‹ Royalistes & républicainsChapitre 58 sur 86 · PARIS ET LA COASTITUAIVTE · texte numérisé non relu

PARIS ET LA COASTITUAIVTE

causé la déviation des principes de la première Assemblée nationale v . Enfin il trace de Paris ce portrait terrible : « Jamais autant d'éléments combustibles et de matières inflammables ne furent rassemblés dans un seul foyer. Cent folliculaires dont la seule ressource est le désordre ; une multitude d'étrangers indépendants qui soufflent la discorde dans tous les lieux publics ; tous les ennemis de Tancienne cour; une immense populace accoutumée depuis une année à des excès et à des crimes ; une foule de grands propriétaires qui n'osent pas se montrer parce quMls ont trop à perdre ; la réunion de tous les auteurs de la Révolution et de ses principaux agents ; dans les basses classes, la lie de la nation ; dans les classes les plus élevées, ce qu'elle a de plus corrompu, voilà ce qu'est Paris. Cette ville connaît toute sa force; elle l'a exercée tour à tour sur l'armée, sur le roi, sur les ministres, sur l'assemblée; elle l'exerce sur chaque député individuellement; elle ote aux uns le pouvoir d'agir, aux autres le pouvoir de se rétracter, et une foule de décrets n'ont été que le fruit de son influence... Il est certain que Paris sera la dernière ville du royaume où l'on remettra la paix; il faut donc désirer que la seconde législature soit placée dans une ville où son indépendance et la liberté du roi soient mieux assurées. "

A mesure que les événements se développent, ne justifiant que trop ses pressentiments, l'avertissement de Mirabeau est pins ému, son conseil plus pressant. L'ardeur de sa conviction, l'imminence du péril donnent même à sa parole comme un accent de menace et de colère ; mais conseils et reproches se succèdent sans résultat. Vainement Mirabeau dit-il avec désespoir au comte

de la Marck, en parlant du roi et de la reine : a A quoi donc pensent ces gens-là ? Ils ne comprennent pas les dangers de leur position : ils battront le pavé de leurs cadavres. ^^ — ^ Oui, répète-t-il sans cesse comme un terrible refrain, je vous le dis, on battra leurs cadavres. « Le gouvernement ne veut ou ne peut suivre ces conseils, et Paris domine de plus en plus. Mirabeau meurt le 2 avril 1791 ; prévoyant que nul n'aura après lui la force qu'il croyait avoii' de redresser la Révolution en arracbant le roi et l'assemblée à Paris, il s'écrie sur son lit de mort : a J'emporte avec moi le deuil de la monarchie ; après ma mort les factieux s'en disputeront les lambeaux. iî

La Constituante ne survit que peu de mois à son grand orateur. Les hommes de 89, les réformateurs des états généraux sont définitivement vaincus par le peuple de Paris. Ne comptant plus guère aux séances de l'assemblée que deux cents membres sur douze cents, ils accueillent avec empressement la proposition de se dissoudre. Leur dernier acte est un décret essayant d'opposer quelques vaines barrières aux usurpations des clubs parisiens. Ce décret semble un témoignage impuissant, mais instructif, de leur préoccupation suprême, une solennelle dénonciation du mal dont ils souffrent depuis le 6 octobre, sous lequel ils ont fini par succomber, et qu'ils prévoient plus redoutable encore pour leurs successeurs. Ils se dispersent après l'avoir rendu, aussi las et découragés qu'ils avaient été confiants et fiers à leurs débuts.

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