L'EXTREME DROITE ET M. DE MARTIGXAC
§2. l'eXTRÊVIE DROITE ET M. DE MARTIGNAC.
Avant d'examiner quel a été le rôle de Textrème droite en face du nouveau ministère, il convient de reproduire une réflexion qu'on a déjà eu roccasion de faire, lorsque les ultras étaient, de 1816 à 1821, en face des ministères du centre. Si l'on écrivait l'histoire complète de la Restauration, et s'il s'agissait de comparer les fautes des divers partis, les « libéraux » seraient, à cette époque encore, ceux auxquels il faudrait adresser le reproche le plus sévère et imputer la plus lourde part de responsabilité dans l'échec de M. de Martignac. C'est à eux en somme que celui-ci faisait des avances loyales et courageuses; c'est pour les satisfaire qu'il bravait le mécontentement de la droite et la défiance chaque jour plus prononcée du Roi. On comprend que la fraction de la gauche qui avait un parti pris de renversement, répondît à ces avances en retournant contre M. de Martignac et contre la Restauration elle-même les libertés concédées. Un ministre travaillant à réconcilier la royauté et la nation devait apparaître à cette gauche comme son plus dangereux ennemi ; elle préférait de beaucoup un gouvernement d'extrême droite, qui ferait mûrir plus rapidement la révolution. Mais n'aurait-on pas dû attendre d'autres sentiments et une autre conduite de la part des libéraux modérés et loyaux? La justice, le patriotisme, le bon sens, la simple intelligence de leurs intérêts politiques ne leur commandaientils pas d'aider et de soutenir le nouveau cabinet, de lui
donner, par une adhésion confiante et sûre, la force de résister aux hostilités de la droite et à la mauvaise volonté de la cour? Qu'ont fait au contraire ces lihéraux? Vis-à-vis de AI. de Alartignac, comme naguère vis-à-vis de AI. de Serre et de AI. de Richelieu, ils se sont montrés boudeurs, défiants, exigeants, ne tenant compte ni des difficultés ni des ménagements nécessaires, voulant tout obtenir d'un seul coup, parfois opposants ou, en tout cas, n'apportant qu'un concours incertain et disputé. Etait-ce la suite des habitudes mauvaises prises dans leur trop longue et trop intime association avec le parti révolutionnaire ? Etait-ce le fruit de ce sentiment injuste et fâcheux répandu alors chez eux, que la France ne pourrait jamais s'entendre avec la Restauration, sentiment qui les faisait, non pas aspirer, mais presque se résigner à la révolution? Quoi qu'il en soit, la faute était grande, et l'un des plus illustres et des plus purs parmi ces libéraux, le duc de Broglie, devait faire plus tard, avec une honorable franchise, son mea culpa. '' La conduite à tenir, a-t-ildit dans ses NoteshiographiqueSj était pour nous écrite en grosses lettres. » Il fallait nous u mettre d'accord avec le centre droit ;? , et, -^ par notre adhésion entière et cordiale, mettre à la disposition du cabinet une majorité effective et bien liée... Rien n'étail plus aisé que de prendre à notre compte le ministère Alartignac, qui ne demandait pas mieux ; il ne fallait pour cela que mettre de côté nos petites animosités et nos petites lubies. Et il fallait être aussi étourdi que nous le fûmes pour faire ce que nous fîmes. »
Sous AI. de Villèle, les amis de AI. de Chateaubriand avaient fait opposition avec l'extrême droite, sans cependant se confondre avec elle. Presque tous adhérèrent