LA GO^THE-OPPOSITIOM D EXTREME DROITE
Les salons, comme du temps de M. de Serre, étaient le plus souvent avec l'extrême droite. On y exaltait les royalistes d'une et opinion forte 5 ; on y maltraitait ceux d'une Cl opinion faible ^ . Dans une brochure où il sommait les députés de renverser le ministère. Al. de Conny ajoutait : « ]Ve redoutez pas que la Chambre se montre servile. Les femmes, aimables interprètes, surtout en France, de tous les sentiments de délicatesse et de con-
être pas sans intérêt de recueillir quelques spécimens de la polémique d'extrême droite à cette époque. Il faut voir comme on raillait la - médiocrité et le petit savoir-faire de M. de Vilièle s . On l'accusait, en propres termes, d" -ineptie i et de a perversités. Les a hôtels ministériels v étaient » des bazars désiionorés par la mise à l'encan des consciences n . On dénonçait n ce ministère violent, stérile, incapable, subversif, qui marchait comme uu homme ivre au milieu d'un peuple intelligent et sage, et qui semblait s'être donné la tâche de troubler tous les intérêts, d'irriter toutes les consciences, de traiter eu ennemis la gloire, le génie, la liberté, la vertu n . On écrivait que « la démence de Charles VI semblait être passée dans les conseils de son successeur s. Un ancien véAncienr di\ Drapeau blanc déclarait d qu'entre M. Decazcs et AI. de Villcle il y avait juste la différence qui existe entre un infidèle et un apostat »; et un autre disait, en parlant de la droite ministérielle : « La France est déshonorée par un parti qui ne rougit pas de sa félonie, s Telle loi proposée par le gouvernement était qualifiée a d'œuvre inepte, ignoble, sans probité politique t> , ou bien on la présentait comme « le complot le plus hardi et le plus patent qui eût jamais été formé contre la civilisation de tout un peuple; les dispositions qui semblaient idiotes étaient au fond diaboliques « . A voir le ton de la polémique, chacun de ces journaux semblait prêt à s'associer à cette déclaration que AL de Monllosier, dans le même temps, adressait à M. de Vilièle, en terminant une de ses brochures : a Je vous déclare dans toute la sincérité de mon àme qu'au moment où il me faudrait prononcer sur votre accusation, je ne pourrais faire autrement que de vous condamnera mort. Il On n'attaquait pas du reste seulement le ministère. Tout royaliste qui ne se livrait pas aux violents était aussitôt excommunié : M. Ravez, le président de la Chambre, était accusé de a marcher de faiblesse en faiblesse » .
venance, feraient justice dans les salons de tout ce qui porterait quelque ressemblance avec la servilité, v La tribune, la presse, les salons, n'étaient pas les seuls moyens;d'action de l'opposition d'extrême droite. Dans le palais même du Roi, AI. de Villèle avait à se défendre contre certaines hostilités. Déjà, à la fin du règne de Louis WIII, le ministre commençait à se plaindre (c des intrigues de cour, intolérables, disait-il, pour ceux qui ont le poids des affaires » . C'est surtout avec Charles X que le mal devient grave. Les amis personnels de Tancien comte d'Artois, au premier rang desquels était M. de Polignac, appartenaient presque tous plus ou moins à la conlre-opposition. Le nouveau Roi avait confiance en M. de Villèle; il voulait le garder et le soutenir loyalement; mais, par bonté de cœur, par désir de plaire, par habitude contractée depuis longtemps des communicationssecrètes, desaffaires traitées derrière la scène, il continuait à voir et à consulter des personnages qui faisaient la guerre la plus vive au cabinet. LouisXVIII soutenait mieux ses ministres, quand il prenait dans son carrosse les titulaires des grandes charges de cour et leur faisait faire, souvent par un temps affreux, d'interminables promenades pour les empêcher d'aller voter à la Chambre des pairs contre AL Decazes. AL de Villèle se plaignait, en 1823, que «les familiers les plus inlimes du Roi travaillassent incessamment à perdre les ministres dans son esprit et à semer entre eux la division " . Charles \ communiquait à ces familiers les plans arrêtés en conseil. Il donnait audience à AL de la Rourdonnaye, | et celui-ci faisait insérer dans les journaux étrangers une note portant qu'il avait présenté au Roi un tableau j fidèle des griefs de l'opposition royaliste contre le mi-
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nislère et que le Roi Tavait écouté avec bienveillance. Après avoir quitté le pouvoir, M. de Villèle sut même, par M. de Chabrol, « qu'il existait un petit escalier dérobé aux Tuileries, conduisant du rez-de-chaussée au cabinet du Roi : par là, sans que personne autre qu'un seul confident pût s'en douter, on conduisait à Charles X ceux qu'il voulait voir en secret v . Le ministre déplorait, dans son journal, les manœuvres de ces Cl intrigants ^5 et leurs « déclamations contre le ministère ". Il se plaignait que le Roi « permît à sa cour, à ceux qu'il affectionnait le plus, de faire écho à ces déclamations » . Il aimait mieux, disait-il, les sessions les plus occupées et les plus difficiles, parce que là du moins il voyait ses ennemis en face.
