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l'inaction. En elle réside aujourd'hui la véritable France; c'est elle qui a reçu la Charte, c'est elle qui la possède; c'est pour elle que vous faites des lois, c'estdans son intérêt seulement qu'il vous est permis de disposer d'un avenir qui n'est j)lus qu'à elle. » A un demi-siècle de distance après l'avènement des classes moyennes, constatant les prodigieux changements que vingt-rin(| ans de pratique du suffrage universel avaient opérés déjà dans la démocratie française, Gambetta annonçait à Grenoble, en 1872, l'avènement au pouvoir des « nouvelles couches sociales « . Ce que Royer-Collard disait de la « nalion nouvelle » de son temps peut et doit se répéter de la démocratie du nôtre. A la place de la Révolution dont parlait le patriarche de la doctrine, mettez la République, et son discours vous paraîtra écrit pour nous. Il ne saurait plus être question de légitimité royale; mais la France veut toujours à sa tète un pouvoir solide, durable, ferme et respecté; l'ordre n'a pas cessé d'être le premier de ses besoins, et si elle tient plus que jamais à la liberté de tous, c'est pour arriver, par l'action constante et successive des lois et des mœurs, à une plus grande justice dans la répartition des charges publiques et des avantages sociaux.
Royer-Collard et les Doctrinaires ont été des adversaires résolus de l'ancien régime et de ses privilèges. Ils auraient plutôt cédé quelque chose de la liberté politique que de l'égalité sociale En cela, ils ont été de leur temps et de leur pays. De ces deux passions, si l'on peut ainsi parler, la seconde, l'égalité sociale, a toujours été celle que notre nation a
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préférée: aujourd'hui comme alors, c'est la tendance naturelle de la démocratie française de se refuser à tout classement, à toute hiérarchie, à toute institution qui aurait l'apparence de tenir en échec le principe de l'égalité. Par là Royer-Gollard, en dé|)it de ses prétentions à rejeter toute attache avec le parti de la Révolution, s y trouvait relié ^ Dans les derniers jours de sa vie, après tant de mécomptes et de tristesses, quand il était dominé par son humeur «hagrine. il affectait de mépriser la démocratie, qu'il appelait une puissance « aventureuse et banqueroutière :». Il oubliait les paroles, inspirées des plus nobles sentiments de solidarité sociale, qu'il avait prononcées en réponse à M. de Serre, s'é criant avec une sorte d'effroi : « La démocratie coule à pleins bords 2! );
« A mon tour dit-il, ju^enant, comme je le dois, la démocratie dans une acception purement politique,
1. C'est là ce qui a lait écrire à M. de Moutlosier : c J'ui 1111 portrait de labbé de Saint-Pierre avec ces mots écrits au bas : Paix perpétuelle. Je veux avoir un portrait de M. Royei-- Collard, et j'écrirai ces mots au-dessous : Rcrolution perpétuelle. »
'1. Ce n'est pas dans un discours de M. de Serre que se trouve cette parole ^i souvent citée: c est dans l'exposé des motifs du projet de loi sur la presse, qui fut proposé, après lassassinat du duc de Berry, par M. de Serre, garde des sceaux dans le second ministère du duc de Richelieu, et qui ne vint en discussion que sous le ministère de M. de Yillèle, longtemps après la rupture de Royer-Collard avec son ami M. de Serre : « La démocratie, était-il dit dans cet exposé, est chez nous partout pleine de sève et d'énergie: elle est dans l'industrie, dans la propriété, dans les lois, dans les souvenirs, dans les hommes, dans les choses. Le torrent coule à pleins bords dans de faibles dignes qui le contiennent à peine, y
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etcoaiiue opposée ou seulement couiparée à Tarislocratie, je conviens que la démocratie coule à pleins bords dans la France, telle que les siècles elles événements l'ont faite. Il est vrai que, dès longtemps, l'industrie et la propriété ne cessant de féconder, d'accroître, d'élever les classes moyennes, elles se sont si fort ajiprochées des classes supérieures que, pour a|)ercevoir encoi*e celles-ci au-dessus de leurs têtes, il leur faudrait beaucoup descendre. La richesse a amené le loisir; le loisir a donné les lumières; rind*^pendance a fait naître le patriotisme. Les classes moyennes ont abordé les affaires j)ubliques; elles ne se sentent coupables ni de curiosité ni de hardiesse d'esprit pour s'en occuper; elles savent que ce sont leurs affaires. Voilà notre démocratie, telle que je la vois et la conçois; oui, elle coule à j)leins bords, dans celte belle France, plus que jamais favorisée du ciel. Que d'autres s'en affligent ou s'en courroucent : |^our moi, je rends grâce à la Providence de ce qu'elle a appelé aux; bienfaits do la civilisation un })lus grand nombre de ses créatures. »
