‹ Royer-CollardChapitre 15 sur 26 · LA CHAMIJIU: I\TH()L:VAI{LK · texte numérisé non relu

LA CHAMIJIU: I\TH()L:VAI{LK

vable, et ce jour-là il a parlé, au nom de la raison d'Etat et de la sagesse politique, aux assemblées délibérantes, aux pouvoirs publics de tous les pays et de tous les temps; « l'une s'accorde comme l'autre s'exerce dans l'intérêt de la société. La nécessité de punir cesse avec l'utilité de le faire; il ne s'agit donc point, en matière d'amnistie, d'examiner s'il

échappe môme de grands coupables Ce n'est pas

le nombre des supplices qui sauve les empires. L'art de gouverner les hommes est plus difficile, et la gloire s'y acquiert à un plus haut prix. Xous aurons assez puni, si nous sommes sages et habiles; jamais assez, si nous ne le sommes pas. )> Pour Royer- CoUard, toute mesure de grâce et d'amnistie comme toute justice émanait du roi; il contestait à la Commission de la Chambre le droit de dénaturer un acte de la prérogative royale sous prétexte de l'amender; il s'élevait contre la prétention d'étendre ou de restreindre, à l'aide de catégories, à de certaines personnes le bénéfice de la clémence royale; il condamnait enfin le rétablissement déguisé dô la confiscation. Sur ce dernier point, il atteignit vraiment à une grandeur tragique, lorsqu'il s'écria : « Si l'on vous proposait de rétablir à l'avenir, pour les crimes d'Etat, la })eine de la confiscation des biens, abolie par la Charte, la Chambre, je n'en doute point, entendrait cette proposition avec effroi. Les confiscations, nous ne l'avons pas oublié, sont l'âme et le nerf des révolutions. Après avoir confisqué parce qu'on a condamné, on condamne pour confisquer; la férocité se rassasie, la cupidité jamais. Les confiscations sont si odieuses que notre Révolution en a rougi,

elle qui n'a rougi de rien ; elle a lâché sa proie, elle a rendu les biens des condamnés. Mais que serait une loi de confiscation rétroactive ? Plusieurs des ])lus grands coupables ont subi la peine capitale. Sont-ils à l'abri de la confiscation? La justice ne permet pas que d'autres en soient frappés. La confiscalion doit-elle les atteindre? Qu'on les fasse donc sortir du tombeau, et qu'on les ramène devant leurs juges, afin qu'ils entendent de leur bouche cette condamnation qui ne leur a pas été prononcée. »

Cette éloquence pathétique, faite d'arguments logiques et de vives impressions, cette raison passionnée, était nouvelle en France. Les assemblées de la Révolution avaient produit de grands orateurs : il était réservé à Royer-Collard de parler une langue que l'on n'avait pas encore entendue : à partir d«ce jour, il domina l'opinion.

Sa politique n'avait pas varié. Il tenait toujours pour la constitution d'une royauté forte, et il le fit bien voir, en parlant sur la loi des élections, lorsqu'il alla jusqu'à nier le caractère représentatif des Chambres en face du roi. Encore une fois, il voulait une chambre plus consultative que gouvernante, et ce n'étaient pas seulement les exagérations des ultra-royalistes de la Chambre introuvable qui l'inquiétaient, c'est surtout l'importation en France des idées anglaises. qui lui paraissait ruiner le principe même du gouvernement. D'après la Charte, ce principe était dans le roi et ne pouvait être qu'en lui, toute constitution d'un pouvoir fort étant à ce prix. 11 avait vu la double dictature de la Convention et de l'empereur Napoléon; ilne voulait ni de l'une ni de l'autre. Quand les assem-

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