‹ Royalistes & républicainsChapitre 40 sur 86 · L'EXTREME DROITE ET M. DE MARTIGXAC · texte numérisé non relu

L'EXTREME DROITE ET M. DE MARTIGXAC

passée, raconte M. de Villèle. Dès rabortl, nous nous sommes mis Tun et l'autre dans des termes convenables, sans aucune explication pénible sur le passé. Il a montré le plus vif désir de voir tous les royalistes réunis. :> Cependant la manière dont il termine son récit semble indiquer que la réconciliation est loin d'être complète. Cl J'ai trouvé, — dit-il en dépeignant très-bien son interlocuteur, — l'homme tel que je l'avais connu, personnel, négatif, sans plan, sans cesse tourmenté d'ambition. Nous nous sommes quittés sans ouvertures, mais dans de bons termes en général. î) En effet, si quelques membres de la droite font campagne avec l'extrême droite, les vieilles querelles sont loin d'être oubliées. M. de Villèle se plaint que dans les discussions relatives à sa mise en accusation « \es pointus, couverts du mépris de tous les partis, soient les plus enragés contre lui " . La Gazette de France, journal du ministère précédent, bataille sur le passé avec la Quotidienne. C'est vous, dit la Gazette, qui êtes la cause de tout le mal; sentinelle avancée, vous avez ouvert les portes à l'ennemi. La Quotidienne répond en énumérant - les concessions faites par M. de Villèle à l'opinion libérale » . Que pourraient faire des alliés aussi divisés, le jour où, vainqueurs, il leur faudrait user ensemble de leur victoire? N'est-ce pas encore un signe de la témérité de leur opposition ?

M. de Villèle avait trop de clairvoyance pour songer à reprendre prochainement le ministère. Par contre, AL de Polignac se croyait l'homme du moment, prédestiné à sauver la monarchie. Alors ambassadeur à Londres, il faisait de fréquentes apparitions à Paris, ne dissimulant guère ses espérances ni son impatience. Un

jour, dans un entretien avec M. do la Ferronnays, il laissa tellement percer la conviction où il était d'arriver bientôt au pouvoir, que le ministre, dans un moment d'irritation, lui jeta son portefeuille, ci Puisque vous en avez tant envie, lui dit-il, prenez-le; ce sera tant pis pour la France, mais tant mieux pour moi'.^) M. de Polignac était le candidat de la cour et des salons. Ceuxci ne ménageaient pas M. de Martignac. Ils traitaient avec le plus grand dédain ce « petit avocat î5 ; à peine consentaient-ils à voir en lui un « ténor i) de quelque habileté. C'est une «jolie serinette », disaient les courlisans ; et le roi laissait répéter devant lui ces impertinences sans en manifester aucun déplaisir.

La presse d'extrême droite, fidèle à ses habitudes, était avec l'opposition. Au premier rang se montrait toujours la Quotidienne. Cependant M. Michaud, fatigué probablement de cette politique violente et stérile, embarrassé de combattre un ministère que soutenaient les amis de M. de Chateaubriand, avait abandonné la gérance à M. Laurentie. C'est alors que, pour combler le vide, celui-ci appela à son aide le comte O'Maliony, l'un des disciples les plus exaltés de Lamennais, et. quelques autres rédacteurs du Mémorial catholique. Ministérielle sous AL de Villèle, la Gazette de France faisait sa rentrée dans l'extrême droite II semblait même que par sa violence elle voulût regagner le temps perdu. Dans un article où elle prétendait résumer la politique suivie en 1828, elle déclarait « qu'il restait peu de chose à faire au ministère dans la prochaine session pour consommer le rétablissement de la république

' Rio, Epilogue à L'art chrétien, t. P»", p. 316.

Page 1