Et pourtant AI. de Villèle n'était pas ménagé pendant les sessions. Ses actes les plus irréprochables, ses meilleures lois étaient systématiquement combattus par l'extrême droite. Sa politique étrangère, si digne et si heureuse, était odieusement dénaturée et attaquée. A propos d'un conflit avec M. Canning, où le ministre français avait fait preuve de son sang-froid et de sa sagesse ordinaires, le journal de M. la Bourdonnaye osait écrire : « M. de Villèle devrait mourir de honte ; jamais ministre ne fut plus profondément, plus officiellement humilié. Grâce à lui, la France est dans la situation la plus grave où elle ait jamais été. Que ce soit de la part du ministère ineptie ou connivence, imbécillité ou trahison, il faut qu'il se retire. î? Le ministère proposait-il la loi de conversion des rentes, dont les avantages devaient être reconnus plus tard par tous les économistes, l'extrême droite s'unissait à l'extrême gauche pour la repousser. Et comme pour bien montrer que c'était uniquement
parti pris d'opposition, on faisait dire au ministre qu'on voterait la loi s'il donnait un portefeuille à AI. de Polignac ou à tel ultra : c'est M. de Villèle lui-même qui le raconte ' .
Une autre année, il s'agissait du milliard d'indemnité accordé aux émigrés, loi bienfaisante entre toutes, dont les conséquences heureuses ont déjà été indiquées, et dont l'excellence est d'ailleurs aujourd'hui confessée par les écrivains sérieux de tous les partis. Avec sa mauvaise foi ou sa courte vue habituelle, la gauche ne devait pas manquer cette occasion de réveiller les souvenirs irritants de l'émigration et de montrer dans cette loi une sorte de menace et d'outrage de l'ancien régime contre la société nouvelle, de l'armée de Condé contre les vainqueurs de Valmy et de Alarengo. M. de Villèle s'y attendait sans doute. Mais il devait lui paraître singulièrement dur que la gauche trouvât en cette circonstance ses plus utiles alliés dans les rangs des royalistes. L'extrême droite
' Après coup, M. de Chateaubriand a essayé de justifier sa conduite en élevant l'opposition systématique à la hauteur d'une théorie, t L'opposition systématique, a-t-il dit, est la seule propre au gouvernement représentatif. L'opposition qu'on appelle de conscience est impuissante. Elle consiste à floUer entre les partis, à ronger son frein, à voter même selon l'occurrence pour le ministère, à se faire magnanime en enrageant : opposition d'imbécillité mutine chez les soldats, de capitulation ambitieuse parmi les chefs... Les hommes ne représentant que des principes, l'opposition systématique ne voulait emporter que les principes lorsqu'elle livrait l'assaut aux hommes. » — En admettant même qu'il y ait une part de vérité dans la thèse de M. de Chateaubriand, il serait facile de lui répondre que des royalistes combattant systématiquement un ministère royaliste n'étaient pas dans la situation d'un parti de gauche ou de droite qui cherche à renverser le parti adverse pour le remplacer au pouvoir. Il aurait dû savoir aussi que l'édifice de la monarchie conslitutiounelle n'était pas encore assez solide pour supporter le jeu à si haute pression de la machine parlementaire
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reprochait à cette loi son caractère transactionnel. Au lieu d'une loi de pacification et de conciliation, il lui fallait une loi de guerre et de vengeance. Elle partait de cette idée que tout ce qui auait été fait par les assemblées révolutionnaires était nul. Elle refusait dédaigneusement un don et exigeait ^ la restitution i) intégrale des propriétés " volées 15 . M. de la Bourdonnaye ne se déclarait satisfait que si ce toutes les classes de la société étaient remises dans l'état où elles étaient avant la Révolution » . — a Ah! nous y voilà, — s'écriait aussitôt AI. Benjamin Constant, ravi de cet aveu; — c'est l'ancien régime que l'on prétend rétablir! i? Ces violences insensées faisaient tellement les affaires delà gauche, que celle-ci soutenait les orateurs de l'extrême droite contre les murmures de la droite et votait l'impression de leurs discours. Puis aussitôt, elle s'emparait de ces précieuses violences comme d'un prétexte et d'une justification pour les siennes propres, de ces provocations pour y répondre par d'autres provocations; et le général Foy s'écriait de sa voix vibrante et passionnée :
