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L'IIVCAPACITE DANS LA CRISE

jeunes princes. Au moment où leur gouvernante, mackme de Gontaut, prit congé du roi, celui-ci l'avertit que le Moniteur contenait quatre ordonnances dont il lui dit la substance en les comptant sur ses doigts. La voyant pâlir : et Eh bien! ajouta-t-il, qu'en pensez-vous? — Nous voilà donc arrivés, répondit-elle, au moment redouté d'un coup d'État, et dans quel moment ! » Le roi, mécontent, reprocha à madame de Gontaut d'avoir bon cœur, mais mauvaise tête; et comme elle insistait, il tourna la chose en plaisanterie et recommanda aux jeunes princes a d'être bien sages, vu qu'il n'avait plus de troupes pour les mettre à la raison v. Puis, reprenant un ton plus sérieux, il affirma que l'article 14; lui donnait le droit positif de gouverner par ordonnances. et Calmez-vous, dit-il enfin, jouissez de cette journée. Moi, je vais la passer à Rambouillet. Vous voyez que je suis parfaitement tranquille sur le résultat des mesures que j'ai prises*. i5 Deux jours plus tard, en pleine bataille, Charles X n'était pas encore désabusé. L'ordre de ne laisser pénétrer personne jusqu'à lui l'empêchait de rien savoir. Il paraissait résolu à ne point croire ce qui pouvait lui déplaire et repoussait avec mauvaise humeur toute nouvelle défavorable. Dans le salon royal, il jouait aux échecs sans parler d'autre chose que du jeu. Les décharges d'artillerie ébranlaient les fenêtres, et tout le monde affectait de n'y pas faire attention ^

^ Ces faits sont rapportés dans les Mémoires inédits de madame de Gontaut, dont M. Duvergier de Hauranne a eu communication.

2 On a raconté que M. de Polignac avait entretenu la confiance du roi, en lui communiquant une apparition surnaturelle qu'il croyait avoir eue après la signature des ordonnances. Le roi aurait rapporté ce fait au gouverneur de Saint-Gyr; et M. Pasquier, qui l'a consigné dans ses Mémoires inédits, dit le tenir directement de cet

374 LEXTREME DUOITE ET LES ROYALISTES.

Dans ces journées lamentables, on a hâte de voir apparaître au-dessus de l'incapacité et de l'aveuglement des conseillers quelque inspiration directe du sang royal. M. de Guernon-Ranville raconte du Dauphin un trait vraiment admirable, et qui, jusqu'ici, croycns-nous, n'était pas connu. C'était le 31 juillet :

« Le prince occupait l'entrée du pont, du côté de « Sèvres, avec un bataillon de la garde et les lanciers « de Fimarcon ; une foule d'insurgés était de l'autre « côté, et, faisant des démonstrations comme pour « forcer le passage, s'était déjà approchée du pont. Le a prince s'avança au-devant de celte troupe et l'engagea Cl à ne pas tenter une lutte dans laquelle elle serait a écrasée ; une vive fusillade fut la réponse à cette allou cution, et des vociférations couvrirent la voix du " prince. Le duc de Guiche, aide de camp de Monseia gneur, s'approcha de lui et l'engagea à se retirer, — Cl Votre Altesse court ici un danger inutile, dit cet Cl officier, ce n'est pas sa place. — Monsieur, répondit ce le prince, un fils de France est toujours à sa place en ce présence du danger, lorsqu'il s'agit surtout d'épargner Cl le sang français. « Et il renouvela ses tentatives pour Cl ramener cette foule égarée, ou du moins la déterminer Cl à ne pas se compromettre dans une attaque meurci trière et sans possibilité de succès. Ces efforts furent ce vains, les insurgés, tout en continuant de tirer sur le Cl prince, gagnaient du terrain et déjà s'étaient enga-

officier. Le témoignage de M. Pasquier paraîtra peut-être un peu suspect en semblable matière; mais nous devons dire qu'il devient vraisemblable quand on le rapproche d'autres renseignements. C'est à AI. Berryer que \l. de Polignac dit un jour : i Vous doutez de mon succès; soyez bien tranquille, la sainte Vierge daigne me conduire elle-même par la main et me dicte toutes mes résolutions. «

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