PARIS ET LES GIRONDIKS
sont pillées et Tordre ne se rétablit qu'avec une allocation de nouveaux subsides. L'assemblée intimidée va plus loin encore dans ses concessions, quand elle vote sur la proposition de Danton « qu'il sera formé une garde populaire » , ou, comme dit Lacroix, « une armée de sansculottes dont les frais seront supportés par les riches w . Le même Danton complétera la mesure en faisant décréter, quelques semaines plus tard, la solde de 40 sous par jour pour les patriotes qui fréquentent les sections.
Les Girondins ont vite compris par leurs échecs mêmes que le péril était dans le séjour de l'assemblée à Paris. Lassource disait dans la séance du 25 septembre : tt Je ne veux pas que Paris, dirigé par des intrigants, devienne dans l'empire français ce que fut Rome dans l'empire romain. Il faut que Paris soit réduit à un quatre-vingt-troisième d'influence comme chacun des autres départements. Jamais je ne ploierai sous son joug. " — « Croit-on, s'écriait Buzot, que nous puissions devenir les esclaves de certains députés de Paris? » Les Girondins essayent alors de parer au danger en proposant pour la Convention une garde de 3,000 hommes tirés des départements. Mais ils ne savent même pas pousser leur proposition assez vigoureusement pour la faire discuter. Peut-être d'ailleurs ne se dissimulaientils pas l'insuffisance du remède en voyant ce que sont devenus les fédérés de certaines provinces, appelés à Paris pour protéger l'Assemblée? Au bout de peu de temps, entourés, courtisés, gangrenés, ces fédérés fraternisaient avec les bandes de la Commune. Aussi les Girondins sentent-ils chaque jour plus vivement qu'un seul remède serait sérieux, celui qui avait apparu aussi
à Mirabeau, à Barnave, à la Fayette, celui que madame Roland avait entrevu lors des massacres de septembre : transférer le siège du gouvernement hors de Paris. Ils regrettent que cette condition n'ait pas été imposée aux députés par les assemblées électorales : « Si, lors des élections, écrit Buzot, on eût connu au vrai l'état de Paris, la France était sauvée. Jamais la Convention n'eût tenu ses séances en un pareil endroit. » Quelques semaines avant le 31 mai, comme les tribunes, plus violentes que jamais, empêchent Ducos de parler, Guadet s'élance : « Citoyens, dit-il, il est temps de faire cesser celte lutte entre la nation entière et une poignée de contre-révolutionnaires déguisés sous le nom de patriotes... Eh bien! je vais faire une proposition qui révoltera sans doute tous ceux qui n'ont pas dans le cœur l'amour de la république et de la liberté, je demande que la Convention décrète qu'elle tiendra lundi sa séance à Versailles. » Cette proposition inattendue soulève les applaudissements de la droite. La gauche et les tribunes y répondent par un vacarme tel, que le président doit se couvrir. Quelques jours plus tard, Mazuyer demande la convocation à Tours ou à Bourges des suppléants de la Convention. Enfin Buzot dit dans une autre séance : « Il est impossible que Paris, s'il demeure organisé ainsi qu'il l'est aujourd'hui, soit longtemps le séjour du Corps législatif. . . Souvenez-vous qu'un Etat, qui nous sert d'exemple en matière de liberté, a fait bâtir une ville exprès pour être dépositaire de la représentation nationale. 5)
Mais les Girondins sont plus hardis à lancer ces idées dans une improvisation de tribune ou même, comme Isnard, à éclater en virulentes imprécations contre Paris,