ce Celte loi qui eût pu être une loi d'union et de paix, « celte loi est devenue une déclaration de guerre! Oui, « Messieurs, vous avez fait de votre loi une déclaration " de guerre, vous en avez fait un instrument de haine « et de vengeance!... Les propriétaires des biens natio- « naux sont presque tous les fils de ceux qui les ont « achetés. Qu'ils se souviennent que, dans cette discus- « sion, leurs pères ont été appelés voleurs et scélérats... « Si on essayait de leur arracher par la force les biens « qu'ils possèdent légalement, qu'ils se souviennent tt qu'ils ont pour eux le Roi et la Charte et qu'ils sont « vingt contre un. »
M. de Villèle était obligé de se débattre entre ces violences opposées, mais qui semblaient concertées pour enlever à la loi son caractère bienfaisant. Il le fit avec mesure et résolution. Il y fut aidé d'ailleurs par cette droite moins bruyanle que Textrême droite, et dont le dévouement sensé était en ces circonstances la force du ministère. MAI. de Castelbajac, Sirieys de Marinbac, Alexis de Noailles prirent successivement la parole pour soutenir le projet. Mais celui qui, dans cette circonstance, représenta avec le plus d'éclat la majorité, fut le rapporteur, M. de Martignac. Rien n'était plus propre que sa douce parole à mettre un peu de baume sur les blessures que des deux parts on s'était plu à aviver et à envenimer. Pour connaître les sentiments modérés et généreux de la droite ministérielle, il suffit de voir par quelles déclarations M. de Martignac soulevait ses applaudissements entbousiastes ; voici comment il s'exprimait un jour que la Cbambre venait d'être profondément troublée par les provocations écbangées entre les deux partis extrêmes :
" Dans ces temps de confusion où la patrie était divi- « sée, puisque le Roi et le pays étaient séparés, les uns a ont combattu pour cette terre où nous vivons tous au- « jourd'bui, réunis sous l'autorité légitime; les autres a ont combattu pour ce drapeau autour duquel toutes « les illustrations guerrières sont désormais rangées, a II n*y a là que des souvenirs de concorde, de grandes « et heureuses leçons pour Tavenir. »
On ne pouvait tenir la balance d'une main plus souple et plus habile; mais, dans de tels débats, l'avantage est nécessairement à ceux qui osent tout dire, parce qu'ils ne craignent pas de tout perdre. A certains moments, le
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ministère pul être sérieusement inquiet du sort de Ja loi. Il parvint à grand'peine à la faire voter contre la gauche et l'extrême droite. Si i\I. de Villcle avait toujours confiance dans la pacification que celte mesure produirait à la longue, il devait bien reconnaître que tout autre était l'effet immédiat de la discussion. Les violences de l'extrême droite qu'il qualifiait de scandaleuses, s'ajoutant à celles de la gauche, avaient creusé plus profond, entre les deux France, Tabîme que la loi devait aider à combler, et, grcàce aux ultras, le milliard des émigrés était devenu Tun des griefs les plus exploités de la société nouvelle contre la Restauration.
Voilà donc ce que Tesprit de parti faisait des bonnes lois de M. de Villèle. En face des lois mauvaises, de celles que le ministre présentait sur le droit d'aînesse ou sur le sacrilège, malgré lui et pour satisfaire les passions mêmes de l'extrême droite, celle-ci ne désarmait pas. Prétendant que ce n'était pas assez, elle trouvait moyen de faire campagne avec la gauche, qui se plaignait que ce fût trop. Puis, quand le projet avait échoué en tout ou en partie devant l'explosion de l'opinion libérale, elle soutenait que cet échec des bons principes était imputable au ministère qui u imprimait à tous ses ouvrages le sceau de sa débilité i' , et elle proclamait audacieusement que si la loi avait été présentée plus absolue, plus provocante encore, elle eût réussi.
La gauche ne pouvait que se réjouir de la conduite de l'extrême droite. L'un des opposants de celte époque l'a confessé plus tard : c \ous prenions un malin plaisir, a-t-il dit, à voir le ministère déchiré à belles dents par les siens, sa majorité se démembrer peu à peu et grossir
à ses dépens le parti que nous nommions la Défection et qui, dans Toccasion, se rapprochait de nous en rechignant. Ti La division de ses vainqueurs n'était pas le seul profit que retirât la gauche. Elle recueillait pieusement et se hâtait de répandre toutes les extravagances et toutes les provocations dont étaient trop souvent remplis les discours et les journaux d'extrême droite; on pouvait être assuré qu'elle les présentait toujours comme la seule expression orthodoxe de la doctrine et de la politique royalistes. Elle regagnait ainsi dans l'opinion, par les fautes des ultras, le terrain qu'elle avait perdu par ses propres fautes. De plus, les excès de langage de la contre-opposition avaient en quelque sorte autorisé et encouragé ceux des députés de la gauche qui, au premier moment, en face d'une assemblée presque unanimement royaliste, auraient pu être intimidés par leur petit nombre. Surtout dans les premières sessions qui avaient suivi les élections de 1824, c'était le plus souvent l'extrême droite qui avait donné à la gauche le signal de l'attaque et comme le diapason de la violence. Aussi la Gazette de France disait-elle, dès 1825, à M. de la Bourdonnaye et à ses amis : « Le libéralisme se mourait, vous l'avez ranimé; son audace commençait à s'humilier devant la puissance législative, vous lui avez donné l'exemple d*une audace plus grande. "
