de Villèle et de ses amis de la droite modérée, dans la partie de leur œuvre où ils étaient vraiment eux-mêmes, par exemple dans la gestion si habile et si honnête de nos finances, dans le développement du crédit public et de la prospérité économique de la nation. Que ne pourrait-on pas dire aussi à l'éloge de leur politique étrangère, qui a passé trop souvent inaperçue au milieu des débats bruyants de la politique intérieure? Ne sentirions-nous pas aujourd'hui mieux qu'alors l'inappréciable bienfait d'un gouvernement qui, quelques années après \\ aterloo et après les traités de 1815, avait reX^xè. si haut la considération et l'influence de la France en Europe? Peu de
ministres ont traité les affaires extérieures avec plus de dignité et de largeur, de fermeté et de prudence, de souplesse et d'esprit de suite. Ces qualités se montraient en toute circonstance, que ce gouvernement reconnût l'indépendance de Saint-Domingue, ou défendît notre influence contre celle de l'Angleterre dans les affaires d'Espagne et de Portugal. Ne s'est-il pas montré à la fois adroit et hardi dans cette longue campagne diplomatique et militaire, qui devait aboutir à la victoire de Navarin et à Tindépenclance de la Grèce chrétienne, et qui, du même coup, faisait rentrer la France dans le concert européen en effaçant les dernières traces de la coalition de 1815? Le ministre de la guerre d'alors, M. de Clermont-Tonnerre, ne commençait-il pas à préparer cette expédition contre Alger que la Restauration, avant sa chute, saura glorieusement accomplir? La reconnaissance qui est due aux ministres doit d'ailleurs s'étendre à ces ambassadeurs qui presque partout représentaient dignement la France par la noblesse de leur caractère et de leur nom, MM. de la Ferronnays, de Caraman, de Moustier, de Rayneval, de Talaru, de Saint- Priest, auxquels il faut joindre M. de Polignac, car l'ambassadeur n'a pas mérité les mêmes critiques que le ministre. On éprouve, dans les tristesses de l'heure présente, une émotion particulière à saluer ce relèvement si rapide de notre honneur et de notre influence sous les auspices de la vieille monarchie; et, aujourd'hui surtout, on est à même de comprendre le prix du service qu'elle nous a rendu alors. Mais, quel que soit l'attrait à la fois douloureux et consolant qui nous appellerait de ce côté, il convient de résister à cette tentation, de nous renfermer dans notre sujet et de ne pas nous laisser
distraire de notre tâche, si in^^rate qu'elle puisse devenir. On a vu quelle avait été la formation en quelque sorte successive de la contre-opposition d'extrême droite. Quant à ses procédés, ils étaient les mêmes que du temps de M. de Serre. Elle attaquait un gouvernement sorti des rangs de la droite, comme auraient pu le faire les plus mortels ennemis des royalistes et les adversaires les plus acharnés de leurs doctrines. AIAI. delaBourdonnaye, Delalot, Agier rivalisaient, à la tribune, d'emportement et d'amertume contre M. de lillèle, auquel ils reprocliaienl sa modération et qu'ils accusaient d'être « sans passion pour le bien, sans horreur pour les traîtres, calme par indifférence et modéré par faiblesse w. Ils refusaient le budget et, tel jour, parlaient sérieusement de mettre le ministère en accusation. Aussi, M. de Villèle, au sortir d'un de ces débats, écrivait-il sur son carnet : ce La contre-opposition est pire que l'opposition» ; et il ajoutait : " Heureusement, la dernière séance vient de clore cette violente et absurde série de déclamations sans autre but que le renversement du ministère. » S'il faut en croire des révéla'.ions faites par AI. de lillèle luimême, à la violence se joignaient parfois des manœuvres d'une loyauté douteuse. L'affaire des marchés passés avec AI. Ouvrard pendant la guerre d'Espagne était une de celles qu'exploitait le plus l'opposition. La conduite du ministre avait été cependant irréprochable, et il aurait écrasé facilement ses adversaires rien qu'en lisant les pièces qu'il avait entre ses mains : seulement, il aurait ainsi découvert le duc d'xAngoulême, dont la conduite, d'ailleurs, avait été dans cette circonstance comme toujours, fort honorable. Si acharnées, si périlleuses que fussent les attaques, il ne voulut jamais se défendre à ce
