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PARIS ET LA LÉGISLATIVE

Sous la Législative, la domination de la capitale est encore plus manifeste et en quelque sorte plus impudente. Les deux tiers de la nouvelle assemblée sont modérés. Cependant, dès le début, c'est la minorité girondine qui domine par son alliance avec les clubs et avec la rue. Dans les agitations qui troublent journellement Paris à cette époque, il est facile de trouver la main des Girondins. Ceux-ci s'occupent avec prévoyance d'armer de piques la populace qui ne fait pas partie de la garde nationale ; ils obtiennent qu'on licencie la garde constitutionnelle, dernière défense du roi prisonnier. Ils se vanteront d'ailleurs plus tard de cette complicité avec l'émeute. Quelques-uns d'entre eux se livrent avec une sorte de candeur à cette œuvre ténébreuse. Madame Roland raconte que, dans une réunion où l'on parlait des moyens de résister à la cour, Chabot exprimait avec exaltation le vœu que celle-ci provoquât Témotion populaire, en attentant aux jours de quelque député patriote. Un Girondin, Grangeneuve, qui a écouté Chabot sans mot dire, saisit le premier instant de lui parler en secret : u J'ai été, lui dit-il, frappé de vos raisons : elles sont excellentes. Mais la cour est trop habile pour nous fournir jamais un tel expédient ; il faut y suppléer. Trouvez des hommes pour faire le coup : je me dévoue pour être la victime. — Quoi ! vous voulez ?... — Sans doute; qu'y a-t-il de si difficile? Ma vie n'est pas fort utile. — Ab ! mon ami, vous ne serez pas seul, s'écrie

Chabot : je veux partager cette gloire avec vous. — Comme vous voudrez : un, c'est assez; deux peuvent mieux faire encore. '' Chabot se charge de tout préparer. Le jour fixé, Grangeneuve fait son testament, et va au lieu du rendez-vous. Il passe et repasse sans voir ni Ciiabot ni les assassins. Madame Roland, en racontant cette machination, ne paraît y voir que Théroïsme de Grangeneuve et la couardise de Chabot.

La Législative n'avait d'ailleurs rien de ce prestige qui n'avait jamais complètement abandonné la Constituante, it Elle avait accoutumé, dit M. Quinet, de délibérer au milieu des huées. " Presque chaque jour, les députés de la droite faisaient entendre de vaines plaintes contre les violences des tribunes. Les assistants en vinrent une fois à jeter des pommes à la figure de Brissot, ordinairement leur favori, mais que ce jour-là ils accusaient de trahison, a II était gênant pour les royalistes, écrivait un journaliste de l'extrême gauche, d'avoir à droite des places attitrées; ils étaient trop en évidence, on les huait même avant qu'ils ouvrissent la bouche ; ils étaient jugés au premier pas qu'ils faisaient en entrant, et cela chaque jour : les tribunes étaient inexorables. « La minorité encourageait ces violences; elle reprochait à ceux qui se plaignaient a d'oublier le respect dii au peuple, leur souverain et leur juge ". — u II est utile autant que juste, écrivait Condorcet dans son journal, que les citoyens ne perdent pas l'habitude de témoigner en présence de l'assemblée fimpression de joie ou d'inquiétude qu'ils reçoivent de ses lois. » La Législative employait d'ailleurs une bonne partie de ses séances à recevoir et à faire défiler devant elle les députations des sociétés populaires, les pétitionnaires parfois armés. Il

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