‹ Royalistes & républicainsChapitre 47 sur 86 · L'IÎVCAPACITE DA\S LA CRISE · texte numérisé non relu

L'IÎVCAPACITE DA\S LA CRISE

gés sur le pont. Le Dauphin, désespérant de faire entendre raison à ces insensés et ayant vu un officier frappé d'un coup de feu à ses côtés, revint à ses troupes et donna ordre au chef de bataillon de faire faire une charge pour déblayer le pont. Cet officier prononce le commandement, les soldats restent immobiles ; le commandement est répété, même immobilité, suivie bientôt de quelques murmures; puis, tout à coup, une violente agitation se manifeste, et la troupe tout entière s'ébranle au pas de course, pour passer à l'ennemi. Le Dauphin se précipite au-devant de cette foule mutinée, en s'écriant : it Arrêtez! Si vous voulez m'abandonner, que ce ne soit pas du moins en fuyards ! Sachez conserver l'ordre et le calme qui conviennent à des soldats. A vos rangs I » c Ces hommes obéissent machinalement et vont se reformera quelques pas en arrière. Pendant ce temps, le Dauphin ayant ordonné aux lanciers de balayer le pont, une charge vigoureusement exécutée refoule à plus de deux cents toises, dans la plaine, la populace parisienne, et en un clin d'œillepont est entièrement libre. " Maintenant, dit le prince en s'adressant à l'infanterie, si vous êtes décidés à déserter le poste de rhonneur, voilà votre chemin, partez!... » Les malheureux ne se le firent pas répéter et coururent se ranger sous le drapeau de la révolte. « De tels incidents étaient faits pour éclairer les plus aveugles, et il fallut bien finir par ouvrir les yeux. Le ministère d'extrême droite n'avait plus qu'un dernier service à rendre à cette monarchie qu'il avait prétendu sauver à lui seul et qu'il avait si follement poussée dans l'abîme, c'était de donner sa démission. Et même il

était trop tard. Le trône était brisé. Lorsque le roi partit de Trianon pour Rambouillet, quelques-uns des ministres démissionnaiies se disposaient, par un dernier témoignage d'attacbement et de fidélité, à prendre place dans une des voitures de la suite ; un officier général de l'escorte royale s'approcbant d'eux leur déclara rudement " que leur présence compromettait la sûreté du roi, et qu'ils devaient s'éloigner -î . C'était leur faire sentir sans ménagement, et à une beure où la leçon était particulièrement cruelle, tout le mal qu'ils avaient fait à la royauté. — Telle fut la fin de l'extrême droite. Quelques mois plus tard, après qu'un gouvernement nouveau a été improvisé sur les ruines irréparables de la vieille monarcbie, les derniers ministres de Cbarles X sont traduits devant la cour des pairs. Pour défendre sa vie contre les passions irritées, pour défendre devant la postérité l'bonneur de sa mémoire, quelle protection vient alors invoquer M. de Polignac? Celle du ministre même (ju'il avait renversé, de M. de Alartignac. X'est-ce pas comme une réparation solennelle faite parTextrênie droite à la droite modérée? \L de Alartignac, atteint déjà du mal qui doit l'enlever, accepte cette mission, sans se demander si elle ne lui coûtera pas la vie, et, par un admirable plaidoyer, il arrache son ancien adversaire à l'écbafaud. Il devait d'ailleurs détendre de sa parole un client plus auguste encore. Retenu depuis longtemps loin de la Chambre par la maladie, il tente, le 15 novembre 1831, un suprême effort pour se traîner jusqu'à la tribune. C'est qu'il a appris qu'une loi de proscription est proposée contre la famille royale; il vient la combattre avant de mourir; l'Assemblée émue €st suspendue à ses lèvres ; jamais son éloquence n'a été

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plus élevée, plus touchante et plus digne. Ecoutons un moment ces derniers accents :

" J'ai été attaché au roi Charles X, j'ai été son mi- « nistre, je l'ai servi avec un zèle consciencieux et un « dévouement sincère; et, quoique mon zèle et mon <t dévouement aient été mal compris et mal appréciés, « j'ai osé, après sa chute, parler ici, avec respect de sa « vieillesse et avec émotion de son malheur... Quant à « moi, je l'avouerai, je serais peu disposé à accorder ma ( confiance à ceux dont les affections sont si variables, u dont le dévouement est si mobile, qui sont si prompts c à passer du respect pour le pouvoir debout, au mé- « pris pour le pouvoir tombé... Je n'ai rien fait pour la " révolution de 1830. Je vais plus loin, j'ai tout fait « contre elle; car Dieu m'est témoin que j'ai fait tout « ce qui était en mon pouvoir pour la prévenir, pour « l'empêcher d'arriver. Citoyen de mon pays, contem- « porain de mon siècle, éclairé et non aveuglé par le « pouvoir sur la réalité des choses, j'ai vu très-distinc- « tement l'abîme où l'on conduisait la dynastie et j'ai « fait tous mes efforts pour l'empêcher d'y tomber. Tant a qu*a duré la tempête, j'ai courbé une tête impuis- « santé à la conjurer. Quand elle a été apaisée, j'ai " regardé autour de moi pour contempler ce qu'elle (i avait laissé : j'ai trouvé les débris d'une monarchie « de huit siècles réduite en lambeaux, après une lutte « de trois jours. A cet aspect, j'ai éprouvé un sentiment « pénible et douloureux que je n'ai pas cherché à dis- <i simuler; car, je le déclare, je ne sais pas plus cacher ic un sentiment que j'éprouve que je ne saurais feindre tt un sentiment que je n'éprouve pas. Mais, sous les « débris du trône brisé, j'ai retrouvé, j'ai reconnu la

« terre de France, le sol de ma patrie, de cette patrie à « laquelle j'étais dévoué, de cette patrie dont les inté- « rets, confondus et mêlés avec les miens, m'étaient « toujours restés cliers, précieux et sacrés... «

Puis, après avoir combattu éloquemment la loi de proscription, épuisé, contraint par défaut de forces à abréger son argumentation, il termine ainsi :

« En rompant un silence forcé, j'ai cédé à ce que j'ai " cru mon devoir. Vous savez tous, Messieurs, ce que « c'est que la voix du devoir, ce qu'elle a d'impérieux « et d'irrésistible, et vous ne vous étonnerez pas de Cl m'avoir vu lui obéir. Je n'ai pas voulu parler aux " passions ni aux partis; c'est une langue que je vou- " drais oublier, si je l'avais jamais apprise. Témoin de " ces luttes intestines, de ces scènes violentes, qui dé- " chirent depuis longtemps mon pays et qui fondent des ■ « camps ennemis sur une terre commune, j'appelle de | " tous mes vœux le terme de ces dissensions funestes; «' je n'espère pas que ma voix affaiblie se fasse enten- « dre souvent au milieu du bruit des orages; mais je « veux être absous par ma conscience du mal que je « n'aurais pu empêcher. «

Quelques mois plus lard, M. de Martignac était mort; il avait vécu assez pour monlrer aux hommes d'extrême droite que si les royalistes modérés sont les seuls qui puissent servir utilement le roi sur le trône, ils sont aussi les seuls qui puissent avec autorité le défendre dans le malheur.

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