‹ Royer-CollardChapitre 8 sur 26 · DANS LES CONSEILS DU PAUTI ROYALISTE · texte numérisé non relu

DANS LES CONSEILS DU PAUTI ROYALISTE

Fructidor qui la fait royaliste. Un ancien membre de l'Assemblée constituante de 1789, royaliste constitutionnel en 1791, d'André, ayant quitté la France après le 10 Août, avait, après avoir séjourné en Angleterre et en France dans le monde de l'émigration , offert ses services au comte de Lille, Louis XVIII, qui les accepta, tandis que son frère, le comte d'iVrtois, repoussait le même homme comme trop modéré, et surtout comme ayant émigré trop tard. C'est ce d'André qui, à son retour à Paris sous le Directoire, s'étant abouché avec l'abbé de Montesquiou, réunit les éléments du futur Conseil secret de la monarchie. Il y appela notamment M. Becquey, homme des plus avisés, qui avait fait autrefois partie de l'Assemblée législative et s'y était fait remarquer par l'ardeur de ses convictions monarchiques. Mais le Conseil secret ne fut constitué que par Royer-Collard, à qui Louis XVI II, conseillé par d'André, donna cette mission. On peut penser que l'influence de M. Becquey ne fut pas étrangère à cette désignation. Comme il était originaire de Vilry-le-François, Royer-Collard devait le connaître assez intimement; ce qui est certain, c'est ({u'à dater de cette époque il le compta toujours au nombre de ses plus fidèles amis, ainsi que l'abbé de Montesquiou destiné à jouer un si grand rôle dans la Restauration de 1814. Avant d'accepter la mission qu'on voulait lui confier, Royer-Collard posa une double condition : d'une part, que le Conseil, une fois constitué, resterait inconnu du comte d'Artois et de ses partisans, et d'autre part, que le Conseil n'aurait jamais à délibérer sur aucune réso-

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liition pouvant impliquer une action de l'étranger dans les affaires de France. Il faut reconnaître que, dans cette occasion, Royer-GoUard fit preuve d'une singulière clairvoyance : à plus de quarante années de distance, il mettait le doigt sur les vrais périls où la monarchie restaurée devait un jour sombrer, la part de l'étranger dans la Restauration et l'étourderie intransigeante de Charles X. Il ne voulait le retour du roi qu'à la condition de n'être ramené ni par les alliés ni par les émigrés. Pas plus que les circonstances, la mauvaise fortune de la branche aînée des Bourbons ne leur permit de mettre à profit le discernement d'un aussi sage conseiller que Royer- Collard. ^lais on j^eut juger par là de l'état vrai de ses opinions et combien son royalisme était mitigé, quand on le compare à celui des hommes au milieu desquels il allait prendre place. Le Conseil royal n'acceptait d'autre mission que d'observer les hommes, l'état de l'opinion publique, la marche des événements, et de recruter avec une prudence infinie les partisans modérés autant que dévoués sur le concours desquels le roi désormais bien renseigné pourrait compter pour relever son trône.

Causant un jour avec Sainte-Beuve , Royer-Collard lui fit part des intimes dispositions de son esprit, à la veille de s'engager avec les royalistes. « Quand cela me fut proposé, lui dit-il, j'hésitai d'abord ; je savais bien qu'il y allait, comme on disait alors, de la plaine de Grenelle, et puis ce n'étaient pas du tout mes opinions, j'en prenais et j'en laissais. Je fis exprès un voyage en Suisse. Mais il v eut, monsieur, une cause qui me décida —

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et qui vous aurait décidé aussi, ajoutait-il avec le geste impératif qu'il avait — ce fut la curiosité ! ie me dis : voyons quelles sont les pensées de ce parti, et j'acceptai. Je demandai seulement que dans le rôle de conseiller royal on m'adjoignît l'abbé de Montesquiou , mais pour l'ornement ^ entendez- vous bien! pour l'ornementl »

Ce dernier trait est caractéristique : Royer-Collard tenait à dominer dans le Conseil royal, afin de n'y laisser dire et faire que ce qui lui paraîtrait utile sans jamais devenir dangereux; et ce n'étaient pas seulement les nobles manières, les élégances d'esprit de l'abbé de Montesquiou qui l'avaient porté à réclamer son assistance, son habit d'ecclésiastique y était aussi pour quelque chose. Royer-Gollard savait bien qu'on y regarderait à deux fois, même en un temps où l'on déportait les représentants de la nation à Sinnamari, avant de fusiller un prêtre gentilhomme dans la plaine de Grenelle.

Pendant toute l'année 1799, la correspondance du Conseil royal avec le Prétendant dut être consacrée à lui exposer les causes de la chute inévitable du gouvernement directorial. Le coup d'Etat du 18 Brumaire et la dictature du général Bonaparte, à peine déguisée sous les formes compliquées de la Constitution de lan VIII, confirmèrent tout ce que ses agents avaient écrit à Louis XVIII. Ce prince, entêté des droits qu'il croyait tenir de sa naissance, n'en persista pas moins dans l'illusion que son trône serait peut-être rétabli par le premier Consul, si des propositions convenables lui étaient faites, et il se chargea de lui écrire personnelle-

ment, en dehors de son conseil, une lettre qui arriva entre les mains du général Bonaparte par 1 intermédiaire de sa femme, Joséphine de Beauharnais. Une telle lettre, comme il lallait s"\ attendre, demeura sans réponse. Plus tard, après la victoire de Marengo et la seconde campagne d'Italie, le premier Consul écrivit à son tour une lettre personnelle au Prétendant, après laquelle il n'v avait plus rien à espérer. Faut-il voir dans ce nouveau mécompte la raison du rapprochement qui s'opéra entre Louis XVIII et son frère, le comte d'Artois, et qui eut pour effet momentané de rendre aux enragés de l'émigration la haute main dans les affaires du parti royaliste ? <Jn serait tenté de croire qu'il en fut ainsi, quand on lit la lettre très sensée et très digne par laquelle Royer-CoUard fit connaître à Louis XVIII la démission respectueuse de tous les membres du conseil l'oyal. Le ferme et prudent correspondant, pour toute récompense des services rendus par ses collègues, demandait au roi de ne point se dégager à leur égard de la promesse de secret inviolable qu'ils avaient reçue de lui. au moment où ils étaient entrés à son service, et surtout de ne point livrer leurs noms aux agents de Monsieur. Il jugeait ces agents avec la dernière sévérité, les représentant « inconnus les uns aux autres, sans autre lien commun que l'influence d'une direction éloignée, véritables intrigants en discorde , étrangers à la grande scène des affaires, sans considération personnelle et sans capacité, dont la correspondance mensongère ne servira qu'à entretenir des illusions profitables pour eux, mais nuisibles aux intérêts du roi ».

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