PARIS ET LES GIRONDIIVS
Les armes de Paris contre l'assemblée, nous les connaissons; ce sont toujours les mêmes, celles qui avaient déjà réussi sous la Constituante et sous la Législative, seulement avec un degré de plus dans la violence. Les représentants qui ont subi à cette époque les insultes, les menaces des tribunes et des députations, ne pourront les oublier et n'en parleront plus qu'avec un mélange de dégoût et de terreur, a On avait été chercher, — a dit Tun des plus vaillants parmi les Girondins, Bnzot, — dans les dégorgeoirs de Paris, ce qu'il y avait de plus infect. ^5 II semble, à l'accent de Buzot, qu'il voie encore " ces figures terreuses, noires ou couleur de cuivre, surmontées d'une grosse touffe de cheveux gras avec des yeux enfoncés à mi-tête « , qu'il entende encore « leurs cris de bêtes carnassières v . — a Quand tout cela, ajoute-t-il, avec les mains, les pieds, la voix, faisait un horrible tintamarre, on se serait cru dans une assemblée du diable, « Les députés réclamentils leur liberté, la Montagne les raille, a Ils n'ont été que trop libres pour faire le mal 55 , s'écrie Robespierre le jeune. Du reste, le peuple de Paris a un argument suprême qu'il répète avec une toute-puissante monotonie. C'est la menace d'une insurrection. N'a-t-oh pas établi que Paris avait « la représentation du droit insurrectionnel » de la France? A cette époque, l'émeute est en quelque sorte permanente, dirigée tantôt contre la bourgeoisie, tantôt directement contre la Convention elle-même. Plusieurs fois, avant le 31 mai, l'attentat qui devait être consommé dans ce jour a été prémédité et même commencé en partie. Plusieurs fois les sections se sont déclarées en état d'insurrection, le tocsin a sonné, la motion a été faite de fermer les barrières, les
cris de mort ont retenti, et les bandes se sont formées aux portes de l'assemblée.
Ce n'est plus l'émeute spontanée, imprévoyante et imprévue des premiers temps de la Révolution, c'est Témeute officiellement et publiquement organisée. La Commune en tient tous les fils. D'elle part le mot d'ordre chaque fois qu'il lui importe d'enlever un vote ou de parer une attaque. Elle suspend le mouvement quand le but est atteint ou quand il est plus prudent d'ajourner. L'armée permanente de l'insurrection est d'ailleurs administrativement constituée; elle a sa solde et ses cadres. Elle date des massacres de septembre. Le peuple appelle ces soldats les « Tape-dur », On saisit tous les prétextes d'en augmenter le nombre. Au printemps de 1793, la Commune décrète une levée de 12,000 bommes cboisis par les comités révolutionnaires pour aller, diton, combattre la Vendée. Us serviront en attendant pour le coup du 31 mai. En même temps on désorganise la garde nationale; on en dégoûte les bourgeois par mille vexations, ou on les désarme comme suspects. Toute armée insurrectionnelle à Paris veut avoir des canons; nous savons ce qu'il en coûte de les lui laisser prendre. Un parc de 120 bouches à feu avait été formé près de la ville en vue de la guerre. La Commune demande ces canons pour les sections, et Pache, alors ministre de la guerre, les lui livre. Il ne manque plus que de faire payer cette armée par la représentation nationale, contre laquelle elle est dirigée. C'est ce qu'obtient la Commune; elle arrache à la Convention subsides sur subsides. La majorité, effrayée de voir tant de millions engouffrés en peu de mois à l'Hôtel de ville, prétend-elle suspendre ses générosités, aussitôt une émeute éclate, les boutiques