Où trouver un plus beau langage et qui ait jamais traduit de plus nobles sentiments? Ce ne sont j^as là des théories, ce n'est pas de la Doctrine. C'est l'àme même de la démocratie française, telle que Ta faite le génie de notre race, génie fait à son tour de bon sens, d'abnégation pour soi-même et de dévoûment aux fils qui grandissent, génie tout idéaliste qui s'éprend de la gloire, mais qui reste fidèle à la justice. Il n'est |)as, dans notre peuple de travailleurs persévérants et paisibles, un seul père de famille, surtout s'il a de rambilioti pour ses enfanis, qui ne
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comprenne et ratifie les nobles paroles de Royer- CoUard. Cest la politique élevée à la hauteur de la morale, et cette morale est digne de servir de règle à toutes les sociétés humaines.
A force de chercher une ])lace, un rôle entre les partis, il arriva que les Doctrinaires perdirent dans l'opinion publique le point d'appui ferme et résistant dont nul groupe ne saurait se passer. Ils travaillaient à l'éducation politique de la haute bourgeoisie, et ils ne voyaient pas assez le reste de la nation. Comme ils atfectaient de renier la Révolulion française, dont ils acceptaient cependant les conséquences sociales, c'est en vain qu'ils proclamèrent la souveraineté de l'intelligence, ils n'en passèrent pas moins pour des contre-révolutionnaires. « Les hobereaux du côté droit de la Chambre étaient contre-révolutionnaires avec ignorance, platitude et bêtise, écrit Armand Marrast dans une fine et pénétrante étude sur la presse au temps de la Restauration; les Doctrinaires furent contre-révolutionnaires avec savoir, subtilité et rouerie. » Les premiers remontaient à Louis XI V^ et à saint Louis; les autres traversaient la Manche pour chercher des exemples et des précédents politiques. Comme le régime parlementaire était chez nous un article d'importation, ils crurent hien faire en l'étudiant au pavs d'origine. R.oyer-Collard subit plutôt qu'il ne partagea cet engoûment. Sa conception du pouvoir roval était l)ien mieux dans la tradition et selon le tempérament de la France, que la royauté impeccable mais impuissante de l'Angleterre: et l'on a toutes raison« de croire que ce n'est pas lui qui
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encouragea ses amis à comparer sans cesse la Révolution de France à la Révolution d'Angleterre, pour donner la préférence aux institutions britanniques. La R.évolution d'Angleterre procède directement de la Réforme. Elle est fondée sur les principes de la liberté de conscience et de l'indépendance personnelle. Dans l'esprit de cette Révolution, l'individualité est tout. Tout part d'elle, et tout revient y aboutir. La notion môme du droit d'autrui,à plus forte raison celles de la fraternité, de la solidarité sociales, lui demeurent étrangères, et le droit n'existant que dans l'individu, il naît de la faculté de s'exercer. C'est, à proprement parler, toute la théorie doctrinaire, celle même que Royer-Collard a exposée du haut de la tribune française dans la discussion de la célèbre loi électorale de 1817, qui a fondé sur le cens, c'est-à-dire sur la présomption de la capacité que donne la fortune, le pays légal, à l'exclusion des masses profondes de la nation. En Angleterre, après les luttes soutenues contre le pouvoir monarchique des Tudors et des Stuarts, il s'était rencontré une aristocratie en état de comprendre cette conception politique et d'exercer le pouvoir en vertu de cette théorie. Cette aristocratie s'adjugea le gouvernement; elle a réussi à le garder depuis des siècles, grâce à la précaution qu'elle a su prendre de se renouveler et de se retremper dans la nation par des adjonctions successives , grâce surtout à cet admirable esprit de concession et de transaction qui fait qu'en Angleterre les libéraux progressistes se donnent pour tâche de pousser aux réformes, tandis que les conservateurs mettent leur honneur
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politique a les appliquer, dès qu'elles sont mûres et acceptées par l'opinion.
