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PARIS ET LES ELECTIOIVS A LA COM'EXTION

VOUS remercie, disait-il, ce n'est pas le ministre de la justice, c'est le ministre du peuple. ))

Il imporle surtout de noter le mobile électoral de cette terreur répandue par Paris sur la France. Les commissaires font exclure une partie des votants, désignent des candidats aux électeurs réunis, répètent partout et que les mauvais députés ne seront pas acceptés, et qu'on saura se défaire de ceux qui ne marcheront pas dans le sens de la Commune v . Léonard Bourdon écrit d'Orléans à ses amis de la capitale : " \ous avons tout mis en œuvre pour exciter le patriotisme des citoyens et élever le peuple d'Orléans à la hauteur du peuple de Paris. ^5 A Reims, les massacreurs venus de Paris se rendent, au sortir des prisons, tout dégouttants de sang, dans l'assemblée électorale et la forcent à choisir Armonville et Drouet. Hesse écrit à Danton après les égorgements qui ont ensanglanté Lyon : c La catastrophe d 'avant-hier met les aristocrates en fuite et nous assure la majorité à Lyon. 5) Toutefois, malgré tant d'efforts et d'audace, il apparaît partout que la population n'est pas avec les commissaires. Elle les regarde faire, stupéfaite, effrayée, parfois même courroucée et menaçante, puis se hâte, après leur départ, d'effacer toute trace de leur passage. En plusieurs endroits, à Auxerre, à Angers, à Lisieux, à Bernay, à Rouen, à Perpignan, les commissaires sont chassés ou même arrêtés et menacés de la potence par le peuple indigné. On s'aperçoit d'ailleurs de l'état de l'opinion au résultat des élections : bien que tous les partisans du régime détruit le 10 août soient exclus ou s'abstiennent, intimidés par tant de violences et découragés par tant de déceptions, bien que les candidats honnêtes fassent dé-

faut, et que les électeurs soient obligés de choisir un peu au hasard parmi les personnages qui ont acquis quelque notoriété révolutionnaire, cependant l'immense majorité des élus est hostile à la démagogie parisienne.

C'est un échec pour les meneurs de la capitale. Ils s'en aperçoivent dès le premier jour : a S'il nous restait plus de temps, écrit le rédacteur des Révolutions de Paris^ il faudrait faire reviser tous les choix par le peuple. -5 — " Tout ce peuple de France est contre nous, dit Robespierre le jeune à la tribune des Jacobins, noire unique espoir repose sur les citoyens de Paris. y> Et un autre Jacobin, Défieux, ajoute ces aveux, plus instructifs encore : et Frères et amis, ne vous fiez pas trop à celte dernière espérance; il n'est que trop certain qu'à Paris même, nous aurions le dessous aux élections, si le scrutin était secret. « Quant à Alarat, il écrit : i. Partout l'intrigue, la séduction, la corruption ont triomphé dans les assemblées électorales... Qu'y a-t-il à espérer de cette écume des deux assemblées précédentes? 55

La Législative, qui s'éteignait dans l'impuissance et l'ignominie, retrouve quelque vie à la nouvelle de ces élections. Vergniaud, silencieux depuis plusieurs semaines, remonte à la tribune et dénonce la tyrannie de la Commune. La préoccupation suprême de la Constituante avait été de protéger ses successeurs contre les usurpations des clubs parisiens. Le danger que Paris fait courir à la représentation nationale est aussi la dernière pensée de la Législative. Le 20 septembre, à la veille de céder la place à la Convention, elle rend un décret ^^ pour le rétahlis sèment de l'ordre et la sûreté individuelle des citoyens dans la ville de Paris ^ , Dis-

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solution et réélection régulière de la Commune, répression des arrestations arbitraires, exclusion des aventuriers étrangers, précautions contre la garde nationale, et suppression de toute autre troupe parisienne, tels sont les objets divers du décret. Le dernier article porte : « Dans les villes où le Corps législatif tiendra ses séanceSj, Tordre pour faire sonner le tocsin et tirer le canon d'alarme ne pourra être donné sans un décret du Corps législatif. ^ La contra\/ention est punie de mort. On remarqua cette formule qui supposait que le Corps législatif pouvait tenir ses séances ailleurs qu'à Paris. Cette idée commençait, en effet, à germer parmi les Girondins. Pétion etGensonné avaient parlé à la tribune de cette translation. Madame Roland y songeait aussi, et, au milieu même des massacres de septembre, elle écrivait à un de ses amis : « Washington fit bien déplacer lé congrès, et ce n'était pas par peur. "

Mais il n'y avait encore là qu'une aspiration vague, et, tant qu'elle ne prenait pas corps, les démagogues parisiens pouvaient se rire des impuissantes mesures dirigées contre eux et décrétées in extremis par l'assemblée. La perspective d'avoir encore sous leur main la future Convention leur donnait la certitude de pouvoir se venger sur les élus de Tindépendance des électeurs. Avec son cynisme habituel, Marat ne se gênait pas pour tracer alors publiquement dans son journal le plan de cette revanche de Paris contre la France : c Entourez, disait-il, ces nouveaux députés d'un nombreux auditoire, et livrez-les au glaive de la justice, à la première violation de leur devoir... Il importe que la Convention nationale soit sans cesse sous les yeux du peuple, afin qu'il puisse la lapider si elle oublie ses devoirs. " L'his-

toire des premiers temps de la Convenlion ne sera que Texécution du plan de Marat.

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