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PARIS ET LES GIROMUIXS

nous sommes en minorité dans l'Assemblée ; nous n'avons pour nous qu'un tas de gueux qui ne sont patriotes que quand ils sont soûls; nous sommes un tas d'ignorants; Marat n'est qu'un aboyeur; Legendre n'est bon qu'à dépecer sa viande. Nous sommes bien inférieurs aux Girondins... Il faut marcber sur eux. Ce sont de beaux parleurs, qui délibèrent et qui tâtonnent; nous avons plus d'audace qu'eux, et la canaille est à nos ordres, v

Suivez le grand drame de cette époque, le procès de Louis XII, où les Girondins ont trouvé plus que la défaite, le déshonneur; c'est l'œuvre de la populace parisienne ameutée et dirigée par les Jacobins et par la Commune. La majorité de l'assemblée, par justice, par pitié ou par politique, répugne à la mort du Roi. En France, l'opinion même révolutionnaire ne la demande pas. Mais Paris, ou du moins ceux qui parlent en son nom, la veulent. Il serait facile de montrer, à chaque phase de cette tragédie, la rue intervenant pour exciter ou pour intimider les députés. Les Girondins cherchent des biais, des atermoiements. Les cris des tribunes, les menaces des pétitionnaires et, au besoin, l'émeute des faubourgs les relancent et ne leur laissent aucun répit. Aux séances, sur la place publique, partout, l'assemblée voit se dresser devant elle le commandement et la menace de Paris : « Que Louis Capet soit jugé ! Que quiconque ne condamnera pas Louis ait la tête tranchée! i> Cette sinistre clameur retentit sans cesse aux oreilles des représentants. Marat excite la meute. « Les misérables, écrit-il, ne resteront dans le droit chemin que si la crainte de la vengeance du peuple les y maintient... Rassemblez-vous autour de moi.^i Faut-il rappeler cette

lugubre séance de nuit du 16 janvier, où chaque député monte à la tribune pour prononcer son verdict? On entrevoit, dans Tombre des galeries, la tourbe des sansculottes armés et des u tricoteuses ^^ , buvant, fumant et poussant, à travers la salle mal éclairée, des hurlements de menace toutes les fois qu'il y a un vote en faveur de la clémence. A cet aspect, combien de consciences succombent, que de représentants, une fois à la tribune, n'osent pas braver le monstre! Vergniaud lui-même, qui, la veille encore, a témoigné son horreur pour une condamnation, se trouble, défaille et dit : « La mort! « — et Mon Dieu, avouera plus tard Tun des régicides devenu grand fonctionnaire de l'empire, je regardais Louis XVI comme innocent, mais pouvais-je me laisser maltraiter comme traître à la patrie ? " Aussi Robespierre fait-il, trois mois plus tard, en pleine Convention, cet aveu : « De quoi a dépendu le châtiment du tyran?... Du courage du peuple, «

Ce qui s'est passé au procès du roi, se reproduit dans toutes les luttes soutenues par les Girondins; dans toutes ils sont vaincus, bien qu'ils aient pour eux au moins les deux tiers des représentants, et vaincus seulement par Paris. Aucun outrage n'est épargné à la représentation nationale. Marat, presque désavoué par Robespierre et Danton, mis en accusation par la majorité, est acquitté par le tribunal révolutionnaire de Paris et rapporté en triomphe par la foule, hissé sur un fauteuil. La Convention doit subir, en pleine salle des séances, le défilé du hideux cortège, la joie, les hurlements de la populace, le discours du sapeur Rocher, et jusqu'à la modération dédaigneuse avec laquelle Marat affecte de ne pas user complètement de sa victoire.

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