L'extrême droite ne se contentait pas de servir indirectement, et d'une façon en quelque sorte inconsciente, les desseins des ennemis de la Restauration. Cédant une fois de plus à la tendance fatale, tant de fois signalée, elle poursuivait une alliance plus précise avec la gauche. 11 était écrit que ses campagnes devaient toujours aboutir à une coalition. Et cependant, parcourez toutes les ques-
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tions alors soulevées, questions étrangères : la Sainte- Alliance, les événements d'Espagne, (Vltalie, de Portugal, de Saint-Domingue; questions intérieures: droits respectifs de la société religieuse et de la société civile, de la France ancienne et de la nouvelle, de l'aristocratie et de la démocratie, de la couronne et de la nation, organisation de l'Etat, de la province, de la famille, de Tinstruction publique, de Félat civil; — il n'en était pas une sur laquelle les deux oppositions eussent même opinion. Le plus grand reproche que chacune d'elles put adresser au ministère était d'incliner vers les doctrines de l'autre. Seule, la haine contre Al. de Villèle les unissait. Mais cela suffisait pour qu'à l'extrême droite on cherchât à nouer la coalition. Dès 1824, un écrivain de ce parti invitait les libéraux à former « une opposition homogène, imposante et compacte contre ceux qui appelaient les uns factieux , les autres exaltés « . La Gazette de France, devenue ministérielle, dénonçait, en affectant de ne pas y croire, u l'alliance sacrilège, adultère, entre l'armée révolutionnaire et une division royaliste « , alliance qui « ferait dormir sous la même tente Scipion et Gracchus, Caton et Saturninus ». C'était surtout AL de Chateaubriand et, sous son inspiration, le Journal des Débats qui s'employaient à prêcher la coalition. En 1825, ce journal se vantait des résultats obtenus. « Les hommes, disait-il, qui combattaient jadis sous divers étendards, se sont réunis dans de communs sentiments, et ils y resteront pour le salut commun. » Une année plus tard, il déclarait "qu'il n'y avait plus ni parti royaliste, ni parti libéral », mais un parti nouveau «qui les absorbait tous deux w. La gauche se prêtait volontiers à cette manœuvre. « Peu m'importe, s'écriait
Benjamin Constant, que les minisires crient aux alliances monstrueuses! -j Les coups, bien que partis de camps fort opposés, étaient dirigés tous contre le même ennemi. " Nous autres, — disait en souriant à ses alliés de gauche AI. Michaud, le rédacteur de la Quotidienne^ — nous tirons par les fenêtres de la sacristie, w Enfin, en 1827, il semble qu'on soit parvenu à conclure définitivement l'alliance. On évite désormais, autant que possible, les questions qui divisent les partis coalisés. Dans la discussion de la loi de la presse, orateurs et journaux des deux partis suivent la même tactique, obéissent aux mêmes mots d'ordre, parlent le même langage. Ils sont si unis qu'ils semblent presque confondus.
Telle était cette opposition qui se montrait, comme sous i\I. de Serre, vraiment révolutionnaire par ses procédés. La Gazette de France pouvait dire : « Les royalistes exclusifs font plus de mal. à la France que les patriotes exclusifs. i) Et, parlant des deux armées alliées d'extrême droite et de gauche, elle ajoutait : « Leur cynysme est égal ; ce n'est point la révolution et la contre-révolution, mais la révolution sous une double forme, enflammée d'une double rage, armée d'un double stylet, n
Il était facile de voir que M. de Villèle fléchissait. Il fléchissait sous les attaques acharnées que l'extrême droite dirigeait contre lui, et aussi sous le poids des fautes qu'elle lui avait fait commettre. Depuis 1824,