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prix. Les pièces ne furent pas lues et n'ont été connues que longtemps après. A ce procédé délicat et généreux, il est curieux d'opposer celui de M. de la Bourdonnaye. M. de Villèle rapporte ainsi les détails d'une entrevue que lui avait demandée i\I. Mauguin, avocat de M. Ouvra d :
(t Cet avocat se plaignit d'abord de la rigueur dont on « usait dans la liquidation. Comme je lui répondis, en « le recomluisant vers la p )rte, que cela ne devait re- <i garder que le ministre de la guerre : « Tenez, me dit et M. Mauguin, ce n'est pas pour M. Ouvrard, c'est pour « vous que je suis venu. Hier, j'étais avec mon client, ce M. de la Bourdonnaye entre et lui dit : et Mais, « malheureux que vous êtes, pourquoi ne cliargez-vous et pas M. de Villèle? Vous seriez sûr, alors, de trouver ee mille défenseurs. — Et comment, puisqu'il n'est pour ee rien dans mon affaire? — Qu'importe! 5? reprend et M. de la Bourdonnaye. — C'est ce ce qu'importe " que et j'ai depuis dans mon oreille, ajoule AI. Mauguin, et il ce s'en alla, v
M. de Villèle paraît avoir considéré comme vraisemblable le rapport de M. Mauguin. Il dit en effet y avoir trouvé l'explication de renseignements venus d'autre source. On lui avait annoncé ce que M. Ouvrard entrait dans la ligue de M. de la Bourdonnaye et qu'il mettait à prix ce qu'il appelait sa discrétion » .
Suivant sa coutume, la presse était plus violente encore que la tribune. Les seuls journaux royalistes soutenant le ministère étaient ceux que des intermédiaires plus empressés et plus compromettants qu'utiles payaient avec des fonds puisés à la liste civile. M. de Villèle, qui n'approuvait pas les opérations de cette ce caisse
d'amortissement des journaux « , rapporte que trois ou quatre millions avaient été ainsi dépensés. Le Drapeau hlanCy à lui seul, coûtait 9,000 francs par mois. La Qiiotidiennej qui avait résisté à toutes les séductions pécuniaires, la Foudre^ VAristarque, s'unissaient au Journal des Débats^ inspiré, souvent rédigé par M. de Chateaubriand, et au Mémorial catJiolique de Lamennais, pour mener grand train l'opposition contre AL de Villèle. Chacun avait son accent particulier. On connaît Tarrogance amère et les malédictions désespérées de Lamennais, les invectives éclatantes, les sanglantes ironies de M. de Chateaubriand. Plus terne et plus lourde avec son dogmatisme suranné, la Quotidienne avait pour manie de parlerchaque jour des «doctrines'? etdes «principes» . Elle se complaisait à opposer sans cesse sa politique, qu'elle appelait la c; politique des principes », à la « politique des faits t. ou des « intérêts t, qu'elle disait être celle du gouvernement. Peut-être eût-il été indiscret de demander sur quels « principes » les trois groupes de la contre-opposition pouvaient s'entendre; mais ils s'accordaient pour faire émulation d'acharnement et de violence contre le ministère. C'était là l'important, même pour les hommes à « principes » de la Quotidienne. Celle-ci, pour ne pas rester en arrière, mettait M. de Villèle au-dessous de Robespierre et de Bonaparte. « Ce ministère, disait-elle, est plus dangereux que tous les gouvernements qui l'ont précédé. La Convention vous ôtait vos têtes, mais non vos principes. Sous Bonaparte, il y avait de la gloire. Il n'y a, aujourd'hui, que du cynisme et de la corruption \ »
1 Xous ne voulons pas abuser des citations; aucune monotonie n'est plus fatigante que celle de la violence. Toutefois, il u"est peut-