DANS LES CONSEILS DU PARTI HOYALISTE
C'est sans doute alors qu'il en vint à découvrir le principe du droit politique et social dans l'hérédité monarchique, empruntée à l'ancienne France et personnifiée dans une famille à laquelle les siècles écoulés et les traditions nationales ininterrompues auraient donné un caractère à part et hors de com- [)araison avec tout autre. Cette famille existait : c'était celle des Bourbons, et Benjamin Constant l'appelait dès ce temps la « famille incontestée ». Passant de la théorie à la pratique, Royer-Collard songea dès lors à se rapprocher non pas de tous les princes exilés, mais du chef de la famille des Bourbons, du comte de Provence, en ce moment à Vérone sous le nom de comte de Lille, et qui avait pris le titre de roi de France à la mort de son neveu, le fils de Louis XVL Ce qu'il importe de remarquer, c'est que si Royer-Collard est devenu royaliste, ce n'est point par entraînement de cœur, mais tout au contraire pour obéir à une conception de son esprit. Il a été plutôt légitimiste cjue royaliste. On peut même dire qu'il a inventé le principe de la légitimité bien avant Talleyrand qui devait si habilement s'en servir, quand sonna l'heure de la Restauration. Royer-Collard a été un royaliste de raison et non de sentiment. Dans ses méditations, il cherchait à rétablir dans une société troublée, désemparée, livrée à tous les caprices de l'arbitraire et subissant toutes les violences de la force, quelque chose qui fût inviolable. Il ne renonçait pas à faire vivre la société nouvellement issue de la Révolution; comme il la jugeait indestructible, il ne songeait nullement à se séparer délie, mais il voulait la faire
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reposer sur un j)oint fixe, inébranlable et qui ne serait pas attaqué, à moins de rompre avec la raison. Telle est la base fondamentale de tout le système politique de Royer-GoUard. Il faut rroire que celle conception si nettement rationnelle du rôle de la royauté dans la France du dix-neuvième siècle n'étail déjà pas si méprisable, puisque tous les partisans de la monarchie constitutionnelle depuis la Charte de 1814 l'ont adoptée, et que même M. le comte de Paris, héritier du comte de Chambord et représentant de la monarchie « héréditaire par son princij)e et moderne par ses institutions », n'en a jamais compris d'autre, qui lui parût supérieure.
Rover-Gollard s'était rapproché des hommes les plus influents du parti monarchique, tout en ne les goûtant pas beaucoup. Les affaires de ce parti n'étaient du reste point dans le meilleur état. Divisés en deux camps, si passionnés de part et d'autre qu'on pouvait les tenir pour ennemis, les rovalistes perdaient leur temps et leurs forces dans des conciliabules stériles, où l'on discutait des plans de restauration de la royauté, tous ])lus chimériques les uns que les autres : d'un côté, il y avait le comte d'Artois, à la tète des émigrés les plus fanatiques, ceux qui n'ayant rien su tirer de l'héroïque et inutile dévoùment de la Vendée, n'en firent pas moins la folle équipée qui aboutit au désastre de Quiberon; de l'autre, il y avait le comte de Provence, plus satisfait de jouer au roi régnant dans sa petite cour d'exilés qu'habile à trouver et à mettre en œuvre les meilleurs moyens de relever le trône de ses pères. A cette époque Louis XVII I