La Révolution de France, fille de la philosophie du xviii^ siècle, vient d'une tout autre source. En Ano-leterre, on a tout fondé sur l'individu : en France, sous liniluence toute-puissante de J.-.l. Ptousseau, on a voulu tout établir sur le droit de tous, reconnu et proclamé solennellement. En Angleterre, on visait à la liberté politique : en France, on n'était surtout j)réoccupé que d'égalité sociale. Le principe de cette éo-alité, on crut le découvrir dans la nature et l'on prétendit le consacrer en établissant au-dessus de la société le dogme de la souveraineté de tous, au profit de tous. La Révolut»ion française, qui avait horreur des privilèges, aurait cru déroger et s'abaisser, en reconnaissant l'aristocratie de quelques-uns, même des plus intelligents, alors qu'elle mettait sa gloire à proclamer les droits de tous, à chercher des institutions offrant à tous les mêmes garanties de sécurité, de liberté, de développement intellectuel et de protection de leurs intérêts, et à ne plus reconnaître d'autres distinctions entre les hommes que celles qui résultent du mérite et de la vertu.
Voilà ce que ne comprirent pas les Doctrinaires, et c'est pour avoir trop admiré l'Angleterre qu'ils se sont rendus antipathiques à ceux des Français qui gardaient le culte des ])rincipes et des traditions de 1789 et du xviije siècle. Ils ne parlaient pas assez à la nation et trop à leur clientèle politique. Odilon Barrot lemarque, dans ses Mémoires^ que les mœurs et les habitudes constitutionnelles n'étaient pas assez avancées pour se trouver en harmonie avec de tels
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caractères. « Le vieux levain révolutionnaire, dit-il, dominait trop encore dans notre France; le général Foy, le général Laraarque, Benjamin Constant, par quelques paroles à effet, qui remuaient la fibre révolutionnaire, exerçaient un plus grand ascendant. «
Les Doctrinaires n'ont jamais eu d'inlluence, en dehors de la Chambre, que sur la jeunesse libérale, qui était seule en état de les comprendre et de les suivre: encore ne les suivit-elle pas longtemps; vers la fin de la Restauration, ils ne comptaient déjà plus à ses yeux; d'autres étaient venus, comme M. Thiers, qui se rattachaient directement à la Révolution, et le parti républicain commençait à renaître; la plus grande partie de la jeunesse, ambitieuse de se frayer des voies nouvelles, alla de ce côté.
