‹ Royalistes & républicainsChapitre 39 sur 86 · I/EXTREME DROITE ET M. DE MARTIGXAG · texte numérisé non relu

I/EXTREME DROITE ET M. DE MARTIGXAG

plus OU moins au nouveau ministère. M. de Chateaubriand accepta l'ambassade de Rome. Il aurait désiré mieux; mais Charles X ne lui pardonnait pas. Son nom ayant été porté sur une liste ministérielle, le Roi Tarait rayé avec colère, en disant : «Mieux vaudraitM. Laffitte. w Pour donner quelque consolation au redoutable écrivain, on appela au ministère de la marine un de ses amis, M. Hyde de Neuville. Le nouvel ambassadeur à Rome partit donc pour son poste, sinon satisfait, du moins ayant désarmé. Le Journal des Débats s'élait à peu près rallié à AL de Alartignac; il est vrai qu'il en coûtait 500,000 francs à la cassette du roi '.

Quant à la véritable extrême droite, celle qui, depuis lorigine, a marché derrière M. delà Bourdonnaye, elle demeure dans l'opposition : opposition comme toujours violente et systématique. Elle s'en prend non-seulement aux mesures fâcheuses, comme les ordonnances de juin, mais à toutes les lois libérales proposées par le gouvernement. Elle avait attaqué M. de Villèle lorsqu'il avait rétabli la censure, elle attaque M. de Martignac parce

1 Ce dernier fiit ne peut être aujourd'hui contesté. Dans son Journal^ récemment publié, AI. de Guernon-Ranville, membre du cabinet Polignac, raconte que le fait avait été rapporté devant lui, en plein conseil des ministres, parle roi qui avait dit en a. élre sûr -^ . Voici comment on était arrivé à ce chiffre de 500,000 francs. Le Journal des Débats^ aux débuts du ministère Villèle, recevait une subvention de 12,000 francs par mois. La subvention cessa quand, à la chute de M. de Chateaubriand, le journal déclara la guerre au ministère. Elle fut rétablie lors de l'avènement du ministère de Martignac. Mais M. Bertin de Vaux et les autres, dit le roi, exigèrent qu'on leur payât ce qu'ils appelaient Y arriéré, c'est-à-dire le temps pendant lequel ils avaient fait une guerre si violente à M. de Villèle. {Journal d'un ministre^ œuvre posthume du comte de Guernon- Ranville, chez le Blanc-Hardel. Caen, 1873.)

qu'il la supprime; aussi exagérée aujourcriuii en montrant les dangers de la presse que naguère en célébrant ses l)ienfaits. Dans chaque occasion, elle ne cherche qu'à entraver et à renverser le ministère. Elle ébauche même de temps à autre quelque coalition avec la gauche.

Malheureusement, comme aux premières années de la Restauration, Texlrême droite parvient à entraîner avec elle une partie de la droite qu'elle combattait hier encore. C'est avec peine que l'on constate ce qu'il paraît y avoir chez M. de \ illèle d'animosité contre ses successeurs. On aurait rêvé pour lui une autre attitude : on aurait voulu le voir protéger AI. de Alartignac, comme il avait secondé AI. de Serre en 1821. Alais l'ancien ministre est irrité de sa chute; il est blessé des passions absurdes et implacables qui sont encore soulevées contre lui et qui réclament sa mise en accusation. L'injustice dont il est victime l'empêche d'être juste envers les autres et contribue à rendre ses appréciations plus aigres sur le nouveau cabinet. Il déplore que la droite n'attaque pas avec plus d'ensemble et avec plus d'énergie les lois proposées par le ministère, et il écrit, non sans amertume, sur ses notes : ;' AI. de AJartignac se pose en héros depuis son fameux discours et veut se faire un parti soi-disant royaliste. 'î In autre jour, à propos de la réponse du roi à l'adresse de la Chambre, il s'écrie avec une colère qui trouble tout à fait son jugement : « Le véritable auteur de cette réponse est Al. de Alartignac, auquel nulle lâcheté ne paraît coûter pour prolonger sa vie ministérielle. » Il se prête même à une tentative de rapprochement avec AI. de la Bourdonnaye : on les fait se rencontrer. « L'entrevue s'est très-bien

Page 1