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L'EMEUTE DU PARIS CONSERVATEUR

après leur victoire, continuer à leur profit le gouvernement révolutionnaire. Mais l'opinion, de son côté, a cru la Terreur finie, et il s'est produit alors un tel soupir de soulagement, une telle explosion de pitié pour les victimes et d'horreur pour les bourreaux, une telle aspiration vers un régime où la peur et la mort ne glaceraient plus tous les cœurs, que les Thermidoriens surpris sont obligés, malgré eux, de mettre la clémence et la justice à Tordre du jour. En tête de ce mouvement de réaction est la bourgeoisie parisienne. Les hommes de plaisir s*éveillent les premiers, jeunes gens, acteurs, hommes de lettres, femmes, qui ont assez des mornes et étouffantes années de la Terreur. L'ennui est encore ce que l'on fait supporter le plus difficilement à Paris. C'est au théâtre que l'agitation réactionnaire se manifeste d'abord, et le premier souci de cette population débarrassée de Robespierre est d'ouvrir partout des bals. Au bout de quelques mois, il y en a plus de dix-huit cents.

Le mal révolutionnaire a pénétré à ce point Paris, que les modérés copient les violents; pour ramener la Convention à des idées de clémence et de justice, on emploie presque les mêmes moyens que naguère pour la pousser dans les voies démagogiques. Des femmes et des jeunes gens remplissent les tribunes désertées par les sansculottes, huent les députés montagnards et étouffent leur voix. Cl JVous devînmes à notre tour, — rapporte un écrivain royaliste, Lacretelle, — le peuple des tribunes, c'est-à-dire ce qu'on appelait le peuple souverain, un public dictateur à tous les théâtres, les oracles de tous les cafés, les orateurs de toutes les sections et les étranges magistrats de l'opinion publique; nous nous étions

donné sans façon ce titre si pompeux. ^5 Les pétitionnaires réclament impérieusement à la barre, toujours u au nom de peuple )- , non-seulement le châtiment légal, mais la proscription sommaire des députés montagnards, a Frappez, disent les adresses, la terre est impatiente de s'abreuver du sang des tigres qui l'ont si souvent rougie du sang innocent. 15 Des cris de vengeance accompagnent au tribunal Carrier, Fouquier-Tinville, accusés à leur tour. Les jurés dont les verdicts paraissent indulgents sont insultés. Dans la rue, on lit, au milieu d'attroupements menaçants, lesphilippiques des journaux réactionnaires. Au théâtre, on siffle la Marseillaise jouée par ordre, on exige le chant interdit du Réveil du peuple, on fait de petites émeutes pour briser les bustes de Alarat, dont le gouvernement s'obstine à vouloir souiller les regards du public. Les jeunes muscadins, portant u un habit à la victime ^> , une grosse canne plombée à la main, maltraitent les bonnets rouges obstinés, fouettent les tricoteuses, emportent d'assaut le club des Jacobins et rouent de coups les sans-culottes qu'ils y trouvent. Paris peut changer d'opinion, il ne change pas de procédés, et le quartier général de cette agitation réactionnaire est toujours ce Palais -Royal, à la fois tripot, lupanar et forum, d'où était parti, en 1789, le signal de toutes les insurrections. La Convention, déconcertée par ce mouvement de la bourgeoisie parisienne , est contrainte d'y céder, mais ne le fait que pas à pas et à regret. Le mouvement devient bientôt plus violent. L'assemblée, se sentant débordée, ose obliger, par une prescription additionnelle à la Constitution , le corps électoral à choisir les deux tiers des nouveaux députés parmi les membres de la Convention , et la province,

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