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L'INCAPACITE DANS LA CRISE

Seul, au milieu de cette inquiétude générale, M. de Polignac conservait une sérénité souriante et marchait droit vers Tabîme avec la sécurité d'un somnambule. Au moment même où il se décidait à frapper le grand coup, il négligeait de prendre les précautions militaires les plus simples. Rien n'était préparé en vue d'une lutte. Il n'y avait à Paris que 8,000 hommes et 8 canons. Le ministre de la guerre était absent, et celui qui le suppléait, M. de Champagny, n'était pas averti, la veille au soir, de la publication des ordonnances. Se promenant de long en large et se frottant les mains, le dauphin disait : " Je connais quelqu'un qui sera bien étonné

conversation qu'il avait eue à ce propos avec le président du conseil, de ce que celui-ci avait laissé voir d'incapacité présomplueuse et surtout d'illumination mystique. M. Berryer avait aussitôt ([uitté Paris pour se soustraire à de nouvelles instances. Il voulait du moins demeurer étranger aux catastrophes qu'il jugeait inévitables. M. de Ghantelauzc n'accepta un portefeuille, en mars 1830, que sur l'ordre du roi, et il écrivait à un de ses amis : c Je regarde ma nomination comme l'événement le plus malheureux de ma vie, et il n'est rien que je n'aie fait pour y échapper. Je cède à des ordres qui ne me permettent que l'obéissance. Ainsi regarde-moi comme une victime à immoler, et plains-moi, « M. de Chabrol et \I. de Gourvoisier, au contraire, s'empressèrent de donner leur démission. Le roi fut obligé d'intervenir pour empêcher M. de iMontbel de les suivre, a. Je vous le demande par amitié, lui dit-il, par dévouement pour ma personne, je l'exige comme roi. » Il l'embrassa en pleurant, en le conjurant de lui faire ce sacrifice. Et comme le ministre, après avoir cédé à ces royales instances, demeurait tout troublé, Charles X lui écrivait : « Au nom de D'eu, calmez-vous, mon cher Montbel; songez que je vous ai donné un ordre positif, n M. de Guernon-Ranville n'était pas moins pressé de se dégager de cette compromettante responsabilité. Il fallait que M. de Polignac lui opposât la volonté formelle du roi. M. de Guernon céda aussi ; mais il écrivait dans son journal : a Je ne manquerai pas la première occasion. i Et plus tard il ajoutait : « Le portefeuille me pèse elfroyableraent, et je ne manquerai pas de m'en débarrasser aussitôt que je le pourrai avec honneur. »

demain en lisant le Moniteur , c'est Champagny! :? Du reste, M. de Polignac répétait imperturbablement à ses collègues que et toutes les mesures étaient prises pour que la résistance fût à l'inslant comprimée -^ . Si Ton s'étonnait que tel ordre n'eût pas encore été donné, il répondait d'un ton dégagé : « Vous vous inquiétez toujours! » Après la signature des ordonnances, comme on parlait dans le conseil de l'éventualité d'un mouvement populaire, le chef du cabinet déclarait c^ qu'il ne craignait aucun événement fâcheux, mais que, en toute hypothèse, il y avait à Paris des forces assez considérables pour garantir la paix publique î5 . Le préfet de police, interrogé par M. de (iuernon-Kanville, se montrait aussi confiant que le premier ministre : « Quoi que vous fassiez, disait- il, Paris ne bougera pas. Alarchez hardiment, je réponds de Paris sur ma tête, j'en réponds. 55

Quand l'insurrection éclata, l'incapacité de M. de Polignac apparut plus manifeste encore. Sous prétexte que l'état de siège était proclamé, il demeura inerte et laissa tout aux mains du maréchal Marmont, dont le dévouement douteux aurait eu besoin d'être au moins stimulé et peut-être surveillé. L'un des ministres, le baron d'Haussez, a dépeint le président du conseil tel qu'il se montrait aux Tuileries pendant la lutte, rêveur, parcourant les appartements, s'asseyant, écrivant, sortant, rentrant, et ne répondant à aucune des questions qui lui étaient adressées. — Pendant ce temps, dans un autre château, à Saint-Cloud, le roi était aussi sous l'empire des illusions que son ministre lui avait fait concevoir. Le jour même où paraissaient les ordonnances, une partie de campagne était arrangée pour les

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