Joio-nez à toutes les causes de la désaffection rapide du groupe doctrinaire les défauts de caractère et les erreurs de conduite des personnes qui le (.•omj)osaient. On leur reprochait leur morgue hautaine, la raideur de leurs allures dans la vie courante, la gêne où ils mettaient tout le monde par leurs grands airs de philosophes repliés sur euxmêmes et dédaigneux des autres. Un jour, un homme d'esprit s'amusant à les définir laissa échapper ces mots : « Le Doctrinaire est un être abstrait et insolent..., comme il allait continuer : « Assez, lui criat-on ; les voilà parfaitement décrits en quatre mots » . Cette courte définition est en effet restée classique; elle est peut-être injuste, mais elle est demeurée populaire. Les Doctrinaires aimaient à se vanter deleur indépendance, et le fait est que souvent ils se sont montrés des alliés incommodes. Mais on crut
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remarquer que cette indépendance si célébrée voilait une ambition constante et sans scru|)ules. Cette observation ne saurait s'appliquer à Royer-Gollard qui professa toute sa vie le mépris du pouvoir, de ses avantages et de ses jouissances. Peut-être se connaissait-il mieux que personne, et savait-il, après l'expérience de sa présidence du Conseil royal de l'instruction publique, que, fait surtout pour les travaux du philosophe qui écrit ses discours politiques comme des leçons et qui vient les lire à la tribune, il lui était ])lus avantageux de se confiner dans celte tâche que de courir les hasards de la carrière de l'homme d'Etat, obligé de traiter avec les hommes pour les faire servir à ses desseins. Il n'en était que plus embarrassant, car, ne prenant aucune part à l'action, il critiquait sans cesse ; et. pour avoir l'occasion de critiquer, il ne se gênait nullement de changer, sinon de parti, du moins d'opinion, selon les circonstances. Il élevait de plus la mobilité, pour ne pas dire la versatilité de son esprit à la hauteur d'une théorie profonde et majestueuse, usant en cela jusqu'à l'abus des dons de son grand esprit, ce qui a fait dire à Lamartine avec sévérité que, « sophiste honnête, mais grand sophiste, il portait tour à tour le poids de ses doutes dans tout(H- les balances, incapable de conclure, si ce n'est par un blâme, plus incapable encore d'agir, car l'action est la conclusion d'une volonté ».
Rover-Collard avait de lui-même et de ses hautes facultés l'orgueil qu'il était capable de porter. Ses amis les Doctrinaires excitaient l'impatience j)ar leur constance dans la bonne (»[)inion qu'ils avaient
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de leurs aptitudes et de leurs talents. Us se laissaient aller à dire que seuls ils avaient, dans toute la Chambre, la notion vraie de la politique et du gouvernement : c'est un travers d'esprit qu'ils n'ont pas emporté avec eux et que l'on retrouve, après tant d'années écoulées, dans leurs héritiers parlementaires. Rien n'est plus intolérable pour les autres partis qu'une telle prétention. On ne saura jamais le tort qu'elle a fait au Centre gauche et à la cause qu'il a soutenue, à |)resque toutes les époques, et qui a été si souvent la bonne.
On a reproché aux deux Centres de nos assemblées politiques la passion du pouvoir, manifestée surtout par l'avidité des emplois publics. Au temps où les députés étaient fonctionnaires, cette irruption dans les places était particulièrement choquante, parce que les institutions parlementaires étaient faussées dans leur mécanisme. Les njinistres donnaient des emplois aux députés résolus à les soutenir; ils en refusaient à ceux qui avaient l'audace de les combattre : rien n'est plus dangereux ni plus immoral qu'un tel jeu politique. Mais ce n'est pas à l'ambition personnelle des membres de nos Chambres que l'on s'en prend, quand on reproche à la bourgeoisie son amour trop peu contenu des fonctions publiques : les députés des Centres voulaient des places non seulement pour eux, mais pour leurs enfants, leurs parents, leurs amis et leurs électeurs ; ils en veulent encore aujourd'hui comme à l'époque de la Restauration, et le mal social que l'on ai:)pel!e le <■<■ fonctionnarisme » va tous les jours en se développant. C'est la haute bourgeoisie, il faut bien le connaître, qui aino-
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(ulé ce poison à la nation française. Bénéliciaire de la Révolution, elle a un peu trop traité la France en pays conquis: les fonctions |)uljliqnes, comme autrefois les fiefs territoriaux à la noblesse, lui ont paru comme le prix de sa victoire. On se déguisait à soimême sa propre avidité, en se disant que le premier devoir d'un citoyen dévoué à sa patrie est de soutenir son gouvernement: en réalité, on plaçait bien ses enfants et à bon compte, et c'était autant de gagné : pratique détestable, malheureusement trop lidèlenient suivie par tous les partis qui sont arrivés successivement aux affaiies depuis un siècle, dans notre X^^}'*-