aucune session ne s'était terminée sans le laisser chaque fois plus affaibli. Ses amis fatigués, troublés, inquiets, comptaient les défections qui éclaircissaient leurs rangs. Ses ennemis apporlaient dans leurs dernières attaques cette audace confiante, cet entrain furieux que donne aux soldats, après une longue bataille, le pressentiment de la victoire prochaine. Il y avait comme un soulèvement général de l'opinion. L'opposition était partout, non-seulement dans les Chambres et dans la presse, mais à la cour, dans les salons, les écoles, les ateliers, la garde nationale, et jusque dans le monde judiciaire ou académi(jue. L'impopularité du chef du cabinet était telle, qu'on n'en a peut-être jamais vu de pareille. A la vue des manifestations qui se produisaient de toutes parts, le Roi lui-même qui, au moins par raison, était attaché à son ministre, disait avec humeur, en rentrant dans son cabinet : « Toujours Villèle! toujours contre Villèle ! »
N'y avait-il pas là cependant place pour une de ces résistances suprêmes par lesquelles un homme, attaqué de toutes parts, parfois résigné avec dédain aux injustices du présent, mais comptant avec fierté sur le jugement de l'avenir, défend contre l'ingratitude et la mauvaise foi l'honneur de sa politique et de son nom? Lutte palpitante, où la défaite elle-même peut avoir de la grandeur et de l'éclat. AL de Villèle n'était pas fait pour jouer un tel rôle. Ce qui convenait à ses goûts, à ses aptitudes, c'était de se reconnaître et de se diriger avec tact et clairvoyance au milieu des affaires les plus compliquées, à travers les dossiers les plus chargés. A la Chambre, il n'était parfaitement heureux et rassuré que si la discussion s'en tenait aux questions d'intérêt éco-
nomique et financier. Le débat s'élevait-il — ou, selon lui, s'égarait-il — dans les sphères orageuses, réveillaiton les souvenirs irritants, débattait-on ces principes qui étaient comme les drapeaux opposés des deux armées ennemies, AI. de Villèle était inquiet, mal à Taise. Son bon sens prudent ne comprenait pas qu'on pût se plaire à ces explorations périlleuses, et ses efforts tendaient à ramener tout le monde au terre à terre modeste et sûr des affaires quotidiennes. Était-il pris directement à partie, injurié, calomnié, raillé, menacé, on ne le voyait pas, comme aurait fait M. de Serre, se lever brusquement, pâle, la lèvre frémissante de douleur et d'indignation, soufTrant cruellement de la blessure reçue, mais trouvant dans sa souifrance même l'inspiration d'une éloquence vengeresse, se jetant au plus ardent de la balaille, la tête haute et la poitrine découverte, imprudent peut-être, mais héroïque. Xon, il se dirigeait tranquillement vers la tribune, moins irrité des attaques qu'ennuyé des affaires re lardées ou compromises; il ne s'engageait jamais dans les discussions personnelles, soit pour attaquer les autres, soit même pour se défendre, si cruel et si injuste qu'on eût été envers lui. A peine relevait-il de loin en loin ce qu'il y avait de mal fondé dans les injures ou d'inexact dans les calomnies, comme il aurait rectifié des fautes de raisonnement ou des erreurs de chiffres au cours d'une discussion économique. Parfois, mais rarement, on remarquait dans ses répliques un léger accent d'agacement et d'impatience, avec un peu de ce dédain attristé qu'un homme de bien, sûr de lui, ressent pour d'indignes outrages; jamais d'emportement, ni presque de chaleur. S'il parvenait à refroidir l'Assemblée, il était
aussi satisfait que le sont d'autres orateurs quand ils Font enflammée. Aussi a-t-on comparé familièrement l'effet de sa parole à celui que produit un seau d'eau jeté au milieu d'un combat de dogues.
Il y avait sans doute dans cette réserve et cette froideur à la fois naturelles et voulues, quelque chose de sensé et d'honnête qui devait inspirer plus de confiance que les belles paroles des histrions de tribune, ou les chimères des rêveurs de cabinet. Cependant était-ce assez pour conserver de l'ascendant sur un public français? N'y avait-il pas là quelque chose d'un peu terne, médiocre et rabaissé, qu'on était surtout étonné et froissé de rencontrer à la tête de ce parti royaliste qui ne pèche pas d'ordinaire par défaut d'élégance, d'éclat et de sensibilité chevaleresque? Ceux qui n'ont parlé qu'à l'imagination de la France ont pu l'entraîner dans beaucoup de sottises; mais si l'on prétend lui faire faire acte de sagesse, il faut, au moins en apparence, satisfaire cette imagination. Avec une telle nation, qui veut être trop pratique cesse de l'être. C'était le tort et la faiblesse de M. de Villèle; c'était aussi, dans une certaine mesure, la cause de sa croissante impopularité, A la veille même de sa chute, ne semblait-il pas que chacun fût mécontent de ne pas le voir se défendre avec plus d'éclat et d'une façon plus émouvante pour le public? Son agonie manquait de poésie, et les spectateurs froidement cruels, assis sur les gradins de l'amphithéâtre politique, lui en voulaient de ne pas mourir avec plus de grâce.
