L'IÎVCAPACITE DANS LA CUISE
matamore qui était le plus coi des ministères ^^ . On répétait bien tous les jours qu'il fallait être « énergique « . a Ce qui a manqué jusqu'ici, disait-on, c'est l'audace de planter son drapeau. « Mais quand il était question d'en venir aux actes, on ne savait que faire. Les projets de coups d'État les plus bizarres étaient débattus l'un après l'autre au conseil des ministres, sans (ju'on pût aboutir à rien, a M. de Polignac, disait finement un journal libéral, ne manque ni de foi, ni de courage. De sa personne, il est même résolu; mais il ne sait pas bien à quoi. Il est prêt à tout faire; mais il cherche ce qu'il faut faire. i5
A cette indécision se joignait chez le ministre d'extrême droite une confiance naïve. Il n'admettait pas qu'il pût rencontrer le moindre obstacle. Quelqu'un soulevait-il une objection, demandait-il si l'on avait pris telle précaution, prévu telle éventualité, M. de Polignac répondait avec sa bonhomie gracieuse : « Bah! bah! vous êtes l'homme aux difficultés; vous verrez que nous marcherons à merveille et que tout ira bien ^ v Pour trouver de pareilles illusions, il faudrait remonter jusqu'aux émigrés; encore ceux-ci avaient-ils l'excuse de n'être ni au pouvoir, ni même en France.
Tout le monde voyait cette faiblesse, excepté M. de Polignac et le roi. On sait ce qu'écrivait à ce sujet M. de Villèle. Les ambassadeurs étrangers en étaient stupéfaits, et lord Stuart disait, le 1" juillet 1830, à un ami : u Chaque fois que je vais aux affaires étrangères, je crois entrer dans le paradis des fous de Milton. Les fous sont dans une situation déplorable, mais ils se
' Journal de M. de Guernon-Rauville, p. 97.
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croient toujours à merveille. 55 Les collègues de M. de Polignac avaient eux-mêmes, à la différence de leur chef, le sentiment de leur impuissance. L'un d'eux, M. de Montbel, s'en plaignait souvent à son ami M. de lillèle, et lui écrivait :
ti On ne peut avoir confiance en nous, parce que nous V. ne pouvons en avoir nous-mêmes. Point de précédents, Cl point (l'habitude des affaires, point de cette puissance ce sur l'opinion qui prévient en faveur des ministres u qu'on peut être forcé de prendre, i^
Voici les remarques qu'un autre membre du conseil, M. de Guernon-Ranville, notait, heure par heure, sur son journal :
u En vérité, nous sommes frappés d'aveuglement... tt — A'ous en sommes encore plus convaincus depuis u cette courte épreuve : nous ne sommes point en force
't pour soutenir la lutte Il n'y a dans notre marche
Cl ni ensemble ni fermeté. Nous avançons sur une ligne c. indécise, sans plan, sans système arrêté; nous vivons « au jour le jour dans une confiance aveugle, tandis que ce l'orage se forme et nous menace de toutes parts. Cet Cl état de choses ne peut durer... — Xous n'avons ni Cl plan ni direction : il est impossible d'aller ainsi; c'est Ci une position ridicule et par suite coupable. "
Aussi, quand il se produisait des vides dans le cabinet, ne pouvait-on les remplir qu'avec peine. Personne ne voulait y entrer et, par contre, tout le monde voulait en sortir'.
1 M. Berryer, qui avait une kffeclion mêlée de reconoaissance pour la personne du prince de Polignac, repoussa néanmoins toules les ouvertures qui lui furent faites pour entrer dans le cabinet. Il a raconté plus lard à ses amis à quel point il avait été épouvanté, dans la