DANS LES CONSEILS DU PARTI ROYALISTE
ignorait aussi complètement la France que l'ignora toujours Charles X. Dans la proclamation de son avènement, après la mort de son neveu Louis XVII, le comte de Lille — c'était le nom que portait alors le Prétendant — n'avait parlé de rien de moins que de rétablir l'ancien régime avec tous les privilèges, c'est-à-dire avec toutes les inégalités que la Révolution avait eu pour but d'abolir.
Le royalisme de Royer-CoUard était tout différent de celui-là.
Il voulait bien restaurer la monarchie, mais à la condition d'en faire la clef de voûte d'un nouvel édifice social. Aussi son royalisme de fraîche date ne laissait-il pas d'être quelque peu suspect aux princes exilés et à leur entourage.
Les agents et correspondants des princes ne prenaient même pas soin de nouer des relations avec les hommes honorables et sensés qui, ayant vécu en France pendant la Révolution, connaissaient l'état vrai des esj)rits, savaient ce qui était à prendre ou à laisser dans l'œuvre de transformation prodigieuse qui s'étaitaccomplie, et pouvaient enfin donner les meilleurs conseils sur la Restauration que l'on projetait d'opérer. Monsieur, comte d'Artois, tenait toujours pour les entreprises aventureuses et chimériques; Louis XVill se montrait plus prudent. Il commençait à recevoir et à écouter ceux des Français qui allaient le voir, et c'est lui qui eut l'idée de constituer à Paris un Conseil permanent, composé d'hommes ayant l'expérience des affaires et chargés de rendre compte au roi des fluctuations de l'opinion, des forces respectives des partis en présence,
des moyens d'agir sur leurs chefs les plus impoitants et des chances de s'assurer de leur concours, en cas d'événement favorable. Ce Conseil fit d'abord bien des fautes, ce qui n'empêcha point les rovalistes de l'autre camp, ceux qui étaient plus étroitement attachés au comte d'Artois, de constituer, à côté du Conseil royal et en rivalité avec celui-ci, un autre conseil qui ne tarda pas à devenir un foyer de conspirations dont le Directoire n'eut aucune peine à découvrir les menées. Il est à peine besoin de dire (}ue Royer-Collard ne fît jamais partie de ces réunions secrètes oii un Hyde de Neuville, véritable jacobite français, dévoué aux Bourbons jusqu'à leur sacrifier sa jeunesse, sa fortune et sa tète, vivant la moitié de sa vie sous de faux noms, organisateur et chef d une police occulte en lutte constante avec la police du gouvernement, tenait affiliés les Polignac, les Bourmont, les Rivière, les Georges, en un mot tous les royalistes militants que l'on retrouvera plus tard dans les conspirations contre le pouvoir et la vie de Bonaparte, premier consul.
Rover- CoUard n'était pas un homme de cette trempe. Bien qu'il se préparât, à ce moment même de sa vie, à entrer dans un comité où l'on avait pour but de travailler en secret au rétablissement de la monarchie, il n'avait en lui ni réloffe ni les dispositions d'un conspirateur. Quand il lui arrivait de penser à ses premiers pas dans le royalisme, il aimait à répéter une parole, qui est d'une profonde vérité : « Ne persécutez jamais, disait-il, un honnête homme pour une opinion qu'il n'a pas; vous la lui donnerez ». Royer-Collard n'était pas né, et c'est