‹ Royer-CollardChapitre 5 sur 26 · DANS LES CONSEILS SECRETS DU PARTI ROYALISTE · texte numérisé non relu

DANS LES CONSEILS SECRETS DU PARTI ROYALISTE

La proscription de Fructidor n'ayant atteint Royer- Gollard que dans son mandat législatif, elle le laissa libre, mais en proie aux plus vifs ressentiments. Il lui sembla que l'ère révolutionnaire qu'il s'était proposé de fermer venait de se rouvrir plus menaçante, et qu'il n'y avait désormais d'autre devoir que de lutter sans relâche contre l'oppression. Il ne s'était jamais prononcé contre la République, mais dej)uis son grand discours sur les cultes il était, qu'il le voulût ou non, du parti de la contre-révolution. C'est une pente raide et glissante que la réaction; on s'y laisse emporter, sans pouvoir se retenir, en cédant à cet esprit dangereux du pessimisme politique, qui ne devrait pas être moins redoutable aux hommes publics que l'esprit de chimère et d'utopie.

Privé de la société de ses plus chers amis, il ne voulut cependant pas revenir à Sompuis où vivaient sa mère et sa sœur; il préféra demeurer quelque temps au moins dans la solitude, à Paris même,

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occupé à repasser dans sa mémoire tout ce qu'il avait vu depuis 1789. Mais quand il eut achevé cette revue d'un passé qui n'était pas long mais si plein d'hommes et de choses, il se trouva en face des mécomptes les plus amers succédant aux espérances les plus généreuses. « On est heureux, disait-il un jour à la Chambre des députés, en 1810, de trouver en soimême les opinions qui semblent destinées à prévaloir ; je n'ai eu ce bonheur à aucune époque de notre longue Révolution. » Gela veut dire que, obéissant à la tendance naturelle qui le portait vers l'opposition sous tous les régimes, il ne se sentait ni la force ni le goût de se rapprocher du pouvoir, pour le prendre et même l'exercer au profit des idées et des intérêts qui lui étaient les plus chers. La nature impérieuse de son intelligence l'empêchait de se contraindre, dans une sereine impartialité, à séparer le droit du fait, à distinguer l'usage de l'abus : il le faut cependant en politique, quand on veut, non pas seulement faire acte de sagesse, mais simplement voir clair dans les événements et les bien juger. Tournant le dos à la Révolution, il pensa que le droit n'était plus avec elle, et il voulut en chercher le principe ailleurs. Le droit, dont il a dit si magnifiquement, dans son beau langage spiritualiste, que, « sans ce noble apanage de l'espèce humaine, il n'y a rien sur la terre qu'une vie sans dignité et qu'une mort sans espérance », le droit fondé sur la raison lui apparaissait avec une évidence croissante comme le besoin primordial de la France en détresse; il voulait mettre le droit partout, afin que la liberté en découlât comme d'une source intarissable.

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