PARIS ET LA CONSTITIJAXTE
ses sont apposées sur la porte même de la salle des séances. On crie : « Vivent les bons députés! que les autres prennent garde à eux ! ^i Les plus infimes clubs des faubourgs rédigent des adresses qu'ils signent a le Peuple i> . On organise des pétitions monstres. Les journaux annoncent que a le peuple souverain va se lever , apparaître dans sa force et sa majesté et signifier ses ordres à ses mandataires ^5 . Enfin le rendez-vous décisif est donné pour le 17 juillet au Champ de Mars. C'est aller trop loin ; l'assemblée est encore de force à se défendre: elle exige de la municipalité des mesures vigoureuses, et quelques coups de fusil suffisent à La Fayette pour écraser, dans le Champ de Mars, ce commencement d'émeute. Il semble que la victoire soit aussi complète qu'elle a été facile. Les meneurs terrifiés se cachent. Madame Roland retourne à Lyon, désespérée. Les Jacobins signent une adresse où ils protestent de « leur respect pour rassemblée ^5. La Constituante a-t-elle donc retrouvé sa liberté, sa dignité, sa prépondérance ? Rien ne montre mieux à quel point tout est irrémédiablement compromis par le séjour dans Paris, que la rapidité avec laquelle disparaissent les fruits de cette victoire, au premier abord si décisive. La populace n'est pas longtemps à se remettre de sa panique et de sa déroute. Au bout de quelques semaines, Robespierre, naguère fugitif, est plus arrogant que jamais et, aux acclamations des tribunes, il notifie à rassemblée les arrêts rendus la veille au soir par le club des Jacobins. Pendant ce temps, le vainqueur de l'émeute de juillet, l'ancienne idole de Paris, La Fayette, voit s'évanouir toute sa popularité; la presse imagine, pour le rendre odieux, la légende du a massacre du Champ de Mars » , et la conséquence la
plus manifeste de cette répression est Timpossibilité de la recommencer.
Que serait-ce si, de l'assemblée, qui n'a pas encore perdu entièrement son prestige révolutionnaire, on tournait ses regards vers les Tuileries ? Ici l'oppression est assez manifeste pour qu'il soit superflu de s'y arrêter. Déjà, avant Varennes, la royauté était à ce point prisonnière de la population parisienne, qu'elle n'existait réellement plus. En 1791, lors des fêles de Pâques, Louis XVI avait voulu se rendre quelques jours à Saint- Cloud pour ne pas être contraint de s'adresser à un prêtre assermenté. Le peuple s'était jeté sur les rênes de ses chevaux ; la garde nationale, appelée pour réprimer l'émeute, avait refusé d'obéir, et La Fayette, malgré ses efforts, n'avait pu frayer le chemin au roi. On sait comment, quelques semaines plus tard, Paris devait ressaisir son royal captif, fuyant déguisé sur la route de Montmédy.
De tels faits ne pouvaient que confirmer dans leur opinion ceux qui avaient pressenti les suites du 6 octobre. On sait comment, dès le 7, Alirabeau a été trouver M. de la Alarck, lui annonçant qu'il préparait un plan pour faire sortir le roi de Paris. Il s'est mis aussitôt à l'œuvre. Dans les mémoires qu'il fait transmettre à la cour, vers la fin de 1789, en 1790, au commencement de 1791, il revient sans cesse à la même idée : le roi ni rassemblée ne sont libres à Paris ; il faut qu'ils se retirent à Rouen. C'est le dernier mot de toutes les combinaisons qu'il propose pour sauver la royauté et la révolution. Parle-t-il du lieu où devrait être convoquée la nouvelle Chambre, il insiste pour « qu'on exclue formelleinent la ville de Paris, dont la funeste influence a