Il n'en serait pas moins tout a fait injuste de méconnaître tout ce que le gouvernement du Centre, celui dans lequel les Doctrinaires ont tenu la première place et joué le plus grand rôle, a fait pour établir chez nous la liberté politique, en la faisant reposer sur des institutions et des lois en parfaite harmonie avec ses principes. C'est la gloire de R.oyer-Gollard d avoir démontié ces piincipes à la France; il y a employé toutes les forces de son puissant esprit; il les a revêtus des formes oratoires les plus splendides. Sans j)arîer de ses théories sur la fonction toute spéciale des électeurs, dans la monarchie constitutionnelle de France, qui sont de beaucoup, dans toute son œuvre politique et oratoire, la partie qui a le j^lus vieilli, c'est lui qui a fixé la vérité, pour ainsi dire, sur les conditions nécessaires de la liberté de la presse, en proclanianl que la libre publication des opinions individuelles est non seulement la garantie, mais le j)rincipe même
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do la liberté politique, puisque la presse seule peut former au sein de la nation une opinion générale sur les affaires et les intérêts. C'est encore lui qui a enseigné à la France issue de la Révolution que, dans la répression des crimes et délits commis pai' la voie de la presse, ce n'est pas à des magistrats nommés par le pouvoir, mais à des arbitres pris dans la nation, qu'il appartient de discerner entre l'usage et l'abus qui a été fait par l'écrivain de la liberté à lui reconnue par la loi. (]es arbitres nécessaires, c'est le jury, le vrai, le seul juge en ujatière de presse. lloyer-Collard appelait ainsi la nation à se ])rotéger, à se défendre elle-même ; il pensait en effet, à voir ce qui se passe en Angleterre, qu'il n'y a de peuple vraiment libre que celui qui participe sans relâche au pouvoir judiciaire, comme au pouvoir politique. A cet égard, il était peut-être en avant de son tem|)S, il n'en était pas moins dans la vérité. La célèbre législation sur la presse, édictée sous la Restauration, demeure comme un idéal, dont on cherchera toujours à s'inspirer comme à se rapprocher, toutes les fois que l'on voudra sincèrement la liberté de la presse. Hélas î il y a les abus à côté de la liberté : qui le nie? Il y a aussi les mœurs publiques qui devraient llétrir les abus et les rendre impossibles, avant même que la loi ne les punisse. Qui ne déplore que cette haute et sévère magistrature des mœurs et de la conscience publique ne nous fasse complètement défaut, dans l'état inférieur d'éducation générale où vit jusqu'à présent notre démocratie? Les lois, les institutions, la société politicpie que Royer-Gollard portait dans son cer-
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veau ressemblent à une véritable Salenle, quand on les compare à ce que nous avons sous les yeux : les idées qu'il a défendues, les principes qu'il a j)Osés n'en sont pas moins là, toujours dignes d'être médités et appliqués.
Ce n'est pas à dire que Royer-CoUard ait été, plus que nul autre homme d'Etat, exempt de lautes et de faiblesse. Il cherchait à concilier la légitimité et la Charte, et, pour assurer la domination politique des classes bourgeoises, il visait à les doter d'un système conjplet d'institutions, pour lallermiTasement desquelles un gouvernement solide, assis et durable était nécessaire. Toutefois cette nécessité même ne fut pas bien comprise de Royer-Collard. Il était trop porté, par la nature de son esprit, à rroire que la promulgation majestueuse de certains principes pouvait suffire à tout: il ne se mêlait pas assez aux hommes et aux choses de la politique pratique. Cette abstention systématique indisposait «ontre lui tous ceux qui, dans les Chambres, ont besoin d'être conduits et dirigés, et c'est le grand nombre. Royer-Collard se sentait d'ailleurs plus de goût pour l'opposition que pour le pouvoii' : disposition fâcheuse, quand on a un gouvernement à fonder; elle ne paralyse pas seulement les hommes les mieux doués, mais les partis eux-mêmes, et la démocratie contemporaine, qui en est atteinte, fera bien de la combattre, si elle veut réussir et mener à bonne fin l'œuvre politique et sociale que sa destinée lui imi)Ose. Le baron de Barante a écrit de son illustre ami : « Sans avoir aucune ambition, sans envier la position de ministre, il tenait à conserver