Si M. de Villèle n'avait pas l'impression aussi vive que M. de Serre, et surtout s'il n'avait pas comme lui la souffrance éloquente, il ne faudrait pas croire cependant
à une sorte d'insensibilité. C'est dans ses lettres à madame de Villèle et dans les notes de son journal personnel qu'on retrouve la trace de ses déboires, de ses chagrins : douleur discrète, presque froide jusque dans Tintimité, mais toujours honnête et digne, et parfois plus pénétrante dans sa sécheresse que les explosions de certaines natures en dehors. Dès le mois d'août 1826, il se demandait si l'on pourrait jamais « faire passer « quelque loi « avec les méfiances et le besoin de faire obstacle qu'ont lant de gens, les uns pour nuire, les autres par jalousie, ou pour se faire valoir «. Puis il ajoutait :
ce Plus j'y pense, plus je vois de près les conditions Cl de notre existence, plus je suis étonné qu'au lieu de « ne pas aller mieux, nos affaires n'aillent pas plus « mal. Chaque jour me fournit sur la nature du terrain « des révélations qui me prouvent que j'ai bien fait de « ne pas produire les vues de réforme et d'amélioration tt dont je m'étais occupé pour la fin de la session. On a est si loin de rien de semblable, qu'il est nécessaire <c d'user en ce genre de beaucoup de circonspection « jusqu'au jour où je croirai pouvoir en conscience « mettre fin moi-même au pénible rôle qu'il faut, jus- « que-là, se borner à remplir de son mieux, mais sans a espoir de réussite. ^
L'année suivante, l'accent est plus triste encore et plus désespéré :
« Les propos sont exécrables... On use de tous les « moyens pour exalter les mauvaises passions... Nul " n'est content de sa position. Tous s'agitent pour en Cl changer... Personne n'éprouve de vexation : n'imci porte! demain on détrônerait le roi et l'on me poi-
ce gnarderait comme Fauteur de tous les maux imagicc naires dont les esj3rits sont assiégés, grâce aux ce manœuvres des écrivains et des ambitieux. — ... ce Figurez-vous que j'en suis à me réveiller en sursaut (c au milieu de la nuit poursuivi par ces funestes idées. (c — Je suis accablé. M. de Peyronnet qui a perdu son Cl fils, M. Corbière qui va perdre le sien, les deux ce membres les plus capables du cabinet, me laissent, ce par suite de ce deuil subit ou prévu, tout le poids des a affaires. Il y a, dans les cboses privées, comme dans ce les choses publiques, des momenis où tout tourne ce mal. V
Puis sur son carnet, il écrivait à la même époque : Cl Ma mère est malade, sa tête va s'affaiblissant ; ma femme est à Cauterets, cela n'égayé pas ma situation, m La famille occupait en effet dans les préoccupations de M. de Villèle une place qu'elle n'a pas toujours chez les hommes de vie publique, et c'est là qu'il cherchait des consolations aux amertumes et aux déboires ministériels. Quand il voit approcher le moment de sa retraite, il écrit à son fils :
Cl C'est en ta mère et vous, mes chers enfants, en ce toi surtout, mon cher fils, que j'ai mis mon bonheur. ' L'injustice et la folie des hommes ne me touchent ce guère ; et, si j'ai besoin de quelque dédommagement, ce non pour la position que je quitte, — je l'ai toujours ce considérée comme un fardeau, — mais pour les a peines et les inquiétudes infinies que j'endure depuis Cl six ans au service du public, le repos de la vie privée Cl et le bonheur dont je vais jouir près de vous me « suffiront. »
Du reste, s'il ne se laisse aller ni à la colère ni aux
récriminations, il se relève sous le poids même de l'impopularité qui Faccable, pour penser, non sans un sentiment d'honnête fierté mêlée d'un peu de dédain pour ses adversaires, à ce qu'il a fait pour la France. Il constate que la « situation financière est assez florissante pour qu'il puisse s'honorer de l'administration qui lui a été confiée pendant six ans » . A l'étranger, il montre les afl'aires en bonne voie, « le tout selon le plus grand intérêt du pays». Aussi ajoute-t-il simplement, mais avec un juste orgueil : « La France est bien plus prospère qu'elle ne l'a jamais été; après de tels résultats, on peut quitter l'administration sans regrets et surtout sans remords, v
Si M. de Villèle ne se faisait pas d'illusion sur le déclin de sa fortune politique, il semblait toutefois ne vouloir abandonner son poste qu'à la dernière extrémité. Etait-ce point d'honneur de fidélité au roi ou pressentiment du danger de la monarchie? Était-ce cet attachement au pouvoir qui étonne parfois chez des âmes pourtant exemptes d'ambitions coupables, et qui survit en elles aux plus cruels déboires? Peut-être étaient-ce les deux motifs. Le chef de la droite opposait donc au flot chaque jour grossissant des attaques d'extrême droite et de gauche une résistance inerte et passive, mais obstinée. Enfin, dans les derniers mois de 1827, il parut évident que le ministère ne pouvait plus gouverner avec la Chambre élue en 1824. L'extrême droite avait si bien divisé, disloqué, dissous cette majorité royaliste, la plus nombreuse qui ait jamais existé dans aucune assemblée,
— on pourrait presque dire cette unanimité royaliste,
— qu'un ministère de pure droite n'y trouvait plus un groupe d'adhérents assez compacte et assez nombreux
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pour le soutenir. Néanmoins, avant de se décider à la retraite, M. de Villèle crut devoir user du droit qu'avait la couronne de dissoudre la Chambre et de faire appel aux électeurs. La lutte était transportée du parlement dans le pays.
On voit alors, dans celte crise suprême, le digne pendant de Falliance des ultras et de la gauche qui avait donné, six ans auparavant, le coup de grâce à M. de Serre. La coalition électorale de 1827 couronne cette seconde phase de l'opposition d'extrême droite, comme la coalition parlementaire de 1821 avait couronné la première. Il se forme une Société des amis de la liberté de la presse^ composée indifféremment de membres de la gauche et de Textrême droite, qui fait publier et distribuer gratuitement un nombre considérable de brochures écrites par les publicistes des deux opinions. Le Journal des Débats répète « qu'il n'y a plus de royalistes ni de libéraux ^ , mais qu'il faut avant tout " faire justice du ministère le plus corrompu et le plus corrupteur qui ait jamais existé ^5. Plus embarrassée, plus honteuse, et au fond plus inquiète, la Quotidienne croit justifier ses amis contre le reproche u d'alliance monstrueuse « , en rappelant la « fusion momentanée des deux oppositions» d'où, dit-elle, était né le ministère actuel. D'ailleurs, elle estime qu'il importe avant tout d'infliger à M. de Villèle une « leçon complète iî . Vainement le Moniteur flétrit «ces coalitions illégitimes, ces pactes honteux entre des opinions contraires, que des passions désordonnées ne cessent pas de conseiller « , des hommes notables des deux partis arrêtent ensemble et font publier dans les journaux de gauche et d'extrême droite une liste de candidats où, sous la dénomination commune
de a candidats constitutionnels « , ils recommandent pêle-mêle aux électeurs les ultras les plus réactionnaires et les adversaires les plus acharnés de la monarchie. Sur cette liste étaient inscrits côte à côte M. de la Bourdonnaye et AI. de la Fayette, M. Delalot et AI. Benjamin Constant, AI. Agier et AI. Dupont (de TEure), AI. de Lézardière et AI. Voyer d'Argenson.
Une coalition dans le parlement est déjà une manœuvre immorale et dangereuse; toutefois on peut espérer en limiter la portée et en mesurer les conséquences. Alais une coalition dans le pays, — alors que les élections générales mettent tout en question et engagent pour l'avenir les principes politiques et l'existence même de la monarcliie, alors qu'on est en face de tout ce qu'il y a d'imprévu et d'inconnu dans les résultats d'un scrutin , — il n'est certainement pas d'acte plus coupable et plus téméraire. L'extrême droite parvient ainsi à faire nommer, avec Tappui de la gauche, quelques-uns de ses chefs, et surtout, ce qui lui tient le plus au cœur, elle met le ministère en minorité. Est-ce elle cependant qui profite de la coalition? Sur quatre cents députés élus, environ cent trente sont anciens membres de la réunion Piet, et partisans de AI. de Villèle; on peut y ajouter cinquante membres appartenant à ce fonds commun de fonctionnaires qui appuient tous les gouvernements. Quant à l'extrême droite, elle ne compte, avec tous ses groupes réunis, (jue soixante ou soixante-dix voix. Quel est donc le vrai vciincjueur? Qui a recueilli le profit du marché?C'est l'opposition i libérale »; elle compte dans ses nuances diverses, depuis la gauche extrême jusqu'au centre gauche, environ cent quatrevingts voix. On estloin des dix-neuf opposants de 1824.
Mais enfin M. de Villèle est à terre. Le Moniteur du 5 janvier 1828 a enregistré sa démission.
Et maintenant Textrême droite peut considérer les résultats de sa nouvelle campagne. Il lui suffit de comparer ce qu'étaient les partis de gauche et de droite au moment où cette campagne a été entreprise à ce qu'ils sont au lendemain des élections de 1827.
On n'a pas oublié à quel état misérable était réduite la gauche après la guerre d'Espagne. Délaissée par une opinion qu'elle avait alarmée et dégoùléc , elle était à peu près complètement exclue du parlement. C'est l'extrême, droite qui lui a rendu le courage et l'audace de l'attaque en ouvrant, la première, la brèche et en se faisant tête de colonne dans l'assaut livré au gouvernement de droite. C'est elle qui, par les fautes qu'elle a imposées au ministère et par les provocations insensées de sa polémique, a ramené â la gauche l'esprit public inquiet et irrité de voir se dresser le fantôme de l'ancien régime. C'est elle qui, dans son empressement passionné à trouver quand même des alliés contre un ministère haï, s'est unie à cette gauche, l'a prise en quelque sorte par la main pour l'aider à se relever de ses défaites, a combattu, dans le parlement, avec elle, et en réalité pour elle. C'est elle qui, dans la crise décisive, l'a soutenue et cautionnée devant les électeurs. La guerre sans doute a été vigoureusement menée; mais si le ministère, à chaque coup plus ébranlé, a perdu du terrain, c'est toujours la g;iuche qui La gagné. Si bien que M. de Villèle a pu dire un jour à la tribune : « Les royalistes opposants ressemblent à un corps d'armée qui s'emparerait
d'une position qu'il lui serait impossible de garder et dans laquelle d'autres viendraient le relever. Ils se battent au profit des libéraux qui occupent et conservent les positions qu'ils ont enlevées. iî Enfin , trois années après la guerre d'Espagne, non-seulement la gauche prend sa revanche des élections de 1824 et revient occuper dans le parlement, plus nombreuse et plus confiante qu'en ses meilleurs jours, les places dont elle avait été chassée; mais elle se sent plus forte encore dans le pays que dans la Chambre. Le vent de l'opinion souffle dans ses voiles. Et n'est-ce pas un vent de tempête?
Que Textrême droite tourne ensuite ses regards du côté opposé; qu'elle considère ce qu'elle a fait du parti auquel elle prétend appartenir. Les brillants souvenirs de 1824 ne doivent pas être efl'acés de sa mémoire. Elle voit sans doute encore, au lendemain des élections de cette année mémorable, les quatre cents députés royalistes trop à l'étroit sur leurs bancs, en face des sièges vides de la gauche. Elle n'a pas oublié cette heure incomparable de prestige et de popularité, les rêves de longue puissance et de féconde grandeur qui traversaient alors les imaginations de ses amis. De tout cela, que reste-t-il? La droite est démembrée, et de ses tronçons épars, aff'aiblis, s'entre-choquant l'un l'autre, aucun n'est en état de prendre le gouvernement. Le spectacle de ses guerres intestines, les procédés auxquels se sont abaissés les dissidents, ont gravement porté atteinte à cette considération, à cette dignité morale qui était une de ses principales forces dans l'opinion. Les fautes elles témérités d'une fraction trop nombreuse et surtout trop bruyante de ses partisans ont inquiété et
éloigné d'elle l'esprit public. Elle n'a su niontrer ni l'union qui pouvait inspirer confiance dans sa force, ni la modéralion qui devait rassurer sur sa clairvoyance. Par une fortune rare, un homme s'était trouvé dans ses rangs qui avait l'esprit de gouvernement. Il était, sans contredit, de tout le parti, le plus capable d'exercer le pouvoir en un temps aussi difficile. Ses adversaires euxmêmes le reconnaissaient. M. Casimir Périer , bien qu'alors de la gauche, déclarait que M. de Villèle « était le seul homme d'Etat qui eût paru depuis 1814 » ; et sollicité en 1828, au nom du roi, d'entrer dans une combinaison ministérielle, il exigeait que ce même M. de Villèle en fît partie'. Eh bien! c'étaient des royalistes qui s'étaient acharnés contre ce ministre, qui avaient faussé sa politique et qui ensuite n'avaient eu de cesse qu'ils ne l'eussent renversé, discrédité, en quelque sorte écrasé pour toujours sous le poids d'une formidable impopularité. Avaient-ils donc quelqu'un pour le remplacer? Pouvait-on même penser à prendre un
^ M. de Villèle raconte sur son carnet ranecdote suivante, à la date du 24 mars 1825 : > J'ai reçu aujourd'hui une singulière visite de M. de Gliauvelin (député de la gauche), venu afin de me demander pour sa commune une autorisation de défrichement. « Je n'ai ni le droit ni l'espoir de l'obtenir, a-t-il ajouté. C'est par acquit de conscience que je fais cette demande. — Et en quoi vous ai-je jamais donné le droit de douter de ma justice? d lui ai-je répondu. Puis je lui ai promis de faire examiner avec soin sa demande. Alors il s'est levé, et m'a dit, en prenant congé : a Comment un homme d'esprit peut-il être d'un parti si bête? n Sans lui répondre, je l'ai reconduit vers la porte. Au moment de sortir, M. de Chauvelin a repris sa phrase : » D'un parti qui n'a qu'un homme d'esprit et qui veut le renverser, i A ces mots, j'ouvris la porte à M. de Chauvelin, qui sortit, mais ce fut pour la rouvrir aussitôt et me jeter cette parole pour adieu : o D'un parti si bête qui veut le renverser et qui y réussira, je l'espère, -d
ministre dans leurs rangs après cette épreuve? Ils étaient bien aveugles s'ils ne voyaient pas que M. de Villèle jouait au pouvoir la partie de la droite, et que, celte partie perdue, le rôle de la droite, comme majorité de gouvernement, était fini pour longtemps. Les esprits clairvoyants le comprenaient, et l'un des collègues les plus justement considérés de M. de Villèle, M. de Clermont-Tonnerre, adressait au roi, en le quittant, ces paroles que les événements devaient bientôt confirmer : ce Je supplie Votre Majesté de ne pas oublier que notre ministère était le ministère le plus royaliste qui pût être accepté par le pays. »
Encore si la droite seule avait été atteinte dans une si désastreuse épreuve : mais le mal avait porté plus haut. Le gouvernement représentatif élait-il donc si anciennement et si solidement enraciné en France , qu'il pût supporter sans péril la secousse desoppositionsà outrance, le scandale des manœuvres et des coalitions sans scrupule, Tabus de la tribune et de la presse? Notre jeune liberté ne sortait-elle pas de là faussée et corrompue chez plusieurs, compromise et suspecte aux yeux des autres? Et la monarchie était-elle si incontestée, que le parti royaliste put, sans qu'il en retombât quelque chose sur elle, s'affaiblir et se démolir de ses propres mains, rebuter l'esprit public par ses déchirements, l'effrayer et le soulever par ses provocations? Au moment où M. de Villèle, après sa chute, prit congé de la famille royale, le Dauphin lui dit en lui témoignant ses regrets : « Vous étiez devenu trop impopulaire. " — A ces mots, M. de Villèle ne put se contenir, et il répondit en se retirant : « Monseigneur, Dieu veuille que